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Rien ne va plus entre Rabat et Nouakchott

Une situation explosive

Entre le Maroc et la Mauritanie,  les relations ont toujours été  en dents de scie, mais pratiquement  jamais un beau fixe  de longue durée. La Mauritanie est le  pays où l’accès au pouvoir se mesure  à la portée de fusils d’assaut, avec  quelques rares éclaircies de votations  furtives, entre deux putschs militaires.  Il fallait bien faire avec cette instabilité  politique quasi-permanente. Une réalité  dans laquelle s’inscrit Mohamed  Ould Abdelaziz, actuel président suite  à un coup d’État en 2008, avant de se  tailler un costume civil de légitimité  électorale.

Par ses faits et gestes, il vient de  confirmer une réalité adjacente, à  savoir qu’entre Nouakchott et Alger,  notre voisinage à l’Est n’est pas de  tout repos. Il en a même fait une raison d’être à la tête de l’État. Quelques  actes parmi les plus récents confortent  cette déduction. Le 20 décembre  2016 se tenait à Alger une session de  la haute commission algéro-mauritanienne.  La représentation de la Mauritanie,  conduite par le premier ministre  Yahya Ould Hademine, était au top niveau.

Contexte de crispation
Un rapprochement diplomatique  somme toute valable, voire souhaitable,  dans un cadre de coopération  régionale. Sauf que la motivation première  et l’objectif non déclaré sont à  chercher dans un contexte de crispation  extrême qui porte des germes  d’affrontement ouvert.

Depuis peu, la tension se cristallise  autour de Lagouira, une bourgade désertique, sur la ligne de frontière entre  le Maroc et la Mauritanie. Elle est partie  intégrante du Sahara. La Mauritanie  y fait acte de présence quasi symbolique,  avec l’assentiment bienveillant  de Rabat.

C’est précisément cette contrée reculée  que le Polisario a choisi pour manifester  une forme d’existence sur ce  qu’il appelle un “territoire libéré”. Une  activité inhabituelle qui ne pouvait  échapper à la vigilance, même aléatoire,  de Nouakchott. Pas plus d’ailleurs  que le programme sous-jacent  qui l’accompagne. Un programme en  trois étages: D’abord créer un état de  fait sur le terrain; puis délocaliser les  Sahraouis de Tindouf vers un nouveau  camp de concentration entre les deux  points fixes de l’extrême Sud du Sahara  marocain Guerguerat et Lagouira; et, enfin, donner au nouveau chef du  Polisario et de la RASD, Ibrahim Ghali,  une stature belliqueuse et un point  d’appui diplomatique.

Ce plan ne pouvait se concevoir  et connaître un début d’exécution  qu’avec la connivence affichée des  donneurs d’ordre algériens et la complicité  active de la Mauritanie.  Nouakchott a effectivement offert au  Polisario toute la logistique nécessaire,  y compris la traversée de son  propre territoire. Le Maroc ne pouvait  tolérer une machination grandeur nature  contre son intégrité territoriale.  Malgré la canicule du mois d’août  2016, le Maroc a mené une grande  opération de ratissage et de nettoyage  dans les Guerguerat, une parcelle  saharienne connue pour être le carrefour  de la contrebande en tout genre,  des armes, de la drogue et des aides  alimentaires fournies par l’Union européenne  aux séquestrés de Tindouf.

Une machination grandeur nature
C’est aussi un terrain de transit et  d’endoctrinement des terroristes de  tous poils qui essaiment et sévissent  en Afrique subsaharienne. Toujours  est-il que les contingents des FAR dépêchés  sur les lieux se sont retrouvés  à une centaine de mètres des milices  du Polisario. Une mise en présence  éminemment dangereuse qui risquait  de dégénérer au premier coup de feu.  Les chancelleries des grandes puissances,  les États Unis en tête, se sont  dépêchées d’alerter leurs gouvernements  sur une situation manifestement  explosive. Au jour d’aujourd’hui,  la tension n’est pas pour autant retombée.  Non seulement elle persiste,  mais elle est savamment entretenue  par la coalition algéro-mauritanienne.

