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La réélection de Vladimir Poutine renforce l’axe Rabat-Moscou

Le président russe, Vladimir Poutine, et le Roi Mohammed VI. Moscou, le 15 mars 2016.

L’ère du pragmatisme

Entre le Maroc et la Russie, le partenariat stratégique est bâti pour durer. Grâce à de solides intérêts politiques et économiques, mais aussi aux liens personnels entre le Roi Mohammed VI et le Président Vladimir Poutine.

Le Maroc ne peut que se féliciter de la réélection du président Vladimir Poutine à la tête de la Fédération de Russie, le dimanche 18 mars 2018. C’est son quatrième mandat et il consacre son sacre: 76,66% des voix, avec un taux de participation de 60%. Quelle lecture peut-on en faire au Maroc tant il est vrai qu’entre Rabat et Moscou de grands secteurs de coopération donnent aujourd’hui aux relations bilatérales un contenu et une dimension: ceux d’un partenariat stratégique. Si l’on est arrivé à ce palier, c’est aussi grâce aux liens personnels noués par le Roi et Poutine. Ils s’étaient déjà rencontrés en 2002; ils se sont revus lors de la visite officielle du Souverain en mars 2016. Il y a donc du lourd entre les deux pays, de la profondeur. Un processus d’accumulation et de capitalisation qui s’est décliné durant les précédentes décennies.

Historiquement, le Maroc a eu une politique étrangère diversifiée, d’ouverture. Une recherche d’équilibre entre l’Ouest et l’Est qui a conduit à un maillage de relations de coopération avec les pays de l’Europe de l’Est et en particulier avec le partenaire soviétique. A l’époque, le Royaume avait accepté l’existence d’un parti comme le Parti de la libération et du socialisme (PLS), auquel a succédé le PPS dont le référentiel était inspiré du marxisme léninisme… Tout cela explique que Rabat n’ait pratiquement jamais mené une croisade antisoviétique lors de la guerre froide. Les deux pays ont veillé à conforter leurs rapports par un matelas d’accords de la coopération économique, notamment dans les domaines de la pêche –étendue sur toute la côte atlantique jusqu’à Lagouira- et surtout dans les phosphates. C’est en 1978 que fut ainsi conclu ce que l’on appela le «contrat du siècle» d’exploitation du gisement phosphatier de Meskala. Des deux côtés a ainsi prévalu une approche réaliste, pragmatique de leurs relations bilatérales. Les choix idéologiques de l’un et de l’autre ont été transcendés pour asseoir durablement une importante coopération.

Acquis et opportunités
Pour autant, des difficultés n’ont pas manqué au plan diplomatique. S’il est vrai que Moscou était du côté des postions d’Alger sur le Sahara, notamment au sein des instances de l’ONU, elle n’a jamais reconnu ni la prétendue RASD ni le Polisario. De son côté, Rabat avait un temps fortement critiqué la déstabilisation du continent africain par la pénétration soviétique (Angola, Mozambique,…). Le Roi Hassan II avait aussi dénoncé, dans le cadre islamique, l’intervention de l’URSS en Afghanistan dans les années quatre-vingt. En somme, les relations bilatérales recouvraient, d’un côté, une coopération économique et, d’un autre côté, une divergence et une altérité idéologique.

Aujourd’hui, qu’en est–il? Chacun des pays trouve avantage à aller plus loin dans le partenariat économique et ce sur la base d’acquis mais aussi de nouvelles opportunités. Le paramètre idéologique, lui, a été mis en équation et n’interfère pratiquement plus par suite de la désagrégation de l’ex-URSS en 1991 et de la place qu’occupe désormais la nouvelle Fédération de Russie sur la scène internationale. Le Roi Mohammed VI s’est ainsi investi pour tisser avec la Russie de Poutine des liens privilégiés. Il a affaire à un dirigeant fort, concentrant au Kremlin l’essentiel des pouvoirs, avec des positions clairement assumées.

