Dépêche
Accueil » Edito » Le retour du Maroc à l’union africaine

Le retour du Maroc à l’union africaine

Mustapha Sehimi

Une histoire en marche

Quelle journée! Ce mardi  31 janvier 2017 aura sa  place dans la mémoire  collective, au Maroc et  ailleurs. Ce jour-là, en  effet, un acte diplomatique d’admission  d’un État à l’Union africaine (UA)  était autre chose: un symbole chevauchant  l’histoire, une histoire en marche.  Qu’en retenir? Tout d’abord, l’émotion  de S.M. Mohammed VI, elle n’était pas  apprêtée mais sincère et authentique.  Il y avait de quoi! Depuis son accession  au Trône, voici dix-sept ans et demi,  l’un des crédos de sa politique a été  aussi la question nationale. Il a innové,  osé avec le projet marocain d’autonomie  régionale déposé le 11 avril 2007  devant le Conseil de sécurité de l’ONU;  il a implémenté cette réforme dans  la nouvelle Constitution du 29 juillet  2011 avant de l’opérationnaliser avec  les élections régionales de septembre  2015 puis, le 6 novembre suivant, l’installation  officielle du Conseil de région  des provinces sahariennes récupérées.  Il avait hérité du dossier du retrait du  Maroc de l’OUA, en novembre 1984, à  la suite de l’admission de la prétendue  “RASD” dans des conditions d’illégalité  connues de tous.

Et cette injustice-là, il avait à coeur  de la réparer en mettant les pays africains  devant leurs responsabilités. Il  ne l’a pas fait par un effet d’annonce  ni par des postures, mais d’une autre  manière en inscrivant résolument ce  dossier dans une longue séquence politique et historique. Il y avait bien  des acquis, notamment la trame multiséculaire  des relations et des flux  entre l’Empire chérifien de ses aïeux  et le continent; ou encore la figure  qu’était son grand-père, Mohammed  V, libérateur, soutien des mouvements  de libération africains (ANC,  MPLA, Frelimo …) par ailleurs initiateur  du “Groupe de Casablanca”, créé en  janvier 1961 et formé de l’Égypte, du  Ghana, du Mali et de la Guinée. C’était  sans doute tout cela qui nourrissait la  trame de base mais celle-ci était aussi  vivifiée par ce qu’a fait le Royaume en  direction du continent depuis le début  des années 2000. C’est connu et c’est  un tissu économique, social et culturel  qui atteste que Rabat a bien priorisé sa  politique africaine.

Quel chef d’État a autant sillonné  ce continent? Pas moins de 25 pays  visités, 46 voyages en une quinzaine  d’années: qui dit mieux? Des périples  incessants de plusieurs semaines chacun  au service d’une diplomatie entendue  comme l’expression et la mise en  oeuvre concrète d’une politique étrangère  et, plus encore, d’une vision. Que  près d’un millier d’accords aient été  ainsi signés témoigne de la dimension  coopération de cette démarche.  Aujourd’hui, c’est le Roi qui est le meilleur  avocat de la coopération Sud-Sud,  de la nécessité pour l’Afrique de faire  confiance aux Africains, de compter  sur elle-même pour ce qui est de ses  ressources naturelles et de ses potentialités  humaines.

Projets stratégiques
C’est dans son discours historique du  24 février 2014 à Abidjan qu’il a instamment  plaidé dans ce sens. A telle  enseigne que le Roi exerce aujourd’hui  un leadership moral et politique dans  l’identification des véritables défis  à relever. Il parle Maroc –avec ses  chantiers et ses réformes– mais dans  le même temps il parle aussi Afrique,  à savoir la solidarité, la générosité  aussi. “Mon pays partage ce qu’il a”,  a-t-il lancé à l’adresse de ses pairs à  Addis-Abeba, dans son discours du 31  janvier 2017. Dans cette même ligne, il  faut souligner la communauté de destin:  “L’Afrique est indispensable au  Maroc” comme “le Maroc est indispensable  à l’Afrique”.

Cette vision met au premier plan le  développement économique sans  lequel il est vain d’escompter le progrès  social. De grands projets stratégiques  ont été ainsi lancés: celui du Gazoduc Africain Atlantique avec le  Nigéria, celui aussi de complexes de  production d’engrais avec l’Éthiopie et  le Nigéria pour améliorer la productivité  agricole, assurer la sécurité alimentaire  et le développement rural. Au passage,  il a jugé pertinent de relever que “ce ne  sont ni le gaz ni le pétrole qui satisferont  les besoins alimentaires de base”  et que le grand défi de l’Afrique est  bien celui de sa sécurité alimentaire.

Fibre africaine authentique
En d’autres termes, le modèle pétrolier  -algérien, par exemple– plombe le  développement… C’est pratiquement à  un contre-modèle fondé sur l’adaptation  de l’agriculture africaine au changement  climatique et baptisé “Initiative  Triple A” qu’il faut désormais s’atteler.  Un programme qui a été validé par une  trentaine de pays du continent lors du  sommet africain tenu en marge de la  COP 22, organisée, à la mi-novembre  2016, à Marrakech.

