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Qu’attend le Maroc d’Emmanuel Macron?

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Le nouvelle politique maghrébine de la France

Tantôt on le taxe de pro-algérien. Tantôt on loue son discours favorable à l’intégration maghrébine. Qu’en est-il vraiment du nouveau président français?

“J’ai comme l’impression que  M. Emmanuel Macron balance  un peu trop du côté de  l’Algérie. J’espère me tromper”.  Ce constat, c’est un  responsable marocain qui  nous en faisait part bien avant même la tenue,  le 23 avril 2017, du premier tour des élections  présidentielles françaises. Depuis, M. Macron  est devenu président élu de la France après  avoir battu, le dimanche 7 mai 2017, la candidate  du parti du Front national (FN), Marine  Le Pen, au second tour dudit scrutin. Il devait  être investi le dimanche 14 mai 2017. Au Maroc,  son élection a été bien accueillie. Dans un  message qu’il lui a adressé aussitôt son élection  officialisée, le roi Mohammed VI lui a exprimé  ses félicitations les plus chaleureuses et  ses sincères voeux de réussite. «Votre élection  couronne votre parcours politique, a souligné  le Souverain. C’est aussi un hommage rendu à  vos hautes qualités humaines et intellectuelles  par le peuple français qui, fidèle aux nobles  valeurs qui fondent l’identité de votre pays, a  fait le choix du progrès, de l’ouverture et de la  confiance en l’avenir.» Mohammed VI a également  eu, le mardi 9 mai 2017, un entretien  téléphonique avec M. Macron où il a réitéré au  président élu français ses vives félicitations.

Tropisme algérien?
Au passage, les deux hommes ont relevé le  caractère singulier des relations qui lient la  France et le Maroc dans l’ensemble des domaines  ainsi que la volonté partagée de consolider  et d’enrichir le partenariat d’exception  entre les deux pays, a indiqué un communiqué  du Cabinet royal. Déjà, dans son message de  félicitations, Mohammed VI avait tenu à rappeler  que les peuples français et marocain  ont su, au fil des années, construire un partenariat  fort et multiforme qui s’illustre par sa  pérennité et sa stabilité. «C’est un choix stratégique,  voulu et assumé, que les deux pays  ont pu constamment renouveler et consolider  face aux multiples défis politiques, humains et  socio-économiques qu’ils ont eu à relever des  décennies durant», avait-il soutenu.

Ceci dit, la question du présumé tropisme  algérien de M. Macron continue de poindre.  Est-ce seulement un procès d’intention? Le fait est qu’au cours de sa campagne, le nouveau  président français ne s’est pas rendu  au Maroc tandis qu’en même temps il avait  effectué un crochet en février 2017 par la capitale  de l’Algérie, Alger (et aussi, au passage,  en novembre 2016 par la Tunisie), où il avait  multiplié les annonces. Ainsi, dans une tribune  dans le journal électronique algérien Tout sur  l’Algérie (TSA), il avait proposé la création  d’un Office algéro-français pour la jeunesse,  de sorte à favoriser la mobilité entre l’Algérie  et la France, ainsi que le lancement d’une  plateforme de diffusion algéro-française, à  l’instar de la télévision franco-allemande Arte,  en partenariat avec les chaînes algériennes et  françaises.

Un dessein commun
Il avait, plus loin, affirmé qu’il serait attentif et  engagé à la promotion d’une vision partagée  entre l’Algérie et la France. “Les perspectives  d’un nouvel âge franco-aglérien ne manquent  pas” soulignait-il. Dans un message de félicitations,  le lundi 8 mai 2017, le président algérien  Abdelaziz Bouteflika a d’ailleurs qualifié le président  élu français d’«ami de l’Algérie». «Alors  que, dans les importantes fonctions ministérielles  que vous avez assumées (M. Macron  a été ministre de l’Economie de la France de  2014 à août 2016), vous apportiez une contribution  significative à l’édification du partenariat  d’exception entre l’Algérie et la France (…),  chacun a pu prendre toute la mesure de la foi  et de la créativité que vous investissiez dans  une oeuvre que vous saviez relever de la cohérence  de l’histoire», a-t-il ajouté.

Certes, dans une interview publiée le 14 avril  2017 par l’hebdomadaire français Jeune  Afrique, le président élu français avait déclaré,  sans donner plus d’explication, qu’il n’avait pu  se rendre au Maroc mais qu’il allait très rapidement  le faire si les Français lui accordaient  leur confiance; toujours est-il qu’on n’en sait  presque rien de ses véritables intentions au  Maghreb, sauf qu’il est favorable à ce que  les pays de la région coopèrent davantage et  intensifient leurs relations économiques. «La  France a des relations fortes avec l’Algérie,  avec le Maroc mais aussi avec la Tunisie, qui  sont basées sur des relations humaines et des intérêts communs majeurs, confiait-il à Jeune  Afrique. Ce seront des partenaires essentiels  dans le cadre de l’initiative en direction de la  Méditerranée et de l’Afrique que je souhaite  engager dès le début de mon mandat.»

