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Riad Mekouar: Le Maroc doit tirer profit de son partenariat avec la Chine

RIAD MEKOUAR, professeur à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Casablanca

En multipliant ses investissements au Maroc, la Chine vise l’Afrique. Le Royaume peut bénéficier de la nouvelle stratégie chinoise à condition de mettre les garde-fous nécessaires.

Le nombre de projets chinois au Maroc se développe de manière remarquable. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
Ce n’est pas uniquement le Maroc qui est visé par la nouvelle stratégie de la Chine, ce que les économistes qualifient de «nouvelle route de la soie». Cette stratégie a pour objectif d’asseoir la Chine comme le moteur de la mondialisation.
Dans ce cadre, la Chine mise sur l’Afrique en général, et le Maroc en particulier, pour plusieurs raisons. D’abord, l’Afrique constitue un grand marché pour la Chine, avec une urbanisation galopante, une classe moyenne qui se développe et qui accaparera, à l’horizon 2030, 3% de la consommation mondiale. C’est aussi un réservoir de matières premières et un débouché pour les produits manufacturés chinois.

Concrètement, qu’est-ce que cela peut représenter pour le Maroc?
Depuis la fin des années 90, les relations sino-marocaines ont connu un véritable bond et continuent de se développer. Le Maroc présente un certain nombre d’avantages qui peuvent faire de notre pays le principal maillon de la nouvelle stratégie chinoise en direction de l’Afrique, du Moyen-Orient mais aussi de l’Union européenne, profitant de ses atouts, dont la stabilité politique et la proximité avec l’Europe. Cela permet à la Chine d’accéder facilement aux marchés africain et européen.
Il ne faut pas oublier que l’investissement chinois à l’étranger est porté par des entreprises chinoises et fait appel en principe à la main d’oeuvre chinoise au détriment des entreprises et de la main d’oeuvre locales. Donc, le Maroc doit être en mesure de profiter de ce partenariat à travers des projets en commun.

Comment?
Le Maroc et la Chine ont décidé dans le cadre de la nouvelle politique des deux pays de dépasser le stade de la coopération bilatérale pour aboutir à un partenariat stratégique. Les exportations marocaines vers l’Afrique subsaharienne évoluent de manière significative.
Des résultats appréciables certes, mais le chemin est encore long. Le plan de réindustrialisation marocain se base actuellement sur ce qu’on appelle les nouveaux métiers du Maroc, à savoir l’automobile, l’aéronautique, l’offshoring… Mais il ne doit pas se faire au détriment des métiers traditionnels, en l’occurrence le textile et l’agroalimentaire. Ces deux secteurs sont menés principalement par les PME. C’est là où des joint-ventures avec les Chinois peuvent être bénéfiques pour le Maroc. Les exportations de ces deux secteurs vers l’Afrique restent minimes par rapport à la demande de ce marché, 0,2% pour le textile-habillement et 1,5% pour l’agroalimentaire. On est loin du compte. Avec les Chinois, on peut exporter beaucoup plus de produits marocains agroalimentaires et de textile.

Quel est donc le modèle de coopération que le Maroc doit privilégier dans ses rapports avec la Chine?
Comme je l’ai expliqué, la politique chinoise est connue. Elle a pour objectif un accès facile et au moindre coût aux marchés. Dans cette politique, il y a l’aide au développement qui n’est en fait qu’un leurre si je peux m’exprimer ainsi.
L’aide au développement venue de la Chine est conditionnée de manière draconienne par un meilleur retour sur investissement. Pour le Maroc, il doit mettre à profit ces avantages par des contrats de coopération qui lui sont bénéfiques.
On peut fabriquer conjointement des produits (textile ou agroalimentaire) qui soient plus compétitifs sur le marché africain ou du Moyen-Orient, par exemple. Le partenariat sino-marocain doit déboucher aussi sur une coopération triangulaire avec l’Union européenne…

Ce développement des relations sino-marocaines ne risque-t-il pas de porter atteinte aux relations traditionnelles du Maroc avec l’Union européenne?
Le Maroc intéresse aussi bien l’UE que la Chine et le reste des grandes puissances. C’est au Maroc de veiller à maintenir l’équilibre, à savoir développer ses relations avec la Chine sans remettre en cause son partenariat historique avec l’Europe, particulièrement la France. Si les relations maroco- chinoises se développent sur la base du partenariat gagnant-gagnant, l’Union européenne peut elle aussi en bénéficier. Surtout si le Maroc parvient à concrétiser la politique de co-développement entre pays africains, initiée par S.M. le Roi, intégrant à la fois le développement humain et une croissance économique équilibrée et équitable. Les Chinois sont là. A nous de faire en sorte d’être les bénéficiaires.

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