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RÉHABILITER LE POLITIQUE

Mustapha Sehimi

La crise des partis s’installe

Le Souverain a, dans son discours du Trône, mis à l’index toutes ces formations limitant leurs activités à des réunions routinières de leurs instances dirigeantes.

Ce premier constat, pour commencer: le politique se porte mal. À titre comparatif, un peu partout dans le monde, soit par suite du discrédit frappant le politique –ses acteurs et leur parole– soit encore par l’irruption et l’extension de ce que l’on pourrait appeler l’identitaire ou encore l’une de ses variantes, le communautarisme. Au Maroc, qu’en est-il? Des paramètres objectifs témoignent bien d’une situation préoccupante dans ce domaine. Le taux de participation aux élections d’octobre 2016 a été l’ordre de 43%. Médiocre, surtout que l’on a affaire à des élections avec choix –une bonne trentaine de partis– et que la nouvelle Constitution impose que le Chef du gouvernement nommé par S.M. le Roi doit être “issu” du parti arrivé en tête. Il y a là un gros problème: un petit tiers seulement des 22 millions de citoyens en âge de voter se sont rendus aux urnes.

C’est donc que les deux autres tiers ne jugent pas utile d’accomplir leur devoir civique; et que l’offre partisane, pourtant déclinée autour d’un large spectre, n’est pas attractive. Faire le procès des partis alors? C’est une première explication. Le Souverain a emprunté cette voie avec sévérité, dans son discours du Trône, en mettant à l’index toutes ces formations limitant leurs activités à des réunions routinières de leurs instances dirigeantes. Une tâche qui tourne le dos à leur fonction constitutionnelle consacrée par les dispositions de l’article 5 de la Constitution: encadrement et formation politique des citoyens, promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques, expression de la volonté des électeurs.

Pourtant la demande permanente de délibération est importante et, là encore, la nouvelle loi suprême de 2011 le souligne en insistant sur la démocratie participative. Elle s’inscrit dans un temps long et requiert une capitalisation durant plusieurs législatures. Mais, en même temps, la difficulté c’est que la gestion publique et des organes centraux qui en ont la charge se heurte à la difficulté de l’urgence de la décision. Comment, dans ces conditions, articuler un pouvoir forcément vertical – sauf à parler de comité de gestion et de “soviets”– nécessaire à la décision et une délibération horizontale requise par la démocratie?

Une première réponse ne peut être que celle-ci: la pédagogie. Elle va permettre en effet de construire un consensus politique et social ainsi qu’une constance dans l’application. Elle peut aider à restaurer une forme de discours et de responsabilité politique rétablissant la confiance dans la parole politique et l’action politique. Le politique doit être correctement appréhendé: il n’est en effet ni de l’ordre d’un savoir indiscutable, ni de l’ordre de pures opinions subjectives. Il est le fait de convictions, d’arguments qui se corrigent et se pondèrent mutuellement. Gouverner, c’est établir un ordre provisoire de priorité entre les fins du bon gouvernement. Les partis en particulier doivent donner du sens à leur action par-delà leur mobilisation pour des scores électoraux arithmétiques. Ce que l’on attend du politique, c’est une vision d’ensemble, un corpus théorique de lecture et de transformation du social; c’est une interrogation et une réponse –même partielle– sur les priorités participant d’objectifs à long terme et de finalités.

Il faut penser l’action au-delà des contraintes factuelles et des agendas électoraux. La rationalité technique au sens de la gestion des contraintes des moyens doit s’inscrire autour de l’identification des finalités qui, elle, fait la rationalité proprement politique. L’idéologie technocratique du “zéro idéologie” doit être récusée parce que démobilisatrice et faisant le jeu des puissances d’argent et de leurs suppôts partisans et autres. C’est une parole politique au service d’une action politique qui doit avoir le primat. Quel modèle économique? Quel modèle social par-delà des “mesurettes”, ici et là? Et comment réhabiliter les partis et plus globalement le politique?.

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