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Recyclage et réhabilitation des Mokadems

Abdellatif Mansour

LE MOKADEM MÉRITERAIT UN PEU PLUS D’ATTENTION DE SA TUTELLE.

Les mokadems et les chioukhs ne sont pas contents et ils le font savoir. Ils ne sont satisfaits ni de leur situation matérielle, ni d’une image négative auprès du public. Ce n’est pas un état d’âme, tel qu’ils ont la réputation et de ne pas en avoir souvent; mais une vraie grogne, avec un cahier revendicatif en bonne et due forme, et une sensibilisation de bouche à oreille; le tout digne d’un savoir-faire syndicaliste parmi les plus rompus. Pour la communication des raisons de leur mobilisation, c’est du pain bénit. L’espace public est leur champ de travail. Quant à la com., c’est tout bonnement leur outil de travail, accompagné d’une obligation professionnelle pour le recueil de l’information. Difficile d’imaginer un corps de métier si bien installé dans son élément. Il aurait pu être, également, si bien dans sa peau. De ce dernier point de vue, ce n’est apparemment plus le cas.

Que demandent les mokadems et les chioukhs, au juste? Agents de l’État, relevant du ministère de l’Intérieur, ils veulent que cette dépendance exclusiviste soit valorisée par une véritable intégration dans la Fonction publique. D’autant plus, disent-ils, que des jeunes mokadems et moins jeunes chioukhs disposent de diplômes d’études supérieures. Ils veulent un changement de statut administratif qui ouvrira la porte à une amélioration salariale.

Ce n’est pas pour autant le plus fort de leurs doléances. Ils souhaitent aussi une évolution positive du regard que le public porte à leur égard. Il faut dire qu’à ce niveau, le législateur, quelle que soit sa maîtrise du lexique juridique, ne peut rien pour eux. Il fut un temps, pas très lointain, où, rien qu’à l’évocation, le vocable mokadem suscitait un sentiment de rejet, voire de révulsion et de peur. Dans les années de plomb (1956- 1999), certains mokadems redoublaient de zèle pour se mettre au service des superviseurs de toutes les formes de répression. À titre d’exemple, lors des élections locales et nationales, ils étaient décriés comme “les exécutants d’ordres venus d’en haut”. Ils ont ainsi contribué, à leur niveau, à fausser les élections, les cartes politiques et les institutions qui vont avec.

Aujourd’hui, les mokadems sont pour la plupart de jeunes premiers qui rêvent de promotion matérielle et sociale. Depuis le début de la lutte contre le terrorisme, ils ont trouvé un moyen de se rendre utiles et surtout d’améliorer leur image auprès du public. Quand on parle de participation de la population au démantèlement et à la neutralisation de cellules terroristes, l’apport populaire est effectif. De même qu’il renseigne sur le rejet par le corps social du phénomène terroriste. Pour des raisons d’efficacité, il faut bien, à un certain moment, un intermédiaire pour recueillir des informations décisives. Le mokadem est tout indiqué pour ce travail d’intérêt public. Rien que pour ce fait, il mériterait un peu plus d’attention de sa tutelle. Le quadrillage du territoire aura servi à quelque chose.

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