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Professeur hachak

Driss Fahli

C’EST ARRIVÉ DANS UN INSTITUT DE FORMATION À CASABLANCA !

Albert Einstein disait que  deux choses sont infinies:  l’Univers et la bêtise  humaine, sauf qu’en ce qui  concerne l’Univers, il n’en avait pas  encore la certitude. En bons Marocains  lambda on s’en fiche éperdument  que l’Univers soit fini ou infini.  D’abord ça ne nous rapporte rien à  l’heure actuelle et puis plein de gens  n’aiment pas ou n’osent pas encore  fouiner dans le secret de Dieu. En  bons Marocains aussi, nous ramassons  quotidiennement la fleur de  la bêtise humaine à la pelle en tout  coins de rues, de réunions, d’entreprises,  de rencontres, d’écoles, etc.  Rassurons-nous, ce n’est pas une  spécificité de notre terroir:

La bêtise est universelle bien que  chez nous, elle prend une couleur  locale. Avec de l’humour, du rire ou  de la parodie on arrive généralement  à évacuer l’effet nuisible de la petite  bêtise humaine.

Mais, quelques fois, la bêtise est  tellement énorme qu’elle en devient  fâcheuse. C’est ce qui arrivé la  semaine passée dans un institut de  formation de renom à Casablanca.  Avant d’en parler, abordons, cette  fois-ci, une spécificité linguistique  bien de chez nous. Le mot «hachak»  en darija est servi à toutes les sauces  estimées nauséabondes. Pour le  lecteur qui ne manie que la langue de  Molière, il n’y pas de mot purement  équivalent.

On pourrait aborder une approche  d’explication par l’expression «sauf  votre respect» qui reste dans le  contexte de la langue française une  locution polie et respectueuse qui  ne colle pas avec le sens du mot  en arabe. Dans un langage populaire  tiré du fond de la jarre, le mot  «hachak» est collé à celui du chien  qui pourtant, reste le meilleur ami  de l’homme. Il est toujours adjacent  à l’évocation de l’âne, symbole de  sagesse et animal dévoué, patient et  injustement calomnié d’ignorance et  d’obstination.

Le mot est également utilisé par les  embastillés de la mentalité rétrograde  quand ils parlent des 50% de  l’humanité que sont les femmes. Ils  pousseront le bouchon de l’incivilité  jusqu’à dire «ma femme, hachak»  comme s’ils étaient mariés à une  déjection excrémentielle. Cette spécificité  linguistique est également  utilisée par ces attardés quand ils  parlent de détritus ou de poubelles.  Les racistes profonds et les démunis  de cervelle l’utilisent également  quand ils parlent de juifs, de chrétiens  ou de noirs.

Les mots étant clarifiés, plaçons-les  dans leur contexte. Le ministère de  l’Éducation nationale a fait un pas  en définissant sa vision stratégique  2015-2030. Une vision qui, dit-il,  va garantir l’égalité des chances  pour l’accès à l’éducation et à la formation,  assurer une généralisation  du préscolaire même à Aïn Taoujdat  et plein d’autres promesses  développées sous Powerpoint qui  seront mises sous le coude bien  avant 2030.

Or la semaine passée, un grand institut  de formation de Casablanca a eu  une réunion de son conseil honorée  par la présence de leur «immense  ministre» de tutelle.  Les professeurs de cet institut,  inquiets sur leur devenir, ont  demandé à son immensité tutélatrice  des éclaircissements sur l’impact de  la réforme sur leur situation. Surpris,  énervé et touché dans sa grandeur  virtuelle, la réponse a été sciante:  «où sont ces professeurs, hachakoum?  » (pluriel de hachak). Pire  encore, devant les protestations qui  ont suivi, le ministre n’a rien trouvé  de mieux que de brandir la menace  de fermer l’institut ou de le privatiser.

Une énième démonstration des attitudes  néfastes des repus du système  à l’égo abracadabrant. Quand  le ventre est plein et que le sang  monte à la tête, les lignes rouges  ne sont plus perçues. Les exemples  sont légions mais qui se soucie des  exemples?

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