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Pour qui roulent-ils?

Abdellatif Mansour

Abdellatif Mansour

Les champions de  l’Olympe, adulés  comme des demidieux,  doivent s’en  retourner dans leurs  tombes, sous l’Acropole de la  Grèce antique. C’était le temps,  injustement dit archaïque, de  la célébration du corps et de la  beauté du geste, plus que la performance  et son rendement matériel.  On le résumait par l’adage “un  esprit sain dans un corps sain”.  Malheureusement, rien n’est  moins vrai à l’époque abusivement  dite moderne.

Et pour cause, un méga-scandale  est venu bafouer cet héritage de  l’espèce humaine, tout autant  que les idéaux du mouvement  olympique. Un scandale forcément  planétaire. Les faits. Le  lundi 9 novembre 2015, l’Agence  mondiale anti-dopage a publié un  rapport accablant de 325 pages. Il  en ressort que des membres hauts  placés de la Fédération internationale  d’athlétisme (IAAF) ont  demandé de l’argent à certains  athlètes pour cacher leur contrôle  positif. Cette pratique a un nom, le  racket.

Deux dirigeants de l’IAAF  sont directement impliqués, le  trésorier Valentin Balakhmichev,  ancien président de la fédération  russe d’Athlétisme; et le consultant  marketing Papa Massata  Diack, qui n’est autre qu’un des  fils du président d’alors, Lamine  Diack, 82 ans. Ce dernier, qui  a passé la main au Britannique  Sebastian Coe à l’été 2015, après  avoir été en place depuis 1999, n’en  sort pas indemne. Ancien ministre  sénégalais de la Jeunesse et des  Sports et ex-maire de Dakar, il est  poursuivi par la justice française  pour “corruption passive et blanchiment  d’argent”; avec interdiction  de quitter la France et confiscation  de son passeport. Pire encore, le  médecin en charge de la lutte antidopage  pour le compte de l’IAAF est  lui-même dans le coup.

Ces messieurs, qui gouvernent l’athlétisme  mondial, auraient demandé  aux fédérations des athlètes  convaincus de dopage entre 500  mille et 1 million d’euros en échange  de leur silence. La fédération et les  athlètes russes sont particulièrement  mis en cause. Tout se passe  comme si plus on se rapproche de la  source d’un principe noble, plus on  risque de tomber sur son antipode,  la pourriture. Comme d’habitude,  dans ce genre d’affaires à grand  retentissement international, ce  sont les médias qui dévoilent le  pot-aux-roses. En décembre 2014, la chaîne de télévision allemande  (ARD) diffuse deux documentaires  intitulés “Dossier secret  sur le dopage” et “Dopage, top  secret: le monde opaque de  l’athlétisme”. En août 2015,  juste avant les championnats du  monde d’athlétisme de Pékin,  le Sunday Times évoque 5.000  tests sanguins suspects sur  12.000 échantillons.

Parmi ces athlètes tricheurs, il  y a des médaillés qui ont volé  à des concurrents propres et  loyaux leurs médailles et leurs  podiums. Gravissime. Après ces  milliers de cas avérés ou pas  totalement, comment peut-on  encore croire que ces performances  hors-normes soient le  fait du seul effort humain ou  l’effet surmultiplicateur d’un  adjuvant dopant? Difficile.  Quant au public, de plus en  plus incrédule, il ne peut pas  être éternellement pris pour un  concert de dupes.

Après le cyclisme, l’haltérophilie  et le séisme qui a ébranlé la  FIFA, instance mondiale du foot,  voici venu le tour de la “mère  des sports”.  Le spectacle et le fric, aggravés  par un nationalisme exacerbé,  ont pris le dessus sur un sport  complètement marchandisé,  devenu un produit de marketing  comme un autre. On a envie  d’en appeler à Pierre de Coubertin  pour lui dire “réveille-toi, ils  sont devenus fous !”.

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