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Sandra McCardell, Ambassadeur du Canada au Maroc

Sandra McCardell, Ambassadeur du Canada au Maroc - Ph : DR

Sandra McCardell, Ambassadeur du Canada au Maroc – Ph : DR

« Nous encourageons l’immigration vers des provinces autres que le Québec »

[quote font= »1″]INTERVIEW. En dehors du Québec, le Canada a mis récemment  en place un nouveau programme qui vise à rendre la démarche  d’immigration plus rapide dans ses neuf autres provinces.[/quote]

Maroc Hebdo: Le gouvernement du  Canada vient de lancer une nouvelle procédure  d’immigration intitulée “Entrée  Express”. S’agit-il d’un nouveau programme  encore plus sélectif?
Sandra McCardell:
Ce n’est pas un nouveau  programme, mais plutôt une nouvelle  façon qui permet un traitement  rapide de certaines demandes d’immigration  économique. Par le passé, les  demandes étaient traitées selon le principe  de la “première entrée, première  sortie”, ce qui faisait perdre à certains  candidats ayant une promesse d’emploi  toute chance d’être embauchés, car leurs  dossiers traînaient des années durant  avant d’aboutir.
Entrée Express est venu pour mettre fin à  cette situation. Pour ceux qui sont invités  à présenter une demande de résidence  permanente, elle permet d’écourter la  durée de traitement de leurs dossiers à six  mois. Ce programme, qui a démarré en  janvier 2015, concerne le reste du Canada,  pas le Québec.

Pourquoi le Québec est écarté?
Sandra McCardell:
Le Québec gère son  immigration de façon autonome en  ciblant les pays francophones.  En 2014, nous avons recensé 2.500 immigrés  marocains qui ont mis le pied sur le  sol canadien. La plupart d’entre eux ont  favorisé le Québec, étant donné que c’est  la seule province majoritairement francophone.  Aussi, nous voulons renforcer  la communauté francophone des autres  provinces bilingues ou anglophones, à  leur demande, par des immigrants francophones.  C’est l’occasion de promouvoir  ces provinces, hors-Québec, où 85% des  immigrants marocains sont établis.

Existe-t-il des possibilités réelles d’intégration  dans les autres provinces canadiennes  pour les immigrés marocains?
Sandra McCardell:
Entrée Express met les qualifications des candidats  au sein d’un bassin visible pour  les employeurs canadiens. Cette  méthode permet aux employeurs  d’autres provinces de scruter les  profils qui répondent à leurs besoins.  Il est vrai que l’on a tendance à croire  que l’intégration serait aisée à côté  d’un cousin ou d’un parent proche.  Mais les opportunités de travail et  les expériences professionnelles sont  des facteurs qui facilitent grandement  cette intégration.
En général, les immigrants ont tendance  à aller dans les grandes villes  comme Montréal, Toronto ou Vancouver,  là où les taux de croissance  économique sont importants et les  communautés bien établies.

Pouvez-vous citer quelques cas de  réussite de la communauté marocaine  sur le plan politique, social,  économique, culturel…?
Parmi ceux que j’ai côtoyés personnellement,  je citerais Mme Houda-  Pepin, qui était, jusqu’à un passé  récent, vice-présidente de l’Assemblée  nationale du Québec. Cette  femme, d’origine marocaine, est  devenue une sommité de la vie  politique. Je pense aussi, sur le plan  économique, à des hommes et des  femmes d’affaires installés à Montréal  que je rencontre chaque fois  qu’ils reviennent pour faire du business  avec le Maroc. Certains ont  monté une entreprise dans l’agroalimentaire,  une véritable succès-story  à Montréal. Il y a aussi une compagnie  spécialisée dans les produits alimentaires,  connue pour sa marque  de thé haut de gamme, qui a ouvert  un bureau à Montréal pour investir le  marché nord-américain.
A Montréal toujours, les trois grandes  banques marocaines sont déjà installées. Elles visent en premier lieu  la diaspora marocaine. Leurs succursales  sont une porte d’accès à la  communauté marocaine établie aux  Etats-Unis.
Dans un tout autre registre, je peux  citer le succès international que  connaît l’humoriste Rachid Badouri,  qui a débuté sa carrière au Québec  et qui a récemment présenté son  spectacle au Maroc.

Sur quoi butent les négociations  autour d’un futur accord de libreéchange  entre les deux pays?
Sandra McCardell:
Les négociations  ont été lancées en janvier 2011. Le  dernier round date de juin 2012.  Depuis, un cycle de réflexions et  d’évaluations est en cours pour mieux  appréhender les phases décisives de  négociations. Entre-temps, le gouvernement  marocain a exigé une étude  d’impact comme préalable à tout  futur accord de libre-échange. D’ailleurs,  le ministère marocain du Commerce  extérieur a commandé, cette  année, la réalisation d’une telle étude  dont les résultats serviront à relancer  les négociations. Pour le moment le  Maroc attend les résultats pour nommer  un négociateur en chef.  Le Maroc est une bonne base d’actions  vers l’Afrique. Il est proche du  continent africain et de l’Europe. Il  a des voies maritimes développées.  En sus de cela, la RAM propose des  liaisons pour les hommes d’affaires  avec l’ouest et le sud de l’Afrique.  Plusieurs compagnies canadiennes  industrielles, aéronautiques… sont  prêtes à franchir le pas si elles avaient  plus de visibilité.
L’accord de libre-échange, en dehors  des avantages négociés, est un bon  outil de marketing qui va nous permettre  de faire un road show sur les opportunités au Maroc. L’an dernier,  les exportations marocaines  vers le Canada ont progressé de  60%, grâce, notamment, à une  hausse des importations de pièces  d’aéronefs fabriquées par Bombardier  au Maroc et des phosphates.

Au Québec, la communauté marocaine  est victime de discrimination,  d’actes de racisme. Elle fait  les frais d’une guerre contre le  hijab. Comment expliquez-vous ce  phénomène dans un modèle social  multiculturel?
Sandra McCardell:
Ce sont des  actes isolés qui ne représentent  pas le point de vue des Canadiens.  Nous avons l’avantage d’avoir toujours  promu notre côté multiculturel.  La société canadienne est  une société ouverte et inclusive. A  titre d’exemple, M. Aziz Rabbah, le  ministre de l’Équipement, du Transport  et de la Logistique, que j’ai rencontré  récemment, m’a déclaré que  quand il était étudiant au Canada,  il a pu vivre sa religion en toute  liberté. Par ailleurs, au sein du gouvernement  fédéral, nous avons un  programme qui encourage l’embauche  des minorités visibles, des  handicapés et des femmes.
Enfin, dans le monde entier, il y a  eu des actes d’extrémisme qui ont  provoqué des mésententes avec  ceux qui sont moins familiers avec  l’Islam et le monde musulman.  Nous sommes conscients des défis  à relever pour atténuer, voire éviter,  les amalgames et, à mon sens, il  faut continuer dans la voie de la  communication, du respect et de  la connaissance mutuelle par le  biais de l’éducation, des valeurs et  du multiculturalisme qui symbolise  notre société

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