Dépêche
Accueil » Chronique » Le robot peut-il servir à tout?

Le robot peut-il servir à tout?

Seddik Mouaffak

Les robots ne feront-ils pas courir des risques à l’emploi de nos jeunes?

Que l’on soit pour ou contre, le robot est bien là. En Allemagne, en France, en Corée du Sud, au Japon et dans bien d’autres pays, l’émergence du secteur de la robotique est jugée suffisamment crédible pour que les gouvernements y consacrent des investissements conséquents. Si l’expansion du secteur se réalise bel et bien, les robots feront partie du décor au point que, accrochez-vous, «les hommes tomberont amoureux de robots ….», nous dit en substance David Levy, un expert connu en intelligence artificielle.

Toutefois, loin des préoccupations de ce genre, on peut dire aussi que le robot est bien là, parmi nous au Maroc. Révélé pour la première fois chez nous au dernier Salon Med IT 2017, Sanbot, le petit robot humanoïde de 93 centimètres de dernière génération est en mesure de tout faire: «Vous avez besoin d’un tuteur, d’un guide, d’un douanier? Sanbot peut occuper toutes ces fonctions. (…) Sa vocation principale est d’améliorer l’expérience client tout en accompagnant les entreprises marocaines spécialisées.»

Les conséquences pour l’emploi de cette automatisation en croissance rapide font l’objet de nombreux débats. Des emplois en grand nombre risquent de disparaître ainsi que des secteurs d’activité entiers. Selon les travaux de certains spécialistes, l’essor de la robotique et de la dématérialisation menacerait près de la moitié des professions actuelles: transports, médecine, énergie, finance, etc. Et le cortège de licenciements, de faillites et de restructurations qui accompagnent ce mouvement posera incontestablement des difficultés sociales considérables.

Face à ces machines qui absorbent le savoir, même dans les pays les plus industrialisés, les travailleurs se trouvent dépossédés de tout savoir et de toute information. Or, pour des pays comme le nôtre, dont l’économie est surtout basée sur des emplois peu qualifiés nous n’aurons même l’opportunité de faire profiter nos jeunes travailleurs de l’économie du savoir, puisque ce sont ces métiers du savoir, les plus qualifiés, qui seront remplacés par les machines. Reste une dernière possibilité: prendre la voie de ces nouvelles activités en émergence, mêlant nouvelles technologies et nouveaux services. Même, dans ce cas, nous sommes très loin du compte.

Le comble.
Aux inquiétudes concernant les potentielles conséquences négatives sur l’emploi, viennent aujourd’hui s’ajouter les incertitudes quant à l’éventuelle contribution des robots à la productivité aussi bien de certaines de nos industries que de certains de nos services. Conséquence, à part quelques rares exceptions, peu d’entreprises et d’individus profiteront de cette révolution technologique. Faut-il se décourager pour autant? Si on en croit certains observateurs, une question ne saurait être éludée: «Vaut-il encore le coup d’investir cinq années d’une vie pour maîtriser une discipline qui sera mieux exercée par un robot, peut-être moins cher, moins sujet aux sautes d’humeur, plus assidu et presque infaillible, capable de travailler nuit et jour en temps réel, sans exiger de coûteuses compensations?». Face à l’urgence du chômage, les robots ne feront-ils pas courir des risques à l’emploi de nos jeunes?

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !