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Sex and the city

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

Qu’a-t-on donc à se mettre sous la dent en  ce mois sacré de Ramadan? Le citoyen qui  replonge dans le recueillement et la piété  n’attend pas grand-chose de la politique traditionnelle,  celle qui, d’ordinaire sécularisée,  est décrochée sinon décalée par rapport  à l’observance du rite religieux. Mais il ne  peut se couper, dans une sorte de repli “in vitro”, de ce qui  se passe ailleurs, chez lui ou sous d’autres latitudes. Celles-ci  présentent au moins deux traits dominants: le premier est la  violence, la terreur et même la barbarie, le second, lui, c’est  que toutes les tragédies – hormis les crashs d’avion et les  accidents de train – se situent dans l’espace maghrébin et  arabe. C’est ainsi ! Une fatalité…

Mais chez nous, qu’y a-t-il? Un feuilleton continu, sans cesse  renouvelé peut-être, avec un script de référence: ce que l’on  appelait pudiquement dans une certaine bourgeoisie européenne  passablement pudibonde “la chose” le mot même de  sexe était tabou. Il faut relever pour commencer qu’il n’y a  pas plus ni moins d’inclination particulière de la société pour  ce “truc” – persévérons-nous dans la métaphore et peut-être  même le non-dit. Mais enfin, comment ne pas en arriver à  cette question: “trop c’est trop !”. Une affaire de jupes à  Inezgane, près d’Agadir et puis cette autre d’un lynchage  d’un travesti à Fès.

Pour ce qui est du premier dossier, qu’en est-il au vrai? Deux  jeunes femmes ont subi une agression de la part d’extrémistes,  marchands ambulants de leur état, qui les ont violentées.  La police intervient, place les deux jeunes filles en garde  à vue pour les auditionner avant leur présentation au parquet.  L’affaire sera jugée le lundi 6 juillet. Le prétexte? Leur  tenue était indécente. De quoi parle-t-on? D’une robe, comme  toutes les robes de centaines de milliers de jeunes filles et de  femmes. Où sont donc l’outrage public et la pudeur qui sont  invoqués comme chefs d’inculpation fondant pour l’heure  cette procédure? Faudra-t-il en arriver à ce que le législateur  vienne préciser quel doit être le contenu de la garde-robe  2015? Le “dress code” aura-t-il pour référent la burka élargie  à quelque variante brodée – “sfifa” ou non… – pour lui donner  un clin d’oeil en direction de la tradition locale? Comment ne pas voir que c’est un formatage qui est en marche, une tutelle  sur la société et un modelage du mode de vie dont la liberté  vestimentaire. Ira-t-on jusqu’à faire des inspections dans les  domiciles pour vérifier qu’il n’y a pas de contrevenants à cet  “ordre” moral qui est en marche et qui prétend imposer sa  loi?

Au passage, il faut regretter pour le déplorer même le dysfonctionnement  auquel a donné lieu cette affaire tant auprès  des services locaux de police que du parquet compétent. Les  victimes sont mises en cause et poursuivies alors qu’il aurait  été plus indiqué d’auditionner tout le monde dans le cadre  d’une enquête préliminaire. Pourquoi donc les diligences  requises n’ont pas été menées, traduisant une carence  inexplicable? Faut-il croire que pèse aussi sur tous ces corps  publics une sorte de chape de peur et de crainte pour aller  au-devant de leurs slogans et de leurs anathèmes?

Mais il y a plus. Référence est faite ici à ce lynchage d’un travesti  dans la soirée du 29 juin 2015 dans une artère principale  de la capitale spirituelle du royaume. Le parquet a ouvert  une enquête et le procureur promet que toutes les personnes  impliquées seront poursuivies. Dans ce cas de figure, la justice  fonctionne comme il se doit. Il ne saurait être question de  faiblir et de faillir à sa mission qui est de faire respecter la loi  et de protéger les citoyens. Mais l’on ne peut omettre de relever  que ce citoyen travesti n’a pas résisté à la provocation en  s’exhibant ostensiblement avec une robe blanche pour bien  agresser les autres avec sa féminité assumée.

Que comptait-il  gagner dans cette situation? Ne savait-il pas qu’il y aussi une  morale publique, des valeurs culturelles et religieuses et qu’il  ne pouvait, avec une telle exhibition, que susciter le rejet, le  courroux, la colère et l’indignation. Alors, de la retenue et de  la pudeur ! Hors de la sphère privée protégée par la loi, il y a  l’espace public avec ses contraintes sociales…

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