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« Ma soeur Touria », de Salah Eddine Chaoui

Première aviatrice marocaine et arabe, Touria Chaoui est une jeune nationaliste qui a échappé à la mort sous le protectorat et a été assassinée au moment où les fêtes de l’Indépendance battaient leur plein.

C’est un témoignage poignant. Un livre saisissant que nous offre à lire Salah Eddine Chaoui, frère cadet de Touria Chaoui, première aviatrice marocaine qui sous le protectorat avait décroché son brevet de pilote sur l’aérodrome de Tit Mellil (près de Casablanca). C’était en 1951 alors qu’elle n’avait que 16 ans… Mais ce n’est pas tant sa consécration en tant qu’aviatrice, malgré la résistance des colonisateurs qui voyaient d’un mauvais oeil une «indigène» émancipée, mais plutôt sa fin tragique qui l’a rendue encore plus célèbre. Assassinée par arme à feu le 1er mars 1956, devant chez elle dans le quartier Ben Jdia, à Casablanca. Le lendemain, le 2 mars, a eu lieu la proclamation officielle de l’indépendance du Maroc. Les fêtes célébrant cette proclamation battaient leur plein.

Elle avait d’ailleurs, quelques semaines auparavant, lancé, à partir d’un petit avion qui avait décollé de Tit Mellil, des tracts de bienvenue sur le passage du sultan Mohammed V devant la foule qui l’accueillait à Rabat après son retour d’exil le 16 novembre 1955.

Dans le livre Ma soeur Touria, on apprend l’admiration que Mohammed V avait pour la jeune femme, qui s’était engagée très tôt pour la défense de l’indépendance. Fille d’un journaliste, Abdel Wahhab Chaoui, Touria avait baigné dans le monde de l’information alors qu’elle était toute petite. Tombée malade suite à des séances de pilotage dans des conditions climatiques difficiles, son hospitalisation en France a été prise en charge par SM Mohammed V. Pendant l’exil du Sultan, Touria Chaoui avait multiplié les actions de sensibilisation et de prise de conscience parmi les femmes marocaines. Animatrice de l’institution Lalla Amina, dont elle avait fait un lieu d’éducation et d’émancipation des jeunes Marocaines, elle était de tous les combats contre le colonialisme. Tout comme son père. Le livre raconte l’épisode douloureux du dynamitage de la maison des Chaoui à Casablanca. Heureusement, la famille n’était pas sur place…

Ironie du sort, Touria a pu échapper à la mort sous le protectorat, plusieurs opérations de rapt et d’assassinat l’avaient visée entre 1953 et 1955. Mais, c’est sous des balles tirées à bout portant, à l’aube de l’indépendance, qu’elle a rendu l’âme. Qui l’a tuée et pour quelle raison? Nul ne le sait. Le livre publié en 1956 par Abdelhak Lemrini (La martyre Touria Chaoui), par la suite historiographe du Royaume, n’a pas apporté de réponses claires. Celui de Salah Eddine Chaoui n’évoque aucune piste. C’est comme s’il ne voulait pas en parler, soixante ans après les faits. Son objectif était de rendre hommage à sa soeur. Sans plus.

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