Dépêche
Accueil » Culture » « Qu’est-ce que le populisme? », de Jan-Werner Müller

« Qu’est-ce que le populisme? », de Jan-Werner Müller

Le populisme, un mot affadi qui ne renvoie plus à ce qu’il est. Un mot usé et abusé, mais un mot excusé peut-être de par la longue marche qu’il a jusque -là tenue. De qui est-il le propre? Que veut-il dire enfin?

Voici un mot que l’on entend à tout va. Le populisme. Le malheur de ce mot galvaudé est tel qu’il déserte son essence. Et de là, son sens unique. Que signifie-t-il à force? Plus rien. Le populisme est donc plus porté à faire sien le sens nietzschéen qui le ravalerait à l’ombre du ressenti. Un écart à deux niveaux. Maintenu par pas mieux qu’un jugement esthétique. Bref, subjectif. Ce livre donc se veut d’abord un point. Un point de définition. Comme il sied d’écarter les faux jumeaux, c’est chose faite avec le populisme et la démagogie. Et là, nous cernons de près ce qu’est le populisme en sa substance.

C’est que d’abord, le populiste se dit être le peuple. Il ne suffit pas d’arracher à soi la vox populi ou la voix du peuple, s’accaparer les coeurs et les tripes. Le mot tripes sonne ici à raison, car, on accuse la politique menée par les adeptes de la formule populiste d’être celle des tripes. Comme si la tête lui faisait défaut… un péjoratif qui attribuerait ce motpieuvre plutôt à la populace. On sent le mépris. Le dédain d’une classe sans tête à la merci d’un vent porteur et colporteur. Contrairement à la démagogie qui peut, au gré des humeurs, faire corps avec le populisme, celle-ci ne dit pas être le peuple. C’est une rassembleuse sans scrupules. Une délirante à la quête de la masse.

Alors de qui le populisme est-il le propre? L’histoire dit ici son mot. D’abord les paysans. Ou les agrariens. Puis une réappropriation par la petite bourgeoisie. Non pas que le populisme soit le butin d’une classe définie, mais sans doute, aurait-il marqué dans les temps révolus et courants, son appartenance première. Remarque, une étude genre laisse croire que le populisme fait plus de suiveurs que de suiveuses.

Les cœurs et les tripes
Revenons, comme si, donc, le populisme est l’ouvrage des classes d’abord défavorisées. Et comme l’humain est mobile de coeur, et d’esprit, penser à l’exclusion d’autrui lui est chose familière. C’est tombé sur les libéraux. Comme quoi, on ne saurait s’il faut plutôt damner ou glorifier nos ennemis. Une force donc qu’il puiserait dans sa part, disons le, snob. Remarque, ceci est un populisme. Ou, disons le, un populisme européen.

Comme contrepoids, le populisme américain fait plutôt bonne figure là où il est vecteur d’inclusion. Nous avons donc le «Nous» d’une part, et le «Nous» et le reste d’une autre. Un reste qui fait le sobriquet de démophobe, d’un judas prêt à dévaliser le peuple, ne se souciant de lui qu’avec beaucoup de regrets. On a donc affaire à une psychologisation du fait populiste. Certains le relèguent au compte des têtes légères et rétrogrades ayant du mal à suivre le cours du monde. Et trouvent ainsi leurs idéaux dans un fixisme simpliste et trop humain selon le sens Nietzschéen. D’autres le conçoivent tel un terreau à même d’engendrer une humanité nouvelle et morale. Est-ce là raison ou déraison? Ou que veut dire encore le mot, ou presque, de populisme?.

Aux éditions Gallimard. Prix: 7 euros

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !