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Ils se font justice eux-mêmes

Des individus cagoulés s’octroient impunément le droit de punir

Une manie qui effraye l’opinion publique. S’ériger en gardien de la de la religion en administrant fièrement des coups de bâtons à une femme sans défense accusée d’adultère qui finit le visage en sang.

La ville de Safi a été le théâtre, samedi 24 mai 2018, d’une scène sanglante. Une vidéo faisant état d’une bande d’une vingtaine de personnes cagoulées, munies de bâtons, passant à tabac deux individus qu’elles accusent d’adultère. La scène a eu lieu à Jemâat S’heim, en plein jeûne, chose qui semblait attiser la fièvre religieuse des individus agissant au nom de Dieu.

On les voit encercler d’abord une voiture utilitaire faisant office de taxi clandestin. Apparaît ensuite le visage amoché, ensanglanté, de la fille d’une vingtaine d’années, accusée d’adultère. Une étudiante en biologie, qui dit être sur les lieux pour les besoins d’une recherche ayant trait à sa discipline. Chose qu’elle essaie de faire comprendre en jurant ses grands dieux, le visage en pleurs, à ses agresseurs entre deux cris de douleurs. Rien n’y fait. Ses détracteurs semblent convaincus qu’il s’agit là d’un acte sexuel consommé augmenté d’une rupture volontaire du jeûne par un plat qu’ils préparaient à l’arrière du véhicule.

Le chauffeur, quant à lui, voit là un acte d’agression fortuit qui a pour unique visée de le délester de son téléphone et de ses biens. Il récuse ce qu’on lui reproche. Une plainte a été déposée le jour même par l’étudiante en question. Sept individus ont été écroués le lendemain des faits. Sept autres se sont rendus d’eux mêmes au poste de la gendarmerie.

Treize d’entre eux sont en état d’arrestation pour motifs de coups et blessures, de plus que le vol des biens de particuliers. L’un d’entre eux est poursuivi en état de liberté provisoire. Témoignant à visages découverts, ils campent sur leurs positions. Ils accusent le couple de se rendre sur les lieux depuis 3 ans déjà. Cet acte qu’ils qualifient d’ignoble et en plein Ramadan était pour eux chose intolérable.

Ils nient avoir usé de violence en premier recours. Selon eux, ils auraient demandé gentiment au couple de cesser leurs ébats, de déserter les lieux. Les insultes proférées par le chauffeur ont été la goutte de trop. Ils se ruent alors sur eux se faisant ainsi justice eux-mêmes. Les agresseurs sont âgés de 28 à 31 ans et sont départagés entre agriculteurs et bergers. Ils disent être cagoulés à cause des conditions ardues dans lesquelles ils travaillent, se protégeant ainsi du sable qui leur viendrait aux narines.

Actes condamnables
Les cagoules, selon eux, ne servaient en aucun cas de prétexte à l’anonymat. Il est à noter qu’aucune charge n’a été retenue contre les prétendus adultérins qui ont à leur tour été placés en garde à vue. Cette agression a suscité l’indignation de plus d’un. Car, se disent-ils, comment des individus peuvent-ils s’ériger en maîtres, s’octroyer impunément le droit de punir ou de gracier? N’est-ce pas là le rôle de la justice? Une manie de se faire justice soi-même qui devient un sujet d’inquiétude.

Une entaille faite à l’État de droit. Rappelons que l’adultère ainsi que la rupture publique du jeûne sont des actes condamnables par la loi marocaine qui prévoit jusqu’à un an de prison en cas de relations sexuelles hors du mariage, et jusqu’à 6 mois de prison dans le cas de la rupture publique du jeûne.

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