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Samir Bennis: « le Maroc ne cherche pas à entrer en guerre »

Samir Bennis

Quelle lecture faites-vous des récents développements dans la région du Sahara?
À travers son offensive diplomatique, le Maroc cherche à mettre de la pression sur le Polisario, l’acculer et pousser le Conseil de sécurité à adopter un langage contraignant à l’encontre du Polisario dans la nouvelle résolution qu’il adoptera le 30 avril prochain. Pendant plusieurs années le Polisario a essayé de changer le statu quo de la zone tampon, allant même à prétendre que les zones de Bir Lahlou et Tifariti font partie de ses «territoires libérés».

Les provocations du Polisario sont montées d’un cran avec la crise du Guergarate de l’année dernière. Après plusieurs mois de tensions, et malgré les menaces contenues dans la première version de la résolution 2351, le Polisario a récidivé et a répété ses incursions dans la zone tampon.

On a l’impression que le Conseil de sécurité laisse faire. Où se trouve le problème, selon vous?
Avec les années que j’ai passées aux Nations unies, je suis arrivé à la conviction que ce conflit ne sera pas résolu tant que les Nations unies adoptent la même approche, qui a montré ses limites. L’ONU en tant qu’organisation est à bout de souffle et elle s’est fourvoyée dans sa mission principale, qui est de maintenir la paix et la sécurité internationale et résoudre les conflits. Or au fil des décennies, l’ONU s’est transformée en une organisation de gestion des conflits et non plus de résolution des conflits.

La guerre est-elle une option, selon vous?
Je ne pense pas que le Maroc cherche à entrer en guerre contre le Polisario et l’Algérie. En termes d’image et de retombées médiatiques, une confrontation armée entre les deux parties serait plus favorable au Polisario qu’au Maroc. En plus, un tel scénario constituerait un cadeau providentiel pour le Polisario qui cherche depuis des années à mobiliser l’opinion publique internationale en sa faveur et serait le premier bénéficiaire d’un retour de ce différend territorial sur la une des médias internationaux et sur le devant de la scène internationale.

Le Maroc qui cherche toujours à maintenir ce conflit sous contrôle n’aura aucun intérêt à ce que ce dernier entre dans une zone de turbulence qui l’exposerait à des pressions sans précédent et risquerait de réduire à néant toutes les avancées réalisées jusqu’à présent. Le Maroc a d’autant moins d’intérêt à s’engager dans un conflit armé avec le Polisario que la nomination de John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump risque de faire planer le flou sur la position que l’administration américaine adoptera sur le conflit. Bolton est connu pour sa sympathie envers le Polisario et le Maroc a tout intérêt à ne faire aucun pas susceptible de renverser le rapport de forces, qui reste, rappelons-le, en sa faveur.

Le conflit sera-t-il un jour résolu, d’après vous?
Je pense que la solution ne viendra que le jour où les Algériens se rendront compte qu’il est dans l’intérêt de la région de mettre fin à ce conflit et de veiller à construire un avenir meilleur pour les peuples du Maghreb. Tant que les dirigeants algériens ne sont pas arrivés à ce stade de réalisme et de maturité, on ne peut pas prévoir une solution au conflit de sitôt. C’est la raison pour laquelle le Maroc s’efforce de convaincre les Nations unies que l’Algérie n’est pas seulement intéressée au conflit, mais une partie prenante sans laquelle il est impossible de le résoudre.

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