Ce qui tranche avec les relations pour le moins ambiguës et compliquées avec ses alliés traditionnels comme les Etats-Unis et certains pays européens. Ceux–ci ont généralement des centres de décision multiples et restent de surcroit soumis à des majorités électorales changeant tous les quatre ou cinq ans. Dès le début des années 2000, Poutine définit et met en oeuvre une nouvelle politique étrangère pour se repositionner. Il a réussi dans ce domaine comme l’attestent la place du rôle de Moscou au Moyen-Orient et ailleurs.

Cet «activisme» russe va au-devant des attentes et des objectifs de Rabat, qui est mobilisé pour conforter et même sécuriser ses appuis au Conseil de sécurité sur la question nationale du Sahara. Diverses manoeuvres et pressions de Washington et de Londres ont ainsi poussé en novembre 2013 ces deux pays à défendre dans un projet de résolution soumis au Conseil de sécurité l’extension du Mandat de la Minurso au dossier des droits de l’Homme dans les provinces sahariennes récupérées. De quoi pousser le Maroc à revoir son jeu d’alliances parmi les puissances déterminantes de cette haute instance onusienne. D’où le renforcement du partenariat stratégique avec la Russie. Ce n’est pas une alternative aux relations fortes avec en particulier les États unis et la France mais plutôt un complément à ces alliances traditionnelles. Une diversification des partenariats donc sur la base de deux paramètres: les réalités changeantes internationales et les intérêts supérieurs du Royaume.

Redéploiement et multilatéralisme
Avec la visite royale à Moscou en mars 2016, c’est une nouvelle étape qui est franchie dans les rapports entre les deux pays. Elle va relancer et élargir les échanges économiques. Mais elle va également arrêter le cadre devant présider à ce que les deux pays appellent le «partenariat stratégique» dans le communiqué commun. Le rapprochement relevé depuis 2014 s’accélère. Après deux reports, la visite royale couronne cette approche. Malgré les pressions de Washington et de l’UE, le Roi entend imprimer et concrétiser cette ouverture vers Moscou, en complément de celle qu’il avait engagée sur une base de redéploiement et de multilatéralisme. Le Maroc apprécie un rééquilibrage de la politique maghrébine de Poutine. Si l’Algérie reste un allié traditionnel de Moscou et que les contrats d’armement pèsent dans ce sens, le marché algérien, lui, n’offre que peu d’opportunités économiques. De plus, la glaciation qui frappe le régime de ce voisin de l’Est par suite de l’incapacité de fait frappant le président Bouteflika depuis avril 2013, pénalise fortement la diplomatie de ce pays, qui n’est plus un pivot comme lors des précédentes décennies. Par contre, le Maroc a su mettre en oeuvre une diplomatie active, de présence et d’influence en même temps qu’il se distingue par la promotion d’une coopération Sud-Sud.

Lutte antiterroriste
Le Maroc de 2018 n’est plus celui d’il y a une décennie ou deux. Il a retrouvé sa place naturelle et légitime dans sa famille institutionnelle au sein de l’Union africaine, à la fin janvier 2017. Il a obtenu l’accord pour rejoindre également la CEDEAO. Il porte de grands projets tels que les énergies renouvelables, l’agro-industrie,… il a un potentiel touristique ainsi que dans le secteur des hydrocarbures. Il est au premier plan de la lutte antiterroriste et de la promotion d’un Islam modéré et tolérant, des questions qui ne peuvent qu’intéresser la Russie de Poutine, confrontée à ces mêmes maux dans son territoire et dans les marges, où un Russe sur sept professe l’Islam. Il faut y ajouter le leadership personnel et politique du Roi, reconnu et salué par les dirigeants du monde.

Des facteurs poussant donc à un approfondissement des relations avec Moscou. Un gage supplémentaire, étant assuré la gouvernance propre au président Poutine: fidélité aux engagements, respect des accords, respect de l’intégrité territoriale des États ainsi que de leur souveraineté et de leur unité. Une convergence d’approche et de principe partagée par S.M Mohammed VI. Il y a de quoi bâtir ensemble. Et durablement…

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