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Samir: Et la responsabilité de l’État?

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

Chacun y va désormais de  son petit couplet sur “l’affaire  Samir”. Les parties  prenantes ne communiquent  pas vraiment, se  bornant à faire part d’un agenda portant  sur les réunions du conseil d’administration  de la Samir; ici et là, prévalent des  commentaires sur le risque encouru par  cette entreprise de raffinage stratégique  pour l’approvisionnement pétrolier  national. Il faut peut-être aller au-delà de  ce factuel avec des chiffres alarmistes et  revenir à cette première interrogation de  principe: comment en est-on arrivé à ce  sinistre?

Si l’on veut aller au fond des choses, il  faut rappeler que les conditions mêmes  de sa privatisation en 1997 étaient sujettes  à caution. Tous les cabinets spécialisés  avaient ainsi relevé que son prix de  cession était notablement inférieur à sa  valeur marchande. Passons; ainsi vont  certaines opérations entourées d’opacité  recouvrant des intérêts. Ont suivi, depuis,  près de dix-huit ans d’activités donnant  lieu à un parcours heurté, chaotique,  dont les effets cumulés ont conduit  à l’impasse actuelle. C’est que l’action Samir  est suspendue sur le marché et seule  une augmentation de capital à l’ordre du  jour pourra permettre une normalisation  de la cotation. Cette opération finira-telle  par être actée? Et, dans l’affirmative,  dans quelles conditions et avec quel tour  de table? Personne ne peut sérieusement  en préjuger aujourd’hui. En tout cas, la  dévalorisation de l’action Samir est patente:  depuis cinq ans, elle a perdu plus  de 80% de sa valeur.

Le dernier conseil d’administration a  validé une augmentation de capital de 10  milliards de Dh, l’actionnaire saoudien devant y contribuer au minimum à hauteur  de 6,5 milliards de Dh et ce avant le 15  novembre 2015 au plus tard.

Pour ce qui est maintenant du processus  qui a accompagné la gestion de la Samir,  la part de responsabilité de nombreuses  parties témoignent bien d’un déficit  structurel de son mode de fonctionnement.  Ici, c’est l’État surtout qui porte le  chapeau, si l’on ose dire. Il a une mission  stratégique qu’il ne peut déléguer: celle  de veiller à la sécurité de l’approvisionnement  pétrolier au-delà des stocks de trois  mois. En la privatisant, l’État ne pouvait  pas pour autant se décharger et laisser faire les lois du marché. L’énergie est le  moteur de l’économie et elle participe, à  ce titre, à la politique et à la stratégie de la  sécurité nationale. Depuis 1997, pas moins  de cinq gouvernements se sont succédé;  aucun ne s’est sérieusement penché  sur cette problématique. Plus encore: le  laxisme a été le marqueur des politiques  dans ce domaine.

S’il fallait des pièces à charge dans ce  domaine, les dossiers ne manquent pas.  Celui de douanes, avec une ardoise de  quelque 14 milliards de Dh; celui du transfert  de 7 milliards de Dh de dividendes  visé par l’Office des changes qui, bien tardivement  aujourd’hui, se résout à revérifier  rétroactivement la justification et le  bien-fondé de cette sortie de capitaux;  celui, enfin, de certaines banques de la  place, créancières de 8 milliards de Dh  et qui ne se sont pas distinguées par un  principe élémentaire de précaution et  de prudence.

Pourquoi donc un tel “système” a-t-il  fonctionné de la sorte durant des années  sans que des clignotants rouges ne  s’allument et n’alertent les décideurs?  Les uns et les autres ne peuvent évacuer  cette incrimination de défaillance dans  la gestion du risque. Pas davantage, ces  mêmes intervenants ne sont attachés  à appréhender la gouvernance de la  Samir, la qualité et la compétence de  son management, son business model,  son potentiel de croissance dans un  environnement international bousculé  par une surcapacité internationale de  raffinage couplée à une libéralisation  progressive des activités pétrolières  dans le Royaume.

Si ce travail avait été fait, sous la direction  de l’État, la politique de facilité  qui a conduit à l’octroi de subventions  aurait été remise en cause depuis des  années. Dans cette même ligne, l’État  n’aurait pas signé une convention  d’investissement avec la Samir en décembre  2004 à tout le moins, cet accord  aurait été articulé sur d’autres bases  pour assurer à cette raffinerie les conditions  de sa compétitivité à long terme.  Il a manqué une vision, une stratégie,  une claire approche des particularités  du raffinage. A fait défaut aussi un  centre de décision en lieu et place de la  multiplicité des interventions (ministères  des finances, de l’industrie et de  l’énergie, primature, banques,…). Tous  responsables.

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