RÉTROSPECTIVE 2018 ET PERSPECTIVES 2019


Quand l’accélération des réformes fait défaut


Les réalisations économiques du Royaume, aussi encourageantes soient-elles, ne peuvent dédouaner le gouvernement El Othmani de ne pas avoir fait tout ce qui est nécessaire pour accélérer les réformes.

Au cours de l’année 2018, le Royaume a, plus ou moins, pu tirer son épingle du jeu dans un monde en mutation rapide. Un monde où pas un pays n’a pu échapper ni à la dynamique démographique, ni aux conséquences des inégalités croissantes et la diminution de la classe moyenne, et encore moins à la fragilité du multilatéralisme et à la perspective imminente d’une nouvelle crise financière.

Côté réalisations, le Royaume peut se prévaloir d’avoir poursuivi les grands chantiers structurants aussi bien dans le domaine des énergies renouvelables que dans celui des infrastructures, notamment avec le lancement réussi du Train à Grande Vitesse (TGV) reliant Casablanca à Tanger. Sans oublier les stratégies sectorielles comme le Plan Maroc Vert (PMV) ou le Plan d’accélération industrielle (PAI) dont certains acquis ne sont pas négligeables.

Mécanisation agricole
Ainsi, boostée par le Plan Maroc Vert, la mécanisation de l’agriculture a significativement fait évoluer la productivité agricole. Productivité sans laquelle aucune amélioration du bien-être de la population active rurale n’est concevable. Auparavant, cette mécanisation se développait trop lentement au Maroc, du fait de plusieurs contraintes structurelles, dont essentiellement le morcellement du foncier. Prévues par le PMV via le Fonds de développement agricole (FDA), la subvention est le principal levier financier mis en place par le ministère de l’agriculture pour le développement de la mécanisation. Certes, la création d’une industrie de machines agricoles n’en accuse pas moins un retard important. La demande nationale n’est pas aussi conséquente.

De même, propulsée par les subventions prévues par le PMV, la micro-irrigation a détrôné les méthodes classiques d’irrigation. Le déploiement massif de la micro-irrigation est l’une des trois composantes de la stratégie d’irrigation développée dans le cadre du PMV, aux côtés de la promotion des partenariats public-privé, et de l’extension des surfaces irriguées. Côté financement, selon le Groupe Crédit Agricole du Maroc, la non-immatriculation des terres collectives ou relevant du droit coutumier et le morcellement des terrains agricoles empêchent les agriculteurs de prétendre au crédit. Crédit dont souffrent plus particulièrement les petits exploitants agricoles.

Rappels à l’ordre
Petits agriculteurs dont la situation doit être davantage valorisée, notamment dans le cadre de l’évaluation actuelle du PMV. Évaluation qui fait suite au rappel à l’ordre royal. En effet, SM Mohammed VI a chargé le ministre de l’agriculture, Aziz Akhannouch, en octobre 2018, de mener une réflexion stratégique globale et ambitieuse pour le développement du secteur agricole. Le Souverain a, de ce fait, voulu rendre justice à ces petits agriculteurs qui, bien qu’ils se trouvent à la tête d’exploitations de petite taille, n’en constituent pas moins des unités productives pourvoyeuses de milliers d’emplois.

Le rappel à l’ordre royal n’a pas épargné d’autres ministères comme celui de l’industrie et de commerce, que dirige Moulay Hafid Elalamy, à propos du Plan d’accélération industrielle, notamment, de la région Souss-Massa qui attend encore le commencement de son exécution. Or, sans industrialisation rapide et efficacement programmée dans le temps, il est peu probable que le Maroc puisse tirer avantage de son commerce extérieur et de ses multiples accords de libre-échange censés lui assurer un meilleur arrimage au reste du monde.

Les rappels à l’ordre du Souverain se suivent pour n’épargner ni le gouvernement et à sa tête le Chef du gouvernement Saâd Eddine El Othmani, ni les élus pour les appeler à accélérer la cadence d’un développement régional intégré et durable.

Implication des régions
Jusqu’ici le gouvernement ne semblait pas être trop pressé pour transférer aux régions certaines des attributions de l’État. Or, selon le projet de loi relatif à la mise à niveau des Centres régionaux d’Investissement (CRI), qui vient d’être adopté par la Chambre des représentants, la région est plus que jamais amenée à jouer un rôle décisif. Puisque, selon le ministre de l’intérieur, Abdelouafi Laftit, ses attributions comportent non seulement le développement économique mais aussi la promotion de l’emploi et l’amélioration de l’attractivité du territoire.

Sans attractivité des investissements au double niveau national et régional, il est peu probable que les milliers de chômeurs trouvent à s’employer. L’emploi et la croissance économique durable et pérenne n’étant pas au rendez-vous, on ne peut s’étonner de voir les revenus et la consommation des ménages régresser. Résultat, les équilibres macro-économiques sont mis à mal, et ce, en dépit des politiques budgétaire et monétaire accommodantes. Faute de réformes allant dans le sens de la relance, le risque chômage ne peut que demeurer un problème pressant au Maroc, en particulier pour la population jeune, en rapide expansion. Et tant que le système éducatif et celui de la formation professionnelle en parfaite adéquation avec l’emploi n’est pas à l’ordre du jour, il ne pourra pas participer au développement des écosystèmes industriels et agricoles, urbains et ruraux, tout en ciblant et en adaptant les offres et mécanismes aux problématiques spécifiques des acteurs et des populations des différents territoires du Royaume.

Axes stratégiques
S’il veut sortir de cette incapacité à mettre en oeuvre les réformes qu’il faut pour répondre aux attentes sociales sans cesse croissantes, le gouvernement El Othmani n’a d’autre choix que de poursuivre au moins trois objectifs, à savoir: valoriser le capital humain, contribuer à l’attractivité des territoires et accompagner aussi bien la transition énergétique et écologique que la transition numérique.

Deux axes stratégiques transversaux en découlent: l’appui de la gouvernance et l’accompagnement du processus de régionalisation. Soit autant d’axes stratégiques dans lesquels le gouvernement doit intervenir s’il veut que l’année 2019 et les suivantes puissent rendre un peu l’espoir aux citoyens marocains. Citoyens qui n’ont que trop souffert de la cherté du coût de la vie et de la dégradation des services publics et à leur tête la santé et l’éducation.

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