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Présidentielle sans frontières

Abdellatif Mansour

M. Macron rêve d’un Maghreb ouvert sur lui-même et économiquement complémentaire avec lequel la France installerait un partenariat équitable.

Que ce soit en France ou  ici même au Maroc, les  Marocains se sentent  concernés par l’élection  présidentielle française.  Les candidats sont  appréciés à l’aune  de leur rapport au Maroc et aux MRE.  Il ne pouvait en être autrement dès  lors que la question de l’immigration  constitue la ligne de séparation pour la  quasi totalité des candidats, des électeurs  et des observateurs.

Comme d’habitude, à pareille occasion,  dirions-nous, à tel point que le  thème est devenu le marronnier de  toutes les consultations électorales,  depuis les communales à la présidentielle,  en passant par les législatives.  Après le tri du premier tour, deux candidats  se présentent à la ligne de départ  pour un second tour aux allures  d’ultime finale et sur un fond sonore  qui dit “faites vos jeux, les jeux sont  faits, rien ne va plus”. Pour qui devrait  tourner la roue électorale pour qu’elle  soit dans le sens des intérêts mutuels  franco-marocains? Entre Emmanuel  Macron et Marine Le Pen, le choix paraît  vite fait, côté marocain.

Pas vraiment, car M. Macron est plutôt  inclassable dans les schémas traditionnels  droite-gauche, avec des  extrémismes pour chaque bout de  l’échelle. Il arrive d’un nulle part institutionnel  qu’il était juste en train de  construire, avant d’être happé par  l’élection présidentielle. Le Maroc n’a  pas l’habitude de ce genre de profil.  Notre temps politique étant beaucoup  plus lent et long que le sien; le Maroc  apparent n’a certainement pas eu le  temps de faire connaissance avec lui.  À ma droite extrême, rien ne joue en  faveur de la présidente du Front national  (FN), à commencer par son propre  discours de campagne. Un discours  de peur de l’autre et de frontières  closes. Zéro immigration, protectionnisme  économique et repli culturel sur  soi, y compris vis-à-vis d’une Union  européenne jugée trop envahissante.  Un programme de fermeture qui fait  prendre à la patrie de la Déclaration  universelle des droits de l’homme un  risque de moisissure passéiste.

À ma gauche centriste présumée,  M. Macron propose plus d’ouverture  sur une UE revue et corrigée et sur  les pays du Sud, les plus proches en  premier. Il nourrit le projet d’une ”initiative  en direction de la Méditerranée  et de l’Afrique”, qu’il entend mettre en  oeuvre dès son investiture. Le Maroc,  l’Algérie et la Tunisie y auront un rôle  essentiel.

Voilà un agenda qui rejoint la dynamique  partenariale que le Maroc vient  de conclure avec nombre de pays africains.  La visite de M. Macron à Alger, au début  de sa campagne, avait fait tiquer  à Rabat. Il en a reçu l’écho et fourni  une explication rassurante: «Je n’ai  pas encore pu aller au Maroc; je m’y  rendrai très prochainement, après  mon élection». Concernant le climat  délétère qui règne au Maghreb, il précise  qu’il n’a pas commenté la nature  des relations entre le Maroc et l’Algérie  «tout simplement car, dit-il, il s’agit  de deux pays souverains». En fait, M.  Macron rêve d’un Maghreb ouvert sur  lui-même et économiquement complémentaire  avec lequel la France installerait  un partenariat équitable, communément  appelé gagnant-gagnant.

Le Maroc aussi. Parce que cette fluidité  économique et humaine n’est  pas forcément contradictoire avec la  défense par le Maroc de son intégrité  territoriale. Et parce que le volume des  échanges économiques et le poids de  l’acquis humain placent les deux pays  dans un circuit naturel mutuellement  fructueux et volontiers perfectible

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