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« Rhapsodies de Tanit la captive », de Ahmed Boukous

Tanit, une professeure universitaire, acteur associatif, déchante à l’idée d’une société marocaine rétrograde. Harcelée nuit et jour par ces barbes longues, elle défend contre tout fixisme ses combats pour la femme et pour la liberté.

Les Rhapsodies de Tanit la captive d’Ahmed Boukous est un roman qui accuse trait par trait une société obtuse et disparate. Des maux passés dans la chair de Tanit, non pas la déesse berbère chargée de fertilité, mais une mortelle déchargée d’indifférence. Une professeure universitaire qui se meut des manquements des autres. Une défenderesse acharnée des droits à la vie. Des femmes surtout qu’elle se décharne à libérer bec et ongles.

Aussi acteur associatif, elle se démène dans les recoins perdus ou presque pour initier les femmes à un minimum de dignité. Une lutte sans trêve contre la pauvreté endiablée, l’analphabétisme repu, jusqu’au tabou le plus vaillant: l’égalité en matière d’héritage entre les deux sexes. Avec sa copine de coeur Maria, également professeure, elles s’apitoient, mais de bonne foi, sur le sort perdu d’un Maroc fébrile.

Ayant vécu, toutes deux, en France où elles préparaient leurs diplômes, elles sont atterrées à leurs retours au pays du contraste pinçant entre une liberté perdue et celle à gratter. Tanit se fait harceler le jour durant par un barbu qui la rappelle à la bonne guidance. Selon ce dernier, Tanit serait l’oeuvre du diable, elle envenimerait de par ses agitations corruptives une société censée être figée et conservée jusqu’à pourrir. Elle est traquée là où elle va. A la plage où elle jugea bon se donner, en compagnie de Maria, au seul soleil, cet Hélios, et à la baignade, elle est accostée avec son amie, par deux coureurs harcelants. Un autre problème gras relevé, ici, par une traînée de mots bien agencée. Le harcèlement. un phénomène qui en dit long, selon Tanit. Une misogynie des plus appuyées. Une mainmise sur le féminin de notre société. Même pour les esprits les plus lumineux. Car ces deux rabat-joie sont médecins par dessus le marché, ayant une démarche moderne, et une cervelle qui peut aller jusqu’au Musset, mais l’esprit rétrograde.

Repoussés mille fois mais infatigables à l’excès, les deux mâles les traquent jusqu’à la baignade. Ironie du sort, Tanit et Maria sont sauvées par des barbus. C’est dire que Tanit est dégoûtée. C’est dire aussi la lâcheté des m’as-tu-vu roués à coups de bâtons, et ramassés comme une vieille peau.

Tanit garde bon coeur en dépit des aléas qui la bombardent jour et nuit. Un appel puis un autre, jusqu’à relever la voix de ses détracteurs dans une conférence plurielle où se tapent dessus les esprits les plus confondus. Un Maroc balloté entre mesure et démesure. Un pan nostalgique, et de par là, non-évolutionniste, troquant toute raison contre un quant-à-soi anesthésiant. Et un pan, presque mathématique, adepte de la raison et de la terre.

Tanit, la baudelairienne, ne pense pas être maudite. Elle mène la vie dure à la fatalité. Elle procède par raison et par faits avérés. Ne ditelle pas à l’épicier du coin, de qui elle soutira par toutes les forces du diable sa bonne femme pour quelques cours de conscientisation, et de lettres, que ses filles valaient aussi bien que son garçon, et qu’elles mériteraient d’hériter autant? Oui, dit-il, mais c’est Dieu qui l’a voulu…

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