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Des scientifiques marocains contribuent à la découverte d’un nouveau système planétaire

Virée stellaire à l’Oukaimeden

Sur les hauteurs des montagnes  du Haut Atlas, à près de 80 km  au sud de la ville de Marrakech,  se trouve Oukaimeden. Célèbre  pour sa station de sports d’hiver, ce village  l’est désormais aussi pour son observatoire  astronomique. Ce dernier fait depuis le 22  février 2017 les titres des médias du monde  entier. Avec d’autres observatoires basés  en Afrique du Sud, au Chili, en Espagne  et aux Etats-Unis, il est derrière la découverte  d’un nouveau système planétaire.  C’est de l’avis de nombreux scientifiques  l’une des plus grandes découvertes jamais  réalisées dans le domaine de l’astronomie.  Sur les sept planètes de ce système, trois  pourraient être habitables. Elles pourraient  en conséquence abriter la vie. “Ce qu’il y  a d’extraordinaire dans cette découverte,  s’extasie le directeur de l’Observatoire de  l’Oukaimeden, Pr Zouhair Benkhaldoun,  c’est que d’un seul coup nous soyons parvenus  à découvrir trois exoplanètes, c’està-  dire des planètes situées en dehors du  Système solaire, possiblement habitables.  Jusque-là, on n’en comptait pas beaucoup.  Sur près de 3.600 exoplanètes découvertes  depuis 1988, un peu plus d’une quarantaine  seulement pourraient être habitables. C’est  presque un miracle.”

Zone “habitable”
Pour qu’une planète soit habitable, plusieurs  conditions doivent, d’après nos  connaissances actuelles, être réunies.  D’abord, elle doit se trouver dans une zone  dite “habitable”, c’est-à-dire à la bonne  distance de l’étoile autour de laquelle elle  gravite. Ni trop près ni trop loin. Si elle est  trop proche, l’eau, au cas où elle existerait  sur elle, s’évaporerait en raison de la chaleur.  Trop près, elle gèlerait. Or l’eau liquide est essentielle pour la vie, du moins si l’on  considère que la vie telle qu’on la connaît  sur Terre est la seule forme possible. Le fait  de se trouver dans une zone habitable ne  suffit cependant pas. En outre, la masse de  la planète doit également être relativement  importante.

Plus en effet un corps céleste est massif,  plus sa force gravitationnelle est grande et  plus il a de capacité à retenir une atmosphère.  Celle-ci, qui consiste en une couche  de gaz, a pour rôle de protéger la planète,  qu’il s’agisse des rayonnements de ou des  étoiles centrales ou carrément de l’impact  d’un corps céleste. La masse ne doit cela  dit pas être trop importante; autrement,  l’atmosphère serait trop épaisse. Elle peut  être mesurée grâce au rayon. Enfin, la planète  doit nécessairement être tellurique,  c’est-à-dire composée de roche. Si elle est  gazeuse, la vie ne pourrait pour ainsi dire  tout simplement pas y prendre pied.

A cet égard, le nouveau système planétaire  a ceci de singulier qu’il est composé uniquement  de planètes rocheuses. On n’en voit pour le moins pas tous les jours. “Déjà,  à la base, il faut savoir qu’il est très difficile  de détecter une planète tellurique, nous  explique Pr Benkhaldoun. En comparaison  avec les planètes gazeuses, elles ne sont  pas très grandes. Alors trouver tout un système  de planètes telluriques…”

Pour parvenir à détecter les planètes du  nouveau système, les astronomes ont donc  eu à déployer des trésors d’imagination.  La méthode utilisée étudie le transit des  planètes. Elle consiste à voir si la luminosité  d’une étoile donnée baisse à intervalles  réguliers. Si c’est le cas, c’est que probablement  une planète est dans l’une de ces  intervalles, de notre point de vue, en transit.  Problème, quand une étoile est trop loin, il  est difficile de constater ce transit, sauf si  l’étoile en question est petite. C’est le cas  de l’étoile centrale du nouveau système,  appelée “TRAPPIST”, du nom des deux  télescopes l’ayant observée, dont l’un se  trouve justement à Oukaimeden.

Des recherches sérieuses
Ce dernier porte le nom de “TRAPPIST  Nord”, en raison de sa présence dans  l’hémisphère nord de la planète, par opposition  à “TRAPPIST Sud”, basé lui à l’Observatoire  de La Silla au Chili, au sud de  l’équateur terrestre. C’est la méthode du  transit qui servira également à déterminer  la composition de l’atmosphère et  de là peut-être à répondre à l’éternelle  question de la vie extraterrestre. “Nous  n’en sommes pas encore là, tempère Pr  Benkhaldoun. Nous devons encore faire  un gros travail pour obtenir ne serait-ce  qu’un début de réponse. Mais ce n’est pas à exclure. Beaucoup de gens travaillent sur  ce dossier depuis plusieurs décennies. Les  recherches, notamment celles de l’agence  spatiale américaine de la Nasa, sont très  sérieuses.”

Dans le milieu de l’astronomie, l’Observatoire  de l’Oukaimeden était connu depuis  bien avant la découverte du système  “TRAPPIST”. Fondé en 2007 sous l’égide  de l’Université Cadi-Ayyad de Marrakech,  il s’était notamment fait connaître pour son  programme “Morocco Oukaimeden Sky  Survey” (MOSS), qui le classe dans le top 7  des observatoires de la planète en matière  d’observation des petits corps du Système  solaire, c’est-à-dire des objets célestes,  autres que les planètes, gravitant autour  du soleil.

Observatoire de la planète
Depuis 2011, l’observatoire a découvert  quatre nouvelles comètes et cinq astéroïdes  géocroiseurs. “TRAPPIST Nord” a  été installé en mai 2016 suite à un accord  avec l’Université de Liège, basée comme  l’indique son nom dans la ville de Liège  en Belgique. Celle-ci avait contacté trois plus tôt, en 2013, l’Université Cadi-Ayyad  afin d’installer un pendant septentrional à  “TRAPPIST Sud”, en fonction depuis l’aube  des années 2010.

Outre la réputation de l’Observatoire de  l’Oukaimeden et l’exceptionnalité du site  d’Oukaimeden, où quelque 70% de l’année  le ciel est clair la nuit, la qualité du corps  professoral et des étudiants marocains  avait séduit l’institution belge. D’ailleurs,  un des étudiants de Pr Benkhaldoun, Khalid  Barkaoui, cosigne l’article sanctionnant  la découverte des sept planètes de  “TRAPPIST”. M. Barkaoui s’est chargé  de l’analyse des données que récoltaient  “TRAPPIST Nord” et “TRAPPIST Sud” ainsi  que “Spitzer”, un télescope situé dans l’espace  que la Nasa avait fourni début 2016  pour observer de plus près l’étoile. “Dans le  futur nous espérons devenir des références  au niveau de l’observation des exoplanètes”,  nous déclare Pr Benkhaldoun.
Certaines universités nationales devraient  en prendre de la graine. En tout cas, on  ne peut pas reprocher à nos scientifiques  d’avoir la tête dans les étoiles.

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