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Les secrets d’une équipe qui réussit

© Photo : DR

Les Lions de l’Atlas se sont donnés les moyens pour se qualifier

La qualification du Maroc est due à un véritable travail de fond mené par le staff technique national. Des règles très strictes qui privilégient le groupe au détriment des joueurs.

Ce 23 juin 1998, l’équipe du Maroc dispute face à son homologue écossaise à Saint-Étienne son troisième match de la Coupe du monde. Après un nul (2-2) face à la Norvège et une défaite (0-3) face au Brésil, les Lions de l’Atlas semblent prêts à réussir leur pari de se qualifier pour le deuxième tour de la reine des compétitions footballistiques, douze ans après leurs aînés de 1986 au Mexique.

En effet, ils mènent au bout de 85 minutes (3-0) face à l’équipe du Tartan, tandis que le Brésil et la Norvège, qui sont donc les deux autres équipes de leur groupe A, font match nul (1-1) à Marseille. Tout se passe donc pour le mieux et sur le banc marocain, dirigé à l’époque par Henri Michel, on exulte même. Au coup de sifflet final cependant, l’impensable s’est produit: la Norvège a inscrit, à l’avant-dernière minute de jeu, un second but sur penalty, et c’est donc elle qui ira défier l’Italie en huitième.
Les Salaheddine Bassir, Kamatcho et autres sont effondrés, peinent à se relever pour certains, mais sur les têtes, c’est l’éternel slogan qui revient: nous avons gagné une équipe. Pourquoi pas?

Éternel slogan
Après tout, nous sommes rien de moins que les treizième mondiaux et avons la meilleure équipe de tout le continent africain. Imagine-t-on alors ne plus apparaître au mondial pendant les 20 prochaines années? C’est pourtant ce qui va bien arriver. Nous raterons donc quatre Coupes du monde consécutives, jusqu’à ce que Hervé Renard prenne en main l’équipe en février 2016.

Des fois, tout bêtement par manque de chance, comme lorsque nous sommes éliminés en juin 2001 par le meilleur Sénégal de l’histoire sans même pas démériter au fond. D’autres, comme lors de la campagne de l’édition de 2010, en touchant vraiment le fond dans le jeu (bons derniers de notre groupe derrière le Cameroun, le Gabon et le Togo). Ce n’est pourtant pas faute de bons joueurs; les Marocains étant visiblement prédisposés à être d’excellents pratiquants du ballon rond (pas vraiment de vide générationnel dans notre histoire).

Un perfectionniste revendiqué
C’est plutôt dans les détails, là où le diable aime bien se nicher, que nous semions par nous-mêmes les conditions de nos futurs échecs. En perfectionniste revendiqué, Renard allait donc dès sa prise de fonction jouer sur ce registre précis, en suscitant parfois l’incompréhension du public et surtout des journalistes, qui ne voyaient pas vraiment au départ les effets de son travail de fond.

«Dans le foot, il faut du temps,» leur assènera-t-il, après avoir qualifié les Lions de l’Atlas pour le deuxième tour de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) malgré un groupe pourtant difficile (Côte d’Ivoire, Togo, République démocratique du Congo). Parmi les nouveautés imposées par l’entraîneur savoyard, et c’est une chose qui peut interpeller quand on apprend que ce n’était pas le cas avant, c’est d’avoir imposé des règles de vie très strictes qui privilégient le groupe au détriment des joueurs.

“Erreurs de communication”
Plus par exemple d’Adel Taârabt qui quitte la sélection la veille d’un match important (en juin 2011 face à l’Algérie) parce qu’il n’est simplement pas titulaire. Hakim Ziyech l’apprendra notamment à ses dépens.
Voulant visiblement disposer d’un statut d’intouchable au sein de la sélection, il est carrément écarté du groupe, jusqu’à ce que le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaâ, ne s’en mêle et parvienne à réconcilier l’entraîneur et le joueur.

«Il y a eu des erreurs de communication de part et d’autre,» dira après Renard, donnant lui-même l’exemple en mettant son ego de côté du moment que la sélection en profitait. Deuxième point, et qui a justement trait au premier: faire jouer les meilleurs. En effet, avant, les agents de joueurs phagocytaient l’équipe en y plaçant leurs clients, quand bien même ils n’étaient pas performants. On parle d’ailleurs de dessous de table, dont auraient notamment longtemps profité certains membres de la FRMF. Dès sa venue en avril 2014, Lekjaâ avait commencé à faire le ménage, puis Renard est venu le relayer sur le terrain.

Un véritable départ
Ce dernier se vit alors «comme par hasard» victime de rumeurs le donnant notamment partant pour l’Algérie, mais il y résista en restant concentré sur ce qu’il faisait. «Je ne prête aucune attention à ce qui se dit ou s’écrit sur moi,» lâche-t-il même, courroucé, plusieurs fois. Enfin, et sans doute pour la première fois depuis le premier passage de Badou Zaki (2002-2005), l’équipe nationale dispose d’une identité de jeu claire, même si les schémas peuvent varier en fonction des adversaires (le 4-3-3 a eu la préférence de Renard lors des derniers matches qualificatifs).

Surtout, on voit davantage de personnalité dans le jeu, d’organisation, d’athlétisme et même d’agressivité, dont le manque nous rendait difficiles nos matches sur le continent malgré souvent une technicité bien supérieure. Ces éléments devraient bien sûr rester au cœur du projet de Renard, même si la meilleure praticabilité des pelouses russes en Coupe du monde devrait nous permettre de revenir au jeu au sol qui a notamment fait notre succès en 1998.

À cet égard, les matches amicaux prévus d’ici le mois de juin 2018 devraient nous permettre de nous faire une idée plus appropriée de ce à quoi nous devrions ressembler en phase finale. Espérons en tout cas qu’il s’agit d’un véritable départ pour notre football et que nous ne resterons pas encore vingt autres années avant de retrouver de nouveau le gratin mondial.

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