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La santé du président algérien exacerbe les divergences politiques

©ph:AFP

Vers le constat d’empêchement

Constater l’empêchement du président Bouteflika: la question revient ces semaines-ci dans le débat politique en Algérie. La vacance du pouvoir nourrit ainsi de nouveau la controverse. Quels en sont les termes de référence?

C’est le 27 août 2017 qu’un parti de l’opposition, Jil Jadid (Génération Nouvelle) a lancé un appel pour organiser “l’élection en toute urgence d’un nouveau président de la République”. Son président, Sofiane Jilali, a invoqué l’AVC du chef d’État actuel pour conclure que celui-ci n’était plus en mesure d’exercer ses fonctions; qu’il aurait dû, dès cet accident vasculaire cérébral d’avril 2013, provoquer des élections anticipées; et que, ”malheureusement, il n’est pas homme à considérer l’intérêt du pays”. Il a demandé l’application de l’article 102 de la Constitution régissant une situation d’empêchement. Le 7 septembre 2017, c’est au tour d’universitaires et d’intellectuels, qui signent une tribune dans ce même sens dans le quotidien algérien Al Watan.

Un “homme invisible”
Reste maintenant la possibilité de la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles en la matière. La déclaration d’empêchement ne peut être faite que par le Conseil constitutionnel. C’est à ce seul organe qu’il appartient ou non de provoquer une réunion à ce sujet. Et même s’il prend cette initiative, rien ne garantit par avance qu’il prendra une décision constatant l’empêchement. Celle-ci requiert en effet l’unanimité des douze membres, quatre d’entre eux nommés par le président –dont Mourad Medelci, à la tête de cette institution– les huit autres par l’Assemblée nationale populaire, le Conseil de la Nation, la Cour suprême et le Conseil d’état. Un seul membre peut donc bloquer une éventuelle procédure de constat d’empêchement.

Mais le recours à cet article 102 ne fait pas –ou plus?– l’unanimité, même du côté de l’opposition. Ainsi, le RCD, dont le leader historique est Said Saâdi, estime que l’application de cette disposition est “très insuffisante”.

Dans cette même ligne, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), présidé par Abdelmajid Menasra, partage l’avis actuel du RCD en qualifiant pour sa part de “parasites” ceux qui appellent au recours à l’article 102. Pour autant, le problème reste posé: Bouteflika est-il en capacité d’exercer ses fonctions constitutionnelles de manière effective, soutenue et transparente? Il n’est plus en mesure de recevoir dignement ses homologues étrangers; il n’effectue plus de voyages officiels hors de l’Algérie. Noureddine Boukrouh, ancien ministre, réclame que l’allégeance revienne au “peuple souverain” mais pas à un “homme invisible, inaudible et notoirement dépourvu de ses moyens physiques et intellectuels”. Et de conclure que l’Algérie connaît “un régime moribond” et qu’elle est “un pays sans gouvernance et un État qui n’est plus gérant ou garant; mais tout simplement errant” …

Du côté du clan présidentiel, c’est la levée de boucliers. Le 4 septembre 2017, à l’ouverture de la session annuelle du Parlement, Saïd Bouhadha, président de l’APN, dénonce les voix portant de “faux jugements dépassant l’étique politique et affaiblir les institutions constitutionnelles”. Pour Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la Nation, “la légitimité au sommet de l’état a été tranchée lors des élections présidentielles de 2014”. De son côté, le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, s’en est également pris à des forces obéissant à des “raisons obscures”, avec ce constat: “Le président Bouteflika va bien”…

Qu’en sera-t-il dans un avenir prévisible? Il est acquis que Saïd Bouteflika –le frère du président– s’est installé de fait en lieu et place au palais de Mouraida; il s’est revêtu des apparats de la fonction. Une succession dynastique en cours?

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