Au plan diplomatique maintenant, l’admission  à l’UA optimise tout le travail  accompli par le Maroc dans le continent.  C’est un “manque” qui vient  d’être comblé. Une situation de normalisation  institutionnelle et politique qui  conforte le Maroc comme puissance  influente.

Y aura-t-il changement dans le positionnement  du Maroc en Afrique et,  plus globalement, à l’international? Oui  et non, sans doute. Non, tout d’abord,  parce que le Maroc s’inscrit dans un  schéma général de continuité d’une  politique continentale initiée et mise en  oeuvre par étapes depuis le début des  années 2000. La priorisation accordée  à l’Afrique tient à plusieurs facteurs:  la fibre africaine authentique du Roi;  la vocation historique et stratégique  du Maroc, nourrie par les siècles, la  culture, la religion; une claire appréhension  des potentialités du continent  (ressources, potentiel humain, espace  géostratégique…) C’est une “nouvelle  frontière” aux immenses possibilités et  opportunités. La position du Maroc est  ainsi valorisée par suite de tout ce qu’il  a engrangé comme savoir, expérience,  mais aussi parce que le Royaume est  novateur, à l’avant-garde même dans  des domaines comme l’environnement,  le développement durable, la  sécurité alimentaire, un Islam modéré  et tolérant, sans oublier une expertise  reconnue dans la lutte antiterroriste.

Le Maroc a une offre de coopération  et de partenariat large répondant à  une forte demande des pays africains.  Quel autre pays est plus compétitif par  exemple pour ce qui est des énergies  renouvelables, le micro-crédit au profit  des petits agriculteurs, les engrais  adaptés à la nature des sols? Quel  autre a une politique sociale aussi marquée  avec 10.000 étudiants africains,  dont 7.500 boursiers; ou encore une  politique d’accueil et de régularisation  de 25.000 Subsahariens, laquelle se  prolonge aujourd’hui avec une nouvelle  étape?

De larges perspectives
Le Maroc est désormais membre de  l’UA. Là aussi, il y aura de la continuité,  bien sûr, mais aussi du changement.  Lequel? C’est la consolidation de la  place et du rôle du Royaume. Au plan  économique, la vocation affirmée est  celle d’être un “hub” régional articulé  autour d’un espace euro-maroco-  africain d’un côté mais également  arabo-africain, référence étant faite ici  aux relations privilégiées entre Rabat  les six monarchies du Conseil de Coopération  du Golfe (CCG). A noter aussi  le fait que le Maroc est signataire de  55 accords de libre-échange (ALE)  avec 55 pays (États Unis, UE, accord  d’Agadir, Turquie…). Il s’agit là d’un  espace économique ouvrant de larges  perspectives à la promotion du commerce,  des investissements et des flux  d’affaires.

Enfin, la diplomatie marocaine est axée  sur les principes de la paix, de la stabilité,  du règlement pacifique des différends,  de la négociation. Elle bénéficie  d’une crédibilité, d’une capacité  d’influence, d’un “soft power“ (Islam,  vision de coopération Sud-Sud…) et  puis aussi du leadership moral et  politique du Roi édifiant un projet de  société moderniste, démocratique,  solidaire. Une valeur ajoutée à la voix  du Maroc et à celle de l’Afrique au  moment où le continent peine à se  faire entendre et à peser sur le règlement  des conflits et des crises tant en  Afrique que dans le reste du monde.

Règlement définitif
L’Algérie, elle, a subi une défaite  cuisante avec l’admission du Maroc  à l’UA. Que n’a-t-elle pas fait pour  empêcher, sinon freiner au maximum  ce retour? Des manoeuvres,  des arguties juridiques irrecevables,  des pressions, de la désinformation;  la “totale”. En vain. Rien d’étonnant:  l’Algérie n’est plus audible et sa politique  étrangère se réduit à sa nuisance  à l’endroit du Maroc. La voix  de l’Algérie est-elle audible pour le  Proche-Orient, la Palestine, le changement  climatique, la Syrie, le terrorisme…?

Le Maroc est membre de l’UA, il a  adhéré à l’acte constitutif de cette  Union; il ne reconnaît pas la prétendue  “RASD”, laquelle n’est d’ailleurs  pas non plus agréée ni par l’ONU, ni  par la Ligue Arabe ni par l’OCI ni par  d’autres institutions. L’on ne peut  donc parler d’une reconnaissance  indirecte par le Maroc. Il appartient  désormais à l’UA, dans le cadre de  la cohérence de son vote d’admission  du Maroc, de suspendre cette  “RASD” en attendant qu’un règlement  politique définitif soit finalisé et  acté par les Nations Unies. Ce serait  là un acte de responsabilité de la part  de l’UA

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !