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« Présence des sens et de l’esprit », de Abderazak Razak

Une écriture qui allie verbe et idées. Une écriture qui exige une lecture double. D’abord, celle qui se veut littéraire, et l’autre, pratique, se confinant à l’idée. 16 nouvelles en tout, qui décomptent les malheurs des uns et des autres.

Voici 16 nouvelles, une façon rangée de donner plutôt dans le court que dans une langueur des sens. Des nouvelles à sens double, en ceci qu’elles insinuent, à l’oeil curieux, deux approches rivales. D’abord, une attaque verbale qui soutire toute importance de sens au texte. Là où le verbe est guide, et de là, le style se construit en dehors du monde. Puis une attaque terreà- terre, qui voudrait confiner le texte au seul sens. Là où l’oeil défile en captant ce qui lui est familier jusque là. En gros, ici, l’habitude peut se faire peau neuve. Comme un enrichissement du réel de par la verve littéraire. La recherche du mot tapeur se ressent à la lecture. On voit, ici, la bouderie dont peut témoigner la langue française, en se refusant à la justesse et au bon ton.

D’autre part, en castrant les mots de leurs bruits, on tombe dans le compris. Des nouvelles qui ne manquent pas de se teinter, au besoin, de philosophie. Des nouvelles qui procèdent par renvoi, ou par miroir, pour celui qui a un bagage de lectures. En gros, plus on a lu, mieux on lit. Ou, pour le dire autrement, plus on a lu, plus on exagère le sens. Une folle extrapolation qui se fait vers d’autres papiers plus ou moins jaunis. Pour celui qui a lu Pascal, il retrouvera, malgré lui, cette idée qui stipule que l’homme est une suite d’autres hommes. Une addition douloureuse, qui pèse comme fardeau, et peut causer un bonheur malheureux.

Oui, le paradoxe se glisse, ici, de lui-même, comme dans la nouvelle intitulée Une année qui s’en va. Un alliage de verbes et d’idées confondus qui s’engouffrent dans l’incompris cette fois. Aussi, quelque écritures condensées, pleines à gicler, viennent contrecarrer quelques idées précitées dans ce livre de 134 page.

Des nouvelles sur fond de morale
De l’homme au passé cumulé, de par ses ancêtres, vient une autre espèce d’hommes, mutilés, tremblant à telle enseigne qu’ils y laissent leurs coeurs. Des hommes, comme le dirait Baudelaire, dont le temps mange la vie. Cet obscur ennemi qui leur a rongé les coeurs. Une image que nous retrace cette nouvelle intitulée Les chemins spiralés. Viennent ensuite s’opposer l’éphémère et l’éternel, comme une boucle récalcitrante. Le questionnement, ici, a un son de cloche. Comme un réveil prématuré, qui nous priverait d’un reste de littérature.

La nouvelle, ici, recadre un monde où la transcendance est bannie. Où la cupidité défie tout reste de morale. Où le monde sans esprit tourne dans un grincement d’indignité et de basses finalités. Une nouvelle qui s’en va se décharger sur les juges corrompus, qui n’ont de calcul que pour la vie d’ici bas. Une nouvelle intitulée avec raison Une vision transcendantale. Des nouvelles sur un fond de morale, mais marocain, qui saupoudre le verbe français du vécu de chez nous. Un coup de gueule qui se ressent à ferveur de l’expression sur les injustices qui courent à travers nos petites vies.

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