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Quel modèle politique?

Le projet de développement en question

Quand on s’attachera vraiment à lutter contre la corruption, l’économie mais aussi la politique de rente, les citoyens y verront plus clair.

Voilà que depuis cinq mois le débat se recentre sur la problématique du modèle de développement. C’est le Roi qui en a fait le thème pratiquement central de son discours devant le Parlement, le 13 octobre 2017. Il a appelé tous les acteurs et les forces vives à s’engager dans ce sens. C’est ainsi que l’intelligence collective est mise à contribution pour se mobiliser dans le but de rechercher et définir un nouveau modèle de développement pour l’avenir.

Mais pour commencer de quoi s’agit-il? Globalement de produire plus de richesses et d’emplois, surtout en faveur des jeunes; de préserver les ressources naturelles; et, enfin, d’assurer une répartition plus équitable des fruits de la croissance tant entre les couches de la société qu’entre les régions. L’interrogation de principe, ici, est celle d’une approche généraliste; elle consiste à parler de «modèle de développement » sans s’attarder sur son articulation. Sa nature. Et son contenu.

Il y a bien préalablement, semble-t-il, la vision appelée à décliner et à identifier ces deux modèles. Référence est faite ici au modèle politique, qui, lui, pose la question de fond: celle du projet de société. Les questions concernées à ce sujet sont sans doute simples mais décisives dans leur traduction en modèle de développement: que veut-on? Pour quelles catégories sociales? Avec quel référentiel de valeurs pour demain? Et, enfin, comment assurer la faisabilité du modèle sociétal et, par conséquent, politique que l’on se propose de réaliser à long germe. A «long terme» en effet et même à l’horizon de deux décennies au moins, soit 2030 ou 2040. Pourtant, il y a bien un socle de principes, de valeurs et de normes qui existent aujourd’hui. Il a été consacré, après le Printemps arabe et le Mouvement du 20 févier dans la nouvelle Constitution de juillet 2011. Ce n’est pas une rupture avec les fondamentaux du Royaume –était-ce d’ailleurs possible et souhaitable? Mais cette loi suprême a marqué, et de manière nette, un choix d’insertion dans un projet de société moderniste, démocratique et solidaire.

Et après, dira-t-on? Où en est-on en 2018, soit sept ans après? Au plus bas, au fond du fond -l’échec! N’est-ce pas le Roi en personne dans son discours du Trône, le 29 juillet 2017, qui a dressé un tableau préoccupant, critique et même sévère des dysfonctionnements des politiques publiques et de leurs insuffisances? Un état des lieux qui constitue une véritable censure du bilan du précédent gouvernement Benkirane (2012-2016.) N’est-ce-pas le Souverain encore qui, voici cinq mois, devant le Parlement, rappelons-le, allait plus loin en mettant en cause non plus l’action d’un gouvernement mais toute une politique de développement englobant toutes les décennies passées. Ce qui ne peut empêcher de penser que le nouveau règne a vu juste. L’on n’a pas pu cependant imprimer une forte marche vers la justice sociale et la solidarité nationale.

Nouveau modèle de développement et en même temps modèle politique sont liés. C’est la vision politique qui est de nature à rallier les acteurs et les citoyens. Quand on s’attachera vraiment à lutter contre la corruption, l’économie mais aussi la politique de rente, les citoyens y verront plus clair. Ils réhabiliteront peu à peu la politique mais aussi le politique dans toutes ses expressions (élu local, parlementaire, ministre) ainsi que tout le système «institutionnel» administration, corps intermédiaires,…).
Le modèle économique mis en oeuvre au début des années 2000 s’est essoufflé par suite de nombreuses fragilités. C’est un modèle de croissance volatil, fluctuant, subissant les limites du marché intérieur et la faible compétitivité du secteur productif. Le modèle social, lui, crée peu d’emplois et ne permet pas de faire face au chômage structurel qui est devenu de masse et excluant les jeunes –en particulier les jeunes diplômés– et les femmes. Il génère davantage d’inégalités, de frustrations et de contestation.

Enfin, le modèle institutionnel –qui est une composante du modèle politique– est tout aussi critiquable (mode de fonctionnement de l’Etat, administration bureaucratique, déficit d’écoute et de concertation,…). Ce modèle a besoin d’une nouvelle génération de réformes, avec une autre gouvernance Mais ce «système», en l’état, est-il réformable sans un fort volontarisme?

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