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La réalité accablante du social

Abdellatif Mansour

Pas moins d’un tiers des enfants du pays habitent des baraques faites de bric et de broc.

Selon une formule consacrée, l’avenir appartient aux jeunes. Une lapalissade dictée par les lois immuables de la démographie. Sauf qu’on oublie souvent de regarder du côté des conditions de vie des jeunes d’aujourd’hui. Un collectif d’organisations et d’instances s’en est chargé. Chapeauté par l’UNICEF, il comprend le ministère de la Famille et de la Solidarité ainsi que l’Observatoire national du développement humain (ONDH).

Conduite par une équipe de chercheurs émérites, nationaux et étrangers, l’étude porte sur la pauvreté des enfants au Maroc. Il s’agit en fait de l’indigence relative ou absolue des parents qui se répercute fatalement sur les enfants. Ce legs implacable renseigne sur une société marocaine qui bouge peu ou pas du tout pour une bonne majorité de la population. La mobilité sociale vers le meilleur est en panne. Les lendemains qui chantent ne sont pas pour demain. Les statistiques, à qui il arrive de dire la vérité, convergent dans ce sens peu rassurant.

Elles ramènent en surface une réalité que l’on semble regarder sans la voir. Dans cette enquête, trois tranches d’âge sont retenues, de 0 à 4 ans, 5 à 14 ans et 15 à 17ans. En gros, de la naissance aux premières marches de l’âge adulte, en passant par l’adolescence. La pauvreté transmissible est traquée et évaluée à partir d’indicateurs déterminants.

On apprend ainsi qu’un enfant sur quatre n’a à sa disposition que des sources d’eau non traitées, tels les puits ou les citernes remplis de ces mêmes eaux. Les réseaux d’eau potable, au bout du robinet, à domicile, ne passent pas par son douar. Pas moins d’un tiers des enfants du pays habitent des baraques faites de bric et de broc dans les bidonvilles qui ceinturent les villes. L’étude relève que les toitures et le recouvrement des sols utilisent des matériaux insalubres qui constituent un danger pour les familles, à commencer par les enfants.

Concernant la scolarisation, le tableau n’est pas reluisant, non plus. 12,9% des enfants de 5 à 14 ans en sont privés. Ce taux de privation culmine à 35,3% pour les 15-17 ans. La déperdition scolaire, chemin faisant entre l’école et les champs, est passée par là. Voilà une autre facette d’une pauvreté reçue en héritage par les plus jeunes.

Pour l’instant, il n’y a aucun indice qui porterait à croire que ces futurs adultes ne la transmettraient pas à leurs enfants. Il ne faut donc pas compter sur l’éducation nationale, dans l’ordre actuel des choses, pour lutter réellement contre l’analphabétisme et réduire ces retombées sociétales absolument néfastes.

Derrière ces chiffres éloquents des inégalités sociales, se profilent d’immenses disparités géographiques qui révèlent une grande détresse des campagnes, toujours par rapport aux enfants. À titre d’exemple, pour le logement précaire, ils sont 52,2% d’enfants à y vivre en milieu rural, contre 16,8% en zone urbaine.

Il en va de même pour la couverture médicale. En parler en rase campagne, c’est prendre le risque d’être perçu comme un démagogue qui prend ses rêves pour des réalités. Le taux national, villes et campagnes comprises, dans un domaine aussi vital, varie entre 46% pour les 15-17 ans qui n’en ont pas, et 53% pour les moins de 5 ans. Si l’on prend comme référence le deuxième chiffre avec sa tranche d’âge quasiment post natale, c’est pratiquement la sélection naturelle qui prédomine. Les centres de soin de santé, même s’ils existent, ne serviraient à rien sans équipement adéquat et sans personnel compétent pour les faire tourner à plein régime. L’AMO et le RAMED ne seraient, non plus, d’aucune utilité.

Face à ce descriptif accablant, avec ses faits avérés, ses chiffres à l’appui et ses conséquences ravageuses, les chantiers et les initiatives lancés par l’État paraissent vains. Certes, le passif à résorber est lourd. Ce n’est pas pour autant mission impossible.

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