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Le public aime à croire ce qu’il souhaite entendre

Driss Fahli

Bamboula toi-même

L’ouverture de la porte à l’imaginaire roman- tique dans un imaginaire colonisé conduit à la déconvenue des attentes. Tenez, quand vous avez absorbé du Rousseau et du Hugo jusqu’à la lie au point d’en devenir soi-même une conscience éprise de liberté et de justice, quand vous avez parcouru les kilomètres de textes compilant les bobards relatifs aux droits de l’Homme, vous allez penser que la France est un pays où ces droits profitent à toutes les couches sociales, toutes les couleurs de peau et toutes  les religions.

Erreur fatale, mon cher crédule! De visu, vous n’allez trouver qu’une croissance de l’extrémisme et du conservatisme, des amas d’inégalités en banlieues et des expressions étouffantes de racisme, de xénophobie et d’islamophobie. Un pays où la concentration de la force publique sur les illégalismes de la rue pré- vaut maintenant sur la lutte contre la gangrène des grandes délinquances financière et criminelle.

Je viens de lire un paragraphe d’article sur le Cirque Barnum où l’auteur parle «d’effet éponyme». Selon lui, cet effet signifie que le public aime à croire ce qu’il souhaite entendre. Il cite en cela Taylor Barnum, propriétaire du cirque et député du Connecticut, qui a fait fortune en persuadant le public par le boniment. La recette est simple: Une pâte est pétrie à point pour lier deux parties, un bonimenteur  qui raconte des mensonges crédibles et un crédule qui aime à croire ce qu’il souhaite entendre. D’ailleurs, on connaît bien cette pratique ici-même, chez nous.

Les droits de l’Homme “ont eu existé” à un moment donné de l’histoire de France en tant que droits naturels et imprescriptibles.  Ils sont aujourd’hui des droits piétinés et imperceptibles.

J’évoque en cela l’affaire Théo, qui fait rage en ce moment en France. Une interpellation violente filmée est effectuée par 4 policiers défiants pour un contrôle d’identité d’un jeune Noir de 22 ans, traité dans le feu de l’agression de «bamboula» et d’autres noms d’oiseaux chers à la police des banlieues.

Au cours des violences subies, le jeune homme se retrouve en caleçon. Un des policiers en profite pour le violer en lui enfonçant sa matraque dans les fesses au point de lui provoquer une déchirure anale de 10 cm nécessitant 60 jours d’interruption temporaire de travail.  Supposé être un organe de l’équité, la police des polices entre en scène pour une courte enquête. Elle écarte la «qualification de viol», pénalement lourde, au profit d’une qualification légère de «violences volontaires». Une entourloupe qui a semé la colère populaire contre une police principalement répressive agissant dans une configuration d’affrontement et une logique de vision où tout citoyen basané est d’abord un délinquant potentiel.

Il y a six mois, la mort d’un autre Noir, Adama Traoré, entre les mains des gendarmes avait été bouclée une première fois au tribunal par une conclusion d’arrêt cardiaque, mettant ainsi le gendarme à l’abri des poursuites. Le plus pittoresque dans l’affaire de Théo, c’est le représentant du syndicat SPG de la police qui déclare que la qualification «bamboula» à l’adresse d’un noir «reste à peu près convenable». Puisque c’est si convenable que ça, Mr Poignant, peut-on vous répondre «bamboula vous-même»? Plus pittoresque encore, un juge d’instruction tiré du terroir français nous dit que se faire traiter de bamboula par un tiers est «presque affectueux».

De partout le pouvoir politique capitule et cède la place à la xénophobie et à la violence pour la défense et la régulation de la société. Demain, quelle sera donc cette société?

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