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QUAND L’UNIVERSITÉ RECONNAÎT LES SIENS

Seddik Mouaffak

Seddik Mouaffak

Ballotée entre des réformes éducatives qui se suivent mais ne se ressemblent pas, et empêtrée dans une gestion au jour le jour d’une surpopulation estudiantine en manque de repères, rares sont les occasions où l’Université rend hommage à certains de ses éminents professeurs qui ont tant marqué leur époque. Une fois n’est pas coutume, l’université Hassan II de Casablanca, à l’instar de celle de Cadi Ayyad de Marrakech, a saisi l’occasion du trente-deuxième anniversaire de du décès tragique de Aziz Belal, le 23 mai 1982, pour célébrer son oeuvre et sa pensée. Tout au long d’une demi journée de contributions scientifiques, de débats et de témoignages, plusieurs universitaires de renom n’ont pas manqué cette occasion pour exprimer leur reconnaissance à cet homme d’une trempe exceptionnelle. Un homme de pensée et d’action. Un penseur pour qui «rien de ce qui est humain ne lui est étranger», comme aimait-il, souvent, à le dire. Saisissant la publication par la Revue Marocaine d’Audit et de Développement (REMA) des Actes des journées d’étude “Hommage au Professeur Aziz Belal”, différents intervenants aussi éminents les uns que les autres qui, tout en explorant le parcours de cet intellectuel authentique qu’est Aziz Belal, ont pu exprimer une reconnaissance de l’actualité de son oeuvre.

Parce que cet économiste et humaniste reste l’un des rares penseurs marocains qui a su, plus que quiconque, transmettre sa passion pour les idées. Homme de pensée et d’action, ce dialecticien hors pair a marqué toute une génération de chercheurs et de décideurs nationaux, aussi bien à l’Université qu’en dehors de l’Université, et dont certains continuent, aujourd’hui, de porter le flambeau des idées critiques à un moment où la marchandisation du savoir l’emporte sur toute velléité de scruter les turbulences de la pensée.
Cette voix intellectuelle du Tiers Monde, qui s’est éteinte trop tôt, n’en reste pas moins, pour beaucoup de ses disciples, du moins ceux qui n’ont pas renié leur idéal de justice sociale et de lutte contre toutes les formes d’inégalité, précieuse et essentielle par ces temps de mondialisation et des dérives de l’économie de marché.
Voix visionnaire, puisque, au-delà des combats qu’il a menés de son vivant pour l’émancipation des opprimés et pour une répartition équitable des richesses, le professeur Aziz Belal n’en a pas moins consacré, à sa manière, une bonne partie de ses écrits aux interrogations non seulement sur le capitalisme au “centre” et à “la périphérie”, dont le Maroc fait partie, mais aussi à la démocratie, le débat principal de ce début du XXIème siècle. Une démocratie qu’il faut toujours réinventer.
Par ailleurs, face aux limites d’une certaine pensée économique utilitariste et réductionniste, il a eu l’intelligence, bien avant beaucoup d’autres économistes, d’esquisser une thèse, élaborée dans son ouvrage intitulé “Développement et facteurs non économiques”, qui a su donner par son originalité une place de premier choix à ce qu’on appelle aujourd’hui le “capital immatériel” et du rôle qu’il peut jouer en tant que facteur central dans le changement économique et social.

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