Quelques indications sur cet autre  mauvais voisinage personnifié par  Mohamed Ould Abdelaziz. Tout récemment,  en novembre 2016, il n’a  pas daigné assister à la conférence  mondiale sur le changement climatique  (COP22) tenue à Marrakech.  Il n’a même pas reçu les émissaires  marocains qui devaient lui remettre  le carton d’invitation. Il est vrai que, quelques semaines auparavant, S.M.  le Roi n’avait pas souhaité rencontrer  le chef de la diplomatie mauritanienne,  Isselkou Ould Ahmed Izid Bih, pour  assister au sommet de la Ligue arabe  qui devait se tenir à Nouakchott. Un  sommet que le Maroc devait organiser,  avant de se désister, sachant que les  conditions de rassemblement des nations  arabes n’étaient pas réunies. Le  rendez-vous de Nouakchott a effectivement  été un flop total, tant au niveau  du contenu que de l’organisation.

La mayonnaise algéro-mauritanienne  n’a pas pris. Il y a peu de chances  qu’elle prenne pour la tentative de  mise en échec du projet de gazoduc  Nigéria-Maroc, en direction de l’Europe,  officialisé lors du dernier périple  africain de S.M. le Roi. Un chantier  gigantesque aux retombées positives  pour les pays d’Afrique de l’Ouest qu’il  doit traverser. Un levier de développement  économique pour toute la région.  Aussi surprenant que cela peut paraître,  la Mauritanie a refusé le passage  du gazoduc sur son territoire.  Qu’à cela ne tienne, il passera en  offshore, même avec un surcoût de  réalisation. L’aiguillage de l’Algérie est  visible, d’autant qu’elle avait nourri le  même projet, uniquement comme tiroir-  caisse, sans mettre la main à la  pâte pour son aboutissement.

L’aiguillage de l’Algérie
Tout au long de ce processus de géopolitique  régionale, on retrouve deux  questions récurrentes, le conflit factice  autour du Sahara marocain et la  Mauritanie, qui se laisse souvent embarquer  par l’Algérie dans des prises  de positions qui ne lui sont pas forcément  favorables.

Si en 1979, pour ne citer que cet  exemple, l’Algérie avait convaincu  la Mauritanie de se retirer de Sakia  El Hamra, c’est pour s’y installer  elle-même. “Ôte-toi de là que je m’y  mette”, à l’échelle des États. Hassan  II avait saisi le stratagème et réagi à  temps.

Les observateurs les plus aguerris, à  Paris comme à Washington, ont souvent  du mal à déchiffrer la stratégie de  Nouakchott. Il y a tout de même une  constante dans le positionnement de  la Mauritanie sur l’échiquier régional  et international. Elle n’a jamais hésité  à se présenter comme le maillon faible  du Maghreb.

Le maillon faible du Maghreb
Elle en a même fait une carte maîtresse  dans ses relations extérieures,  au point de transformer une faiblesse  en atout, voire en force. C’est précisément  au nom de cette indigence mise  en avant que la Mauritanie avait opté  pour une position de neutralité dans  l’affaire du Sahara.

Une posture de façade qu’elle n’a pas  toujours respectée et qui a littéralement  volé en éclats avec Mohamed  Ould Abdelaziz. À titre indicatif, il a  décrété un deuil national de trois jours  à la mort de son homonyme Mohamed  Abdelaziz, chef de file des séparatistes.  Tout comme il a décidé de ne  pas renouveler les permis de séjour  des cadres marocains qui travaillent  en Mauritanie. Rien que des amabilités  qui n’augurent pas, par exemple,  d’une nomination d’un ambassadeur  au poste vacant de Rabat.

De toute évidence, le réchauffement  diplomatique entre le Maroc et la Mauritanie  n’est pas pour demain; à moins  d’une bonne surprise aux élections  présidentielles prévues pour 2019.

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