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« Sexe et mensonges », de Leïla Slimani

Sexe et mensonges se veut l’essai d’un sujet infatigable. Il y va de nos libertés marocaines. D’autant plus infatigables qu’il s’agit là de sexualité. Où en sommes-nous?

Un essai de Leïla Slimani que tout Marocain a écrit de tête au moins une fois….car même à l’inventer, connaissant, de droit, sa société, il ne saurait le rater. Un problème nouveau mais d’une boucle déjà millénaire. Peut-être devons-nous délasser l’oreille en restaurant nos arguments. Non pas qu’ils soient défaillants mais plutôt usités. Il faut instaurer un langage nouveau, de là, une pensée novatrice. Ici, Sexe et mensonges se veut plutôt un constat.

Comme le tracé d’une courbe sismique à laquelle siérait une nouvelle échelle. Une échelle rendant au mieux sa sensibilité, car la catastrophe est d’un éternel retour. Bref, pour amorcer le cours fragmentaire de l’essai, les témoignages de femmes en mal de liberté, ici, se donnent à l’oeil-lecteur. Une mutation qui opère au sein de l’expression, pour en faire une revendication, plutôt un droit rudimentaire, un droit de l’ordre de l’innée: l’instinct sexuel. Voilà qui est biologiquement correct. Mais au fil des lignes, la nature, qu’il faut peut-être maquiller comme dirait le poète maudit, se heurte au fait d’homme. Une culture, un dogme et le reste. Le Maroc d’aujourd’hui qui a son idée là-dessus fait l’objet de ce livre.

Le tabou lié à la sexualité prend des tournures plus marquantes quand il s’agit d’un contexte conservateur, musulman. Entre une religion perçue par beaucoup comme étant fixiste et non-évolutive et les aspirations d’une frange en mal de sexualité, des voix se lèvent, des paupières baissent. Il va sans dire que la législation marocaine plaide pour la doctrine religieuse, ce qui charge la donne d’un élément particulier: Un contrat social, on parle là de légalité et de non-légalité plutôt.

Un Maroc double
Et qui dit non-légalité dit sanction. Une sanction lourde qui prévoit un mois à un an de prison pour celui qui s’aventurerait à commettre l’acte de chair. C’est l’article 490. Ceci n’est pas un exemple, ceci est une réalité. Pour l’homosexualité, la peine est plus draconienne, elle va de 6 mois à 3 ans. Et c’est l’article 489. Un Maroc qui a du mal à concilier l’éternel et le temporel. Un Maroc double qui ferme l’oeil ici, mais qui l’ouvre ailleurs.

Une hypocrisie sociale qui se resserre autour de tabous séculaires et castrateurs. Un hymen en guise de pureté, une annihilation du désir comme chasteté… En contre partie, l’acte de chair est d’une impureté sans nom. La femme reléguée au domaine jouissif, ayant nul droit à parler son corps. Car si sexualité il y a, elle est, au plus, masculine. Le monopole du Sex comme un moyen d’oppression. Voici les points soulevés par le livre. Puis d’autres qu’on dirait freudiens mais à leur façon. Car si la sexualité chez Freud est problématique, base de tout, elle est, ici, solution à tout.
On peut lire qu’en libérant le sexe, on décoincerait d’autres droits. Notamment celui de la femme. Alors oui, il y a des progrès. Mais iraient-ils jusque là ?.

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