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Résolution à l’africaine

Les chefs d’État et de gouvernement africains réunis à Nouakchott pour leur 31ème sommet, les 1er et 2 juillet 2018.

L’Union africaine s’adjuge un rôle au Sahara

Le 31ème sommet de l’Union africaine à Nouakchott a décidé la création d’un quartet formé du président de la commission de l’UA et d’une troïka de chefs d’État pour participer au règlement du conflit du Sahara. Bonne résolution?

Le Maroc et l’Algérie d’accord sur quelque chose en rapport avec le conflit du Sahara marocain? Absolument, et c’est l’exploit qu’on doit au président de la commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, qui lors du 31ème sommet des chefs d’État et de gouvernement de la principale organisation continentale, tenu les 1er et 2 juillet 2018 à Nouakchott, capitale de la Mauritanie, est parvenu à convaincre les deux pays de l’utilité d’une médiation autre que celle de l’Organisation des Nations unies (ONU); du moins selon des paramètres inédits.

Car s’il est vrai que l’Algérie en faisait la demande depuis plusieurs années, comptant notamment sur la partialité de l’UA qui comprend comme membre fondateur la pseudo République arabe sahraouie démocratique (RASD), elle peut être déçue, puisque l’Union se limite à vouloir faciliter les négociations entre les différentes parties, et ce, d’autant plus, selon le cadre strict fixé par les instances onusiennes, à commencer par le Conseil de sécurité.

Entêtement algérien
En d’autres termes, il ne faudra pas s’attendre à ce que l’organisation pousse vers une position hostile des pays africains à l’intégrité territoriale du Maroc; chose qu’a très bien saisie le Royaume. Dans le détail, M. Faki formera avec les présidents précédent, actuel et suivant de l’UA, en l’occurrence actuellement le président guinéen Alpha Condé, le président rwandais Paul Kagamé et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, un quartet qui veillera à concilier les positions du Maroc et de l’Algérie, et par là même empêcher d’empoisonner les instances africaines, alors même que l’état déplorable de l’Union du Maghreb arabe (UMA) et la non-intégration économique de l’espace maghrébin sont la preuve des effets de l’entêtement algérien à vouloir amputer le Maroc d’une partie de son Sahara.

Ces trois chefs d’État sont connus pour être plutôt neutres par rapport au conflit, ce qui est à l’avantage du Maroc. L’ancien président mozambicain Joaquim Chissano, que l’UA avait désigné en juillet 2014 comme envoyé spécial au Sahara marocain, se retrouve, lui, relégué au second plan, voire sur la touche, puisqu’il n’est fait nullement mention ni de lui ni de sa mission.

Le Maroc a d’ailleurs toujours refusé de le voir se mêler du dossier, tant il a toujours montré un entrain décomplexé à soutenir la cause séparatiste, même s’il dit uniquement chercher à aider à trouver une solution. Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA, présidé par l’Algérien Smaïl Chergui et donc en conséquence acquis à la voisine de l’Est -il avait appelé dans un communiqué, en mars 2017, à organiser un référendum d’autodétermination au Sahara marocain, ce qui est loin d’être un propos neutre-, s’est également vu couper l’herbe sous les pieds, exclu de tout processus de médiation. Selon toute vraisemblance, ce qui, en d’autres circonstances, aurait pu s’avérer un désaveu pour le Royaume constitue in fine un nouveau succès diplomatique, comme n’a pas manqué de le souligner le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, dans une déclaration aux médias à Nouakchott. «La décision importante prise par les chefs d’État et de gouvernement de l’UA au sujet de la question du Sahara marocain consacre la primauté du processus onusien dans la gestion de la question du Sahara marocain et rappelle qu’il n’y a pas de processus parallèle, » a-t-il souligné.

Succès diplomatiques
Depuis son adhésion à l’UA en janvier 2017, près de 33 ans après avoir quitté l’Organisation de l’unité africaine (UA) suite à l’admission de la pseudo «RASD» en novembre 1984, le Maroc n’a cessé d’enregistrer les succès diplomatiques face à l’Algérie au plan africain, en étant notamment élu en janvier 2018 au CPS pour le compte de l’Afrique du Nord. Le Royaume avait obtenu 39 voix sur 53; victoire qui se dessinait tellement au fur et à mesure que la voisine de l’Est n’avait pas voulu se présenter, bien qu’elle en ait exprimé l’intention quelques mois auparavant. Pour ce faire, le Maroc mise notamment sur la diplomatie bilatérale, qui lui a permis de conquérir nombre de pays africains, notamment anglophones, acquis jusque-là aux thèses séparatistes.

Mégaprojets communs
Préalablement à l’adhésion à l’UA ainsi que dans les semaines qui ont directement suivi, S.M. le Roi Mohammed VI y avait effectué une large tournée où il avait à la même occasion inauguré plusieurs mégaprojets communs, notamment en Éthiopie et au Nigéria. Plus spécifiquement en Afrique de l’Ouest, le Maroc envisage d’intégrer la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO), le plus important regroupement économique du continent africain; sa demande est toutefois pendue à une étude d’impact que doit encore livrer la commission de ladite organisation.

Preuve du leadership du Royaume, S.M. le Roi Mohammed VI s’était vu confier par le président Alpha Condé, en mars 2017, la délicate question de la migration, au sujet de laquelle il a d’ailleurs adressé un discours au sommet de Nouakchott, précédé quelques mois plus tôt d’une intervention dans la ville d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, relative à la même thématique. La ville de Rabat devrait ainsi prochainement accueillir l’Observatoire africain des migrations au Maroc, fruit d’une proposition du Roi Mohammed VI à l’adresse de ses pairs africains en sa qualité de leader de l’UA pour la migration.

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