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Quel avenir pour le PPS?

Mohamed Nabil Benabdallah

Les suites du limogeage de Nabil Benabdallah de son poste ministériel

Le Parti du progrès et du socialisme est plongé dans la tourmente depuis le limogeage de Nabil Benabdallah.

Depuis près d’une vingtaine d’années, le PPS paraissait bénéficier de ce que l’on pourrait appeler un alignement des planètes. Réprimé durant une vingtaine d’années au lendemain de l’indépendance –comme PCM en 1960 puis comme PLS en 1968, tous deux interdits– il n’a été légalisé qu’en 1974. Depuis, son parcours encore passablement heurté l’a cependant conduit à bénéficier d’une représentation parlementaire modeste mais significative. Depuis le cabinet d’alternance de Abderrahman Youssoufi en 1998, il a pu affirmer sa vocation gouvernementale et disposer ainsi de plusieurs départements.

Vocation gouvernementale
Ce schéma est désormais fortement bousculé avec le renvoi de son secrétaire général, Mohamed Nabil Benabdallah, ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville. Une décision royale liée aux dysfonctionnements et aux retards du programme régional d’Al Hoceima et qui a également frappé trois autres ministres, El Houcine Louardi (Santé), du même parti, ainsi que deux du MP, Mohamed Hassad (Éducation nationale) et Larbi Bencheikh (secrétaire d’État chargé de la Formation professionnelle). Deux jours après le communiqué officiel du Cabinet royal, le bureau politique du PPS réagit en mettant en relief le bon bilan de ses deux ministres ainsi limogés. Il estime qu’ils ont assumé leurs responsabilités ministérielles avec «un souci rigoureux de se conformer aux exigences des intérêts suprêmes de la patrie et du peuple» et il leur exprime «sa fierté» pour «leur recherche constante de servir l’intérêt général». Enfin, il renvoie la question de la participation du parti au gouvernement actuel à l’appréciation du comité central convoqué le samedi 4 novembre.

Les choses auraient pu en rester là si le président du conseil de la présidence de cette formation, Moulay Ismaïl Alaoui –ancien secrétaire général de 1997 à 2010– n’avait pas pris position publiquement pour la non-participation. Personnalité respectée, considéré comme un sage au sein de son parti et ailleurs, il a considéré que le limogeage des deux ministres n’était pas mérité, qu’il y avait eu deux poids, deux mesures, tous les ministres signataire des conventions d’Al Hoceima du 17 octobre 2015 ayant le même degré de responsabilité; que les partis manquent d’indépendance par suite de «grandes pressions», voire même d’«instructions»; et que l’on avait affaire à un «tkhermiz» politique…

Sanction royale
La charge est lourde et se conclut par cette position, à savoir le retrait du gouvernement. Lors de ses réunions du lundi 30 octobre et jeudi 2 novembre, les débats n’ont pu évacuer cette interpellation. Des voix minoritaires ont rallié cette position mais c’est une majorité qui a fini par se prononcer pour la participation. L’idée qui se dégage est que c’est le ministre qu’il était qui a été sanctionné mais pas le parti. C’est cette même distinction qui avait été formulée, soit dit en passant, dans le communiqué du Cabinet royal du 13 septembre 2016 recadrant sévèrement Benabdallah à propos de sa mise en cause du «tahakkoum» et de son fondateur, Fouad Ali El Himma. Ce texte avait dénoncé alors ces «déclarations irresponsables» en précisant que le parti qu’il dirige n’était pas mis en cause.

De fait, plusieurs griefs cumulatifs sont faits à l’actuel secrétaire général du PPS: celui de ne pas se borner à être un allié de Benkirane, alors chef du gouvernement, et de s’être aligné inconditionnellement sur lui et son parti; celui encore d’officier activement et de manière zélée comme communicant et conseiller en occupant pratiquement le créneau laissé par Abdallah Baha, décédé en décembre 2014 et qui était un intime de Benkirane; enfin, celui de servir surtout une grande ambition personnelle en lieu et place des intérêts bien compris de son parti et de sa revendication d’être une composante du pôle moderne et progressiste.

En bonne logique et par éthique, n’aurait- il pas dû démissionner après la sanction royale? Quelle crédibilité peut-il désormais avoir d’ici le prochain congrès, prévu en juin 2018? Sera-til autiste jusqu’à postuler lors de ces assises dans huit mois à un troisième mandat? Enfin, dans quel état est –et sera– le PPS dans l’éventualité de la poursuite de sa participation alors qu’il ne bénéficie plus du soutien de Benkirane et que ni Saâd Eddine El Othmani, chef du gouvernement, ni ses trois autres alliés (RNI, MP, UC) au sein de la majorité ne le gèrent pratiquement qu’à minima, estimant qu’il a été surreprésenté, «activiste» aussi au service d’un opportunisme politique mettant en équation l’altérité profonde de son référentiel avec celui de la mouvance islamiste.

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