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Portrait de Amine Ennaji, acteur marocain

Il est partout…

Amine Ennaji, né le 8 avril 1972, est un acteur marocain natif de Casablanca. Si les réalisateurs se l’arrachent, c’est qu’en plus d’être bon acteur, il est aimé du public.

C’est à juste cinq ans qu’il fut épris de théâtre. Né dans un vivier d’art, Amine Ennaji n’est pas près d’en oublier le moteur. Son oncle Chafik Sehimi. Il l’initia de vitesse à la