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Qui suis-je?

Driss Fahli

Driss Fahli

Comme le disait l’autre, je  suis Argana, je suis Boston,  je suis Ottawa, je suis  Bardo, je suis Charlie, je  suis Bataclan, je suis Nice, je suis Berlin,  je suis Istanbul, je suis Ansbach,  je suis St-Etienne-du Rouvray…., je  suis… je suis…, à la fin de cette continuelle  série d’être, je ne sais plus qui  je suis. Je ne sais plus non plus pourquoi  le fanatisme a pris le pas sur la  tolérance et la raison.

Même René Descartes, père du  fameux «cogito, ergo sum» (Je  pense, donc je suis), serait perdu  devant une telle floraison de violences  identitaires et de fanatismes religieux.  Comme dans la chanson de Gavroche,  je dirai que «c’est la faute à Voltaire».  Pourtant, ce génial philosophe qui a  marqué son époque et la nôtre, avait  engagé un combat acharné contre  le fanatisme religieux et l’amalgame  détonant de la religion et du politique.  De tout temps le fanatisme a existé.  Il fait partie des travers de l’Homme.

S’il a pris aujourd’hui une figure  horripilante, c’est qu’il se définit  maintenant par rapport à des idées  d’extrémisme politico-religieux où  pointent, comme un tout, un ensemble  d’agressivités latentes, de manichéismes  simplifiés ramenant le tout  à un combat gladiateur entre Bien et  le Mal, d’appels à une morale islamiste  bornée et encadrée pour des raisons  de mainmise sur le pouvoir temporel,  de mentalité obsidionale d’une population  assiégée par les contraintes  d’une insécurité grandissante, d’une dynamique de groupe où l’individu est  phagocyté par la folie communautaire,  de croyances surnaturelles où les  histoires à dormir debout supplantent  la réalité des choses et de millénarismes  obsolètes où les messies, les  prophètes et les jugements derniers  auront leurs mots à dire sur le comportement  de chacun.

Le passage du fanatisme à l’extrémisme  n’est plus qu’une affaire de  rejet de «l’ordre établi» pour les intérêts  des uns en opposition aux autres,  de désignation d’un bouc émissaire  (l’infidèle, l’homosexuel, l’immigré, le  rupteur de ramadan, etc.) et de présence  d’un «gourou sauveur», populiste  et hâbleur ou d’une organisation  extrémiste qui appelle à l’acte pour un  ordre nouveau.

Les spécificités du fanatisme et de  l’extrémisme ne concernent pas  exclusivement les «paumés sociaux»  aux parcours chaotiques proches du trouble mental et de la folie islamiste.  Elles concernent aussi d’autres  «abîmés sociaux» doctorants ou bardés  de diplômes ayant évolué dans  l’opulence intellectuelle et bourgeoise.  Ces derniers sont tellement convaincus  de leurs crédos qu’ils tracent une  ligne rouge autour de leurs certitudes  marquées d’un altruisme religieux tellement  exacerbé que toute tentative  d’intrusion dans leurs convictions est  vécue comme une agressivité. L’adhésion  inconditionnelle à leurs valeurs  religieuses exclut toutes les autres  alternatives. Ils deviennent imperméables  à tout argument qui n’est pas  adepte de leur cause.

Maintenant, l’épidémie porte un nom.  Elle s’appelle «radicalisme religieux»  ou, mieux encore, «auto-radicalisation  fondamentaliste». Propagandes,  réseautages, diffusions, contaminations,  endoctrinements, l’épidémie  s’emballe et se propage sur un fond  de génération déçue et de malaise  social. Le mimétisme, la dynamique  de groupe, les rites de préparations,  la pression des partis extrémistes font  la suite pour l’engagement de l’action  désespérée ou suicidaire.  Tout cela nous vient d’un endoctrinement  religieux inapproprié. La  dé-radicalisation et la prévention du  fanatisme et de l’extrémisme religieux  devraient commencer par l’interdiction  effective de tout parti ou groupement  politique qui se réclame de la  religion.

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