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Réforme ou arnaque ?

Driss Fahli

Driss Fahli

Chaque fois qu’un  groupe d’intérêt  prend les commandes  d’un  pays, il procède à  des réformes qui ramènent le  système à sa vision des choses.  Pour Larousse, la réforme est  «un changement profond et  radical apporté à quelque chose  en vue d’améliorer son fonctionnement  ». C’est du moins ce  qu’on croit, mais c’est une autre  explication du même dictionnaire  qui sied aux réformes  actuelles. C’est un «retour à un  ordre antérieur et à l’observation  des ses règles primitives».  Avec le retour en force du religieux  et l’invasion parasitique  et usurpatrice néo-libérale, la  réforme est plus synonyme d’arnaque  sociale que de progrès. A  titre d’exemple, la réforme des  retraites est une illustration des  plus parlantes de la réforme-arnaque.

Un travailleur, même marocain,  produit aujourd’hui 2 à 3  fois plus de richesse qu’en 1970.  Ce gain de productivité ne vient  pas compenser le coût de la  vieillesse, ne va pas à la rétribution  mais atterrit dans le giron  du Capital et dans les fonds des  banques génératrices de crises  et accumulatrices de bénéfices  indécents. Il tombe aussi, pour  une bonne part, dans les circuits  de détournements borderline,  voire illicites, que tout le monde  connaît et que personne ne voit.  Mon propos n’est pas de parler  de la retraite, c’est dorénavant  un concept qui va aller crescendo  vers la voie de l’extinction.

Le pauvre humain démuni se  verra obligé de travailler jusqu’à  son dernier souffle pour pouvoir  l’expirer. Mon intention,  en fait, est de reparler de cette  réforme du code pénal marocain  qui fait bourdonner nos  libertés. Depuis avril dernier, les  régressions, les imprécisions,  les limitations des libertés  individuelles, les extensions des  sacralités et les contradictions  constitutionnelles contenues  dans cette réforme proposée par  les «islamyouns», n’ont pas arrêté  de créer vagues et scissions au  sein de la société civile marocaine  entre barbus, poilus, iroquois,  dégarnis, imberbes et teigneux.

Le projet concocté n’a pas la  consonance d’un code pénal mais  la résonance d’un code religieux  d’un autre âge où les relations  hors-mariage, l’homosexualité, la  rupture du jeûne pour les supposés  musulmans, la liberté de  conscience, la laïcité sont encore sanctionnées et punies par  l’arriération et l’archaïsme  religieux.

Si le ministre de la justice  semble avoir mis de l’eau dans  son Zemzem, au point de reconnaître,  devant des ex-communistes  gavés de privilèges,  que la religion est une affaire  privée entre Allah et sa créature,  le Chef du Gouvernement  n’est pas encore arrivé à ce  niveau de maturité de la pensée  religieuse. Dernièrement,  il justifiait, ou plutôt il a trouvé  une explication «rationnelle» à  l’agression des filles d’Inezgane  par une surinterprétation du  hadith: «Man ra’ā minkum  munkaran fal-yuġaiyirhou  biyadihi…» (Celui d’entre vous  qui voit un mal doit le changer  de sa main) où le code religieux  avait primé sur le pénal. C’est  probablement le même hadith  qui a prévalu à Fès pour le  lynchage de l’homosexuel et  tout dernièrement à Safi contre  une fille en short et sa mère qui  ne lui a pas appris les préceptes  jusqu’aux chevilles de la tenue  islamique.

Encouragés par une duplicité  semi-tacite, les analphabètes  ambulants radicalisés font  la loi dans la rue. C’est donc  maintenant qu’il faudrait être  intransigeant sur les aménagements  apportés à ce code pour  préserver nos libertés individuelles.

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