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La presse écrite en danger

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

Dans son dernier livre  avant sa mort, Aziz  Blal traitait des “facteurs  non économiques  du sous-développement”.  On ne peut pas dire à  cet économiste émérite et progressiste,  “il ne croyait pas si bien dire”.  Car, il disait bien ce qu’il pensait,  avec une projection pertinente sur  l’avenir. Nous sommes pleinement  dedans avec l’enquête de l’Association  Racine pour la culture, le  développement et la coopération en  Afrique; qui coïncide avec la journée  mondiale de la presse, célébrée  le 15 novembre 2016.

Même sans autre précision sur  l’échantillonnage adopté, l’investigation  de cette association aboutit  à des résultats qui donnent à réfléchir  sur notre rapport à la culture à  travers le livre, la presse, le théâtre,  le cinéma, la télé et, bien évidemment,  internet. Les supports retenus  facilitant plus ou moins la quantification,  il s’agit de savoir à partir  de quels taux de fréquentation et  de consommation nous accédons  à l’univers de la culture.

Les accros de la chose culturelle et  tous ceux qui rêvent d’une société  où la culture est aussi indispensable  que l’oxygène dans l’air ambiant,  repasseront. Trois chiffres résument  la situation. Ils sont 64,3% à  n’avoir pas acheté de livre durant  les douze derniers mois et 79,5%  à ne pas fréquenter les salles de  cinéma.

Mais attention, cela ne veut pas  dire qu’il arrive aux 35,7% restants  d’acheter un livre ou aux 20,5% retenus d’aller au cinéma. C’est tout  le piège des sondages. À moins que  l’assiette des sondés soit au plus  proche de la stratification sociale  et qu’elle traverse toutes les catégories  socio-économiques.

En ce qui concerne la presse, l’estimation  est claire et nette. Elle tombe  comme un couperet. Seul 15% des  personnes interrogées disent lire  régulièrement la presse. Alors que  51% d’entre elles se contentent des  titrailles et des résumés quotidiens  fournis par internet. Il n’est donc  pas étonnant que la presse se porte  mal, qu’elle soit entreprise privée  ou organe partisan.

On a coutume d’incriminer l’internet  ou la multiplication des titres, jugés  responsables du sort non enviable  de la presse. C’est carrément faire  fausse route. Il faut juste rappeler  qu’on disait la même chose de la  télévision, il y a quelques décennies.  Après avoir souffert de la  télévision envahissante, le cinéma  également subit la concurrence  d’internet.

Ses promoteurs ont fini par  admettre qu’il n’y a d’autre alternative  que de s’adapter. Ce qui fut  fait. Comme chacun sait, il est difficile,  plutôt impossible, d’arrêter le  progrès technologique, dont celui  de l’information et de la communication.

Par contre, il est possible de  mettre ces nouveaux outils au service  d’une adaptation de la presse,  sans pour autant abandonner le  papier imprimé, avec la proximité  et le plaisir qu’il procure. Quant à  l’apparition soutenue de titres nouveaux,  c’est plutôt un bon signe, à  prendre comme tel. La décantation  par le lectorat et par le marché finit  par réguler.

En fait, le problème est plus profond  et plus vaste. Il concerne l’écrit  dans son acception générique.  Dans une enquête précédente,  il s’est avéré que les Marocains,  dans leur entièreté, réservent trois  minutes pour jour à la lecture; tous  supports confondus. Pas plus. Il va  de soi que ce chiffre est d’abord à  rapporter au taux d’analphabétisme  ambiant. Ce n’est pas vraiment une  révélation.

Nous savons, de science certaine,  que nous sommes un pays qui lit  peu, très peu.  C’est là le facteur non économique  le plus impliqué dans le processus  de pérennisation du sous-développement.  En attendant que cette  tendance s’inverse, le sauvetage  de la presse écrite passe par un  soutien revu et actualisé de l’État.  Pour peu que les deux ministères  de tutelle, en charge de la culture  et de la communication, soient un  peu moins les parents pauvres des  budgets de l’État.

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