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Quand Sajid prend en otage l’Office du tourisme !

Abderrafie Zouiten et Mohamed Sajid.

Abderrafie Zouiten quitte l’ONMT dans des conditions opaques

Mohamed Sajid a provoqué une crise sans précédent au sein de l’Office national marocain du tourisme après avoir tout fait pour évincer son patron, Abderrafie Zouiten. En nommant tardivement un intérimaire, il a omis de lancer la procédure réglementaire d’appel à candidature.

Abderrafie Zouiten n’est plus à la tête de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), dont l’intérim est assuré par Rachid Hamzaoui, directeur administratif et financier au même Office, nommé le 30 novembre 2017 par Mohamed Sajid, le ministre du Tourisme. L’ancien patron de cet office qui accapare le gros du budget du département du tourisme, devait de toute façon partir à la retraite après l’arrivée à échéance de la dérogation de 2 ans dont il bénéficiait le 25 août 2017, jour de son anniversaire. Mais l’ancien directeur de l’établissement public a été poussé vers la sortie un mois après avoir perdu son pouvoir de signature le jour même où il accompagnait Sajid au Parlement pour discuter et défendre le budget du département.

Sajid, qui est aussi président du conseil d’administration de l’ONMT, a déclaré ne pas être au courant de cette décision. Et pourtant, il est parti voir le ministre des Finances, Mohamed Boussaid, le 25 octobre, soit deux jours avant la décision de stopper la signature, pour lui signifier la non conformité avec la loi de la situation dans laquelle était Zouiten depuis le 25 août 20017, date d’expiration de son contrat de dérogation de 2 ans.

Situation de non-droit
Abderrafie Zouiten dirige l’Office national marocain du tourisme depuis juin 2013. Le 25 août 2015, il atteint l’âge légal de la retraite. Mais puisqu’il a été installé suite à une décision du Cabinet royal après son débauchage de la RAM (Royal Air Maroc, dont il était le directeur exécutif), quand bien même sa nomination a été entérinée en conseil de gouvernement, personne n’osait ou ne pouvait l’évincer, même pas Lahcen Haddad, l’ancien ministre du Tourisme limogé. Il a fallu attendre six mois avant que le contrat de dérogation ne soit paraphé en bonne et due forme, sous le gouvernement Benkirane.

Une fois nommé ministre du Tourisme, et comme tout responsable politique, Sajid cherche à avoir son homme de confiance qui lui fasse obédience. Il était aux aguets depuis le 25 août 2017. Il a patienté jusqu’en septembre pour aller en toucher un mot au chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani. Celui-ci, même si la nomination d’un patron de cet office non stratégique relève de ses prérogatives, préfère ne pas se hasarder et attendre un signal des hautes sphères qui lui signifierait le maintien ou le remerciement de Zouiten. Le signal tarde à venir. Mais Sajid s’impatiente et, accompagné de Lamia Boutaleb, va demander le blocage par la force de la loi de la signature du patron de l’ONMT en situation de non-droit. Tout cela se passe en catimini. C’était le 25 octobre, le jour même où Zouiten, encore officiellement patron de l’office, se trouvait à Dakhla pour inaugurer une ligne stratégique et historique, gage de la reconnaissance de la marocanité du Sahara, la ligne Paris-Dakhla.

Un départ mal géré
Le 27 octobre, la nouvelle tombe comme un couperet. Inattendue! Abderrafie Zouiten en est informé. Il s’y applique sans broncher. Mais là où Mohamed Sajid a failli et a même été dans une zone de non-droit, c’est qu’il n’a pas nommé le jour même un intérimaire. Il croyait peut-être qu’en bloquant la signature de Zouiten, seules les campagnes de promotion seront mises en veilleuse. Mais il ne savait pas qu’il a bel et bien pris en otage un grand office en bloquant les salaires du personnel, le paiement des fournisseurs et du loyer des locaux de l’Office, notamment à l’étranger. D’ailleurs l’office a reçu des mises en demeure d’huissiers de justice engagés par des fournisseurs européens en mal de paiement. Selon Tourisma Post, des incidents auraient été signalés à Londres et à New York. Les délégations marocaines dans ces pays ont reçu la visite d’huissiers de justice pour défauts de paiements.

Et comme pour évacuer tout doute qu’il est derrière cette mise en scène, Sajid nomme Rachid Hamzaoui, directeur administratif et financier de l’ONMT, comme intérimaire et omet de lancer, le jour même, un appel à candidature, comme le stipule la loi. Une deuxième erreur du ministre qui, au moment de la rédaction de ces lignes, n’avait pas encore mis sur les rails cette procédure réglementaire qu’un conseiller juridique bien averti lui aurait soufflée. Le départ de Zouiten a été géré d’une manière étrange puisque le jour © Ph. DR même il accompagnait le ministre Sajid au Parlement pour débattre du budget du ministère, ou plutôt de l’ONMT, dans le cadre du projet de loi de finances 2018. Et pourquoi a-t-il continué à siéger à la direction de l’ONMT pendant un peu plus d’un mois alors que sa signature n’était plus acceptée par le ministère des Finances?

Rupture consommée
Et pourtant, qu’il reste ou qu’il parte, Abderrafie Zouiten a redressé le secteur. Durant son mandat, il n’y a pas eu autant de lignes aériennes dont certaines sont stratégiques. Et les chiffres du secteur sont repartis à la hausse après des années de morosité, fruit d’efforts inlassables de diversification des marchés émetteurs et de campagnes de promotion inédites dans des marchés nouveaux. Il a donné le ton dès le lendemain de sa nomination: «L’Office ne peut plus travailler comme avant», avait-il déclaré lors de sa première conférence. La rupture consommée, il restructure les représentations étrangères, adopte une politique de communication digitale et ressuscite certaines destinations et en crée d’autres… Abderrafie Zouiten, qui avait bénéficié sous le gouvernement Benkirane, d’une prolongation de deux ans expirée, avait de l’énergie à en revendre. Son problème à lui, c’est qu’il travaille dans l’ombre. Mais les projecteurs continuent de le suivre de près. Il a été nommé à deux reprises homme de l’année dans le secteur du tourisme par le site spécialisé Tourisma et la MAP alors que la liste comprenait, entre autres, un certain Lahcen Haddad, ministre du Tourisme, et Mohamed Ali Ghannam, président de la Confédération nationale du tourisme. Il volait, sans le vouloir, la vedette à des personnalités de haut vol.

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