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Quel leadership responsable ?

Seddik Mouaffak

Forum économique de Davos en Suisse

Quelque 3.000 participants,  dont 1.200  patrons et une cinquantaine  de chefs d’État  et de gouvernement  se sont penchés cette semaine, au  Forum économique de Davos, sur le  thème du «leadership réactif et responsable  ». Ce thème est d’autant  plus opportun qu’une étude publiée  à l’ouverture du Forum révèle un fossé  béant entre les perceptions qu’ont  les patrons et le grand public des  effets de la mondialisation: 60% des  patrons les jugent positifs, tandis que  ce chiffre n’atteint que 38% dans la  population.

Cette situation n’est pas née par  hasard. Elle répond à la radicalisation  du projet néolibéral après la crise  financière de 2008: augmentation  brutale des inégalités, accélération de  la destruction de l’État-providence,  expulsion de millions de travailleurs  de ce qui leur donnait jusqu’ici  accès à l’emploi, intensification des  migrations sud-méditerranéennes  et africaines qui se bousculent aux  portes de l’Europe, accentuation du  processus de paupérisation, notamment  des classes moyennes,… Soit  toute une série de bouleversements  économiques, sociaux et politiques  et même environnementaux qui ont  conduit à des dysfonctionnements  globaux dont nul ne saurait prédire  les conséquences.

Pour ne considérer que les inégalités,  personne ne peut nier qu’elles n’ont  cessé d’augmenter partout dans le  monde. Pas seulement dans les pays  en développement, les pays les moins  avancés d’Afrique en prime, mais  surtout dans les grands pays comme  les États-Unis, la Russie, et même la  Chine, le pays qui a le plus profité du  processus de mondialisation.

La Russie, ancienne patrie du socialisme,  pourrait bien représenter la  palme d’or dans ce domaine, puisque  1% de la population russe concentre  74,5% des richesses. Aux États-Unis,  la reprise économique des années  Obama n’a profité qu’à quelques uns,  alors que pour de nombreux Américains  elle a rimé avec déclassement  et pauvreté. Ainsi, au cours des trois  années qui ont suivi la crise, 91% de  la richesse créée est allée dans les  poches des plus riches, comme l’a  si bien rappelé le Nobel d’économie  Joseph Stiglitz. En Chine, si le taux  de croissance annuel moyen, souvent  supérieur à 8%, enregistré par  l’économie au cours des 28 dernières  années, a considérablement enrichi le  pays, les inégalités comptaient parmi  les plus importantes au monde.

Les pays européens ne sont pas en  reste, puisque la poursuite de l’austérité  pèse sur la croissance et exacerbe  les inégalités de revenus et les tensions  sociales. Au -delà de ces considérations  économiques et sociales,  c’est la démocratie européenne qui se  retrouve en danger. Les campagnes,  en ces temps d’une extrême droite  plus que jamais aux portes du pouvoir,  contre les réfugiés, les migrants,  les étrangers, ainsi que la campagne  autour du «Brexit» ont montré que  le manque de solution politique crédible  à l’échelle européenne laissait le  champ libre à la peur, à la xénophobie,  au repli identitaire, à l’égoïsme et  à la recherche de boucs émissaires.

La fin des beaux jours de la croissance  et ses laissés-pour-compte,  aussi bien en Europe, en Amérique, en  Asie, en Amérique latine et en Afrique,  pourrait laisser penser, selon certains  économistes, que l’économie mondiale  est désormais entrée, pour un  temps indéterminé, dans une nouvelle  ère: celle de la «stagnation séculaire»  et de nouveaux rapports de forces  internationaux.

Rapports de forces  marqués du sceau de la compétition  et du protectionnisme économique.  Une stagnation et de nouveaux rapports  de puissance qui poseront aux  dirigeants du monde, qu’ils soient  américains, russes, chinois ou européens,  de nouveaux défis de régulation  des économies, autant dans  le domaine des politiques publiques  qu’au niveau de la politique étrangère  et de la gouvernance mondiale

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