Plus loin, il ajoutait qu’il n’avait pas à commenter  la nature des relations entre le Maroc et  l’Algérie. «Il s’agit de deux pays souverains»,  plaidait-il. Hamza Hraoui, qui est le référent au  Maroc du mouvement En marche! (EM!), lancé  début 2016 par M. Macron et sous la bannière  duquel le président élu français s’était présenté  aux élections, croit savoir que les autorités  marocaines ne savent que trop bien qu’une visite en tant que candidat n’égale en rien une  visite d’État. «À mon avis, il ne faut pas accorder  trop de crédit aux on-dit, nous déclare-t-il.  Ce que je peux vous dire et ce que j’ai personnellement  constaté à travers mes différents  échanges avec les responsables d’EM!, c’est  que M. Macron ne favorisera ni l’Algérie ni le  Maroc et que c’est quelqu’un qui tient d’abord à  ce que la construction maghrébine aboutisse,  comme c’est d’ailleurs le souhait du Maroc,  à travers les multiples appels lancés par Sa  Majesté le Roi lui-même en faveur notamment  de la réouverture des frontières algéro-marocaines.  Un Maghreb fort et uni ne représente  pas seulement un intérêt pour les pays de la  région mais aussi pour la France, pour qui la  constitution d’un marché commun sur le modèle  européen est une formidable opportunité  pour les entreprises françaises, sachant bien  l’historicité des liens franco-maghrébins. Sans  parler de l’impératif sécuritaire qui appelle  d’autant plus à l’intégration».

Construction maghrébine
Un responsable marocain de s’aventurer à une  analyse: «Vis-à-vis du régime algérien, il est  plus facile pour M. Macron d’effectuer sa première  visite au Maghreb au Maroc maintenant  qu’il s’est déjà rendu en Algérie.» M. Macron  fera-t-il donc la part des choses? Les autorités  marocaines l’espèrent en tout cas. Outre les  intérêts économiques, le soutien de la France  au Maroc dans le conflit du Sahara marocain  est important.

L’Hexagone est en effet membre permanent  du Conseil de sécurité de l’Organisation des  Nations unies (ONU), entre les mains duquel  se trouve le dossier. Officiellement, la France  a toujours apporté son appui à l’initiative marocaine  pour la négociation d’un statut d’autonomie  du Sahara marocain, qui prévoit l’autodétermination  des populations de la région par  la voie d’organes législatif, exécutif et judiciaire  dotés de compétences exclusives. Ainsi, le 2  mai 2017, la France s’était réjouie de l’ultime  résolution du Conseil de sécurité sur la situation  concernant le Sahara marocain, largement  favorable au Maroc.

«Le texte adopté réaffirme l’importance de relancer  sans délai le processus politique conduit  par l’ONU en vue d’une solution juste, durable  et mutuellement acceptable», avait-elle noté.  En novembre 2016, le porte-parole du ministère  des Affaires étrangères français, Romain  Nadal, avait réaffirmé que la position de son  pays était connue et constante et considérait le  plan d’autonomie marocain comme une base  sérieuse et crédible en vue d’une solution négociée.

M. Macron va-t-il adopter la même ligne de  conduite? En tout cas, dans une interview  accordée début avril 2017 à la radio française  RFI, le président français avait déclaré qu’il  n’allait pas s’écarter de la “feuille de route” de  l’ONU. On l’imagine mal prendre fait et cause  pour l’organisation séparatiste du Front Polisario  et son parrain algérien.

Des relations équilibrées
Ceci dit, rien n’écarte la possibilité de potentielles  crispations, à l’instar de ce qui s’était  passé au cours des trois premières années de  mandat du président français sortant, François  Hollande. On se rappelle qu’ainsi ce dernier  ne faisait pas mystère de son “algérianisme”  et qu’il avait réservé sa première visite au Maghreb  à l’Algérie. S’en suivra, à partir de 2014,  une brouille d’une année avec le Maroc, suite  à la convocation du directeur général de la surveillance  du territoire (DGST), Abdellatif Hammouchi,  en déplacement dans la capitale de la  France, Paris, pour une affaire de “complicité  de torture” montée de toutes pièces par l’opposant  Zakaria Moumni. Même la coopération  judiciaire sera suspendue.

Ce n’est qu’après les attaques terroristes, en  2015, à l’encontre de l’hebdomadaire français  Charlie Hebdo, à la suite desquelles de nombreux  hommes politiques français à l’instar de  l’ancien président Nicolas Sarkozy et l’ancien  premier ministre Jean-Pierre Raffarin appelleront  à la normalisation avec le Maroc, que M.  Hollande adoptera une politique moins partiale  au Maghreb.

Ce dernier deviendra même complice de  Mohammed VI, comme d’aucuns ont pu le  constater au cours du séjour depuis le 30 avril  2017 du Roi à Paris, où le Souverain a, à deux  reprises, rencontré le président français sortant.  M. Macron, qui a suivi de près la brouille  franco-marocaine en tant que ministre, a sans  doute eu le temps de méditer l’importance de  sauvegarder des relations équilibrées aussi  bien avec l’Algérie qu’avec le Maroc

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