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Sortie en salle de Razzia, nouveau film de Nabyl Ayouche, le 14 février

Illogisme bâtard

Le nouveau film de Nabyl Ayouch, Razzia, nous parle d’un Maroc qui va mal. Tiraillé, d’un côté, par une crise de valeurs, de l’autre, par ses tares sociétales, il finit écartelé…

Un brainstorming en pointillé qui se rue en cavale sur les tares sociétales, les nôtres. En pointillé, car le voyant, toutes proportions gardées, plutôt que le téléspectateur, ici mot mal parlé, arrange de sa fibre marocaine le ton du tracé. Un ton plus ou moins prononcé selon la sensibilité de tout un chacun. Mais un ton on ne peut plus final, au dernier tronçon du film, Razzia, qui nous rappelle tous à l’éveil? Non, à l’urgence! Oui, ce n’est pas assez! L’alarme est d’un état tel qu’il sied de lever le pied sur un oeil bourgeois, voire paresseux. Bref, un Maroc qui ne va plus. Un Maroc qui reconstruit mal son histoire…ou ceci est un euphémisme. Plutôt un Maroc qui, à travers les siens, s’approprie une ignorance qui n’est pas sienne…

A bas la tolérance, et tous les mots valises de cette trempe, qui ne signifient au plus, qu’une habitude d’oreille. La montée du fanatisme y va du même pied que toutes les débâcles. La haine de l’autre se veut viscérale… la foule bouillonne de ses manques… Non, le droit est un mot qu’on croirait élitiste, car si le mot est l’ombre du sentiment, comme dirait Nietzsche, croyons, au-delà de toute physique, qu’il l’entamerait fort en se ressassant jusqu’à ne rien dire. Sûrement a-t-on besoin d’un nouveau langage…

Liberté épicurienne
Dans ce tohu-bohu qui se mêle de lutte de classes, de communautarisme, de pauvreté, et de tout l’indigne, vient, comme un vent contraire, une liberté épicurienne. Ou un hédonisme qui d’abord vient distraire l’écran de par une écriture perdue avant de trouver acquéreur ensuite. Oui, les personnages sont prêts à porter leur vif à l’exacerbation, ils sont indéboulonnables quand il vient à signifier leurs façons de brailler le monde. Comme un dernier cri où tout est déjà tard. Tel se dresse contre l’autorité du père car c’est chanter qu’il veut… Ines, ignorée de sa maman, se donne à l’automutilation, ballotée entre un dieu à sa façon puis l’excès d’une vie…telle femme impose sa liberté à tous… Comme un embrasement dernier qui découd avec tout obscurantisme, toute idée rétrograde, tout troupeau. Le singulier à sa place…

Razzia est un film qui interpelle un illogisme bâtard, un illogisme qui ne serait pas devenu le futur d’une habitude s’il s’était imprégné d’abord d’utilitarisme, de culture historique ensuite. Utilitarisme, comme ce dont a fait profession Abdellah, joué par Amine Ennaji, enseignant parachuté dans les montagneuses du pays, pour ainsi commettre le sacrilège: parler leurs langues aux élèves, l’amazigh. Heureusement que l’ironie existe… le dédain ici se fait dire: Non, l’amazigh n’est pas une langue… c’est plutôt l’arabe. Enfin… le non respect des particularités, une homogénéisation castratrice, et les cas s’énumèrent.

Culture historique, car peu s’en faut qu’on bannisse des mémoires collectives la bonne vivance, ici ressuscitée, qui faisait nos aïeuls. On voit de bonnes femmes que le temps a ridées mais ni leurs chants, ni leurs tatouages, ni leurs bouffées de cigarettes… un Maroc tatoué qui croit au symbole… d’un olivier imprimé au front pour signifier la force, d’une croix au joues pour nous dire de l’oeil de dieu..voilà ce que peut nous dire une culture… puis une inculture qui irait jusqu’à rejeter un juif de chez nous… puis un embrasement final, populaire cette fois, comme une saturation des tensions contraires… faut-il un chaos pour donner naissance à une étoile dansante?, dirait le philosophe. Voilà ce que nul ne souhaite, mais comment le souhaiter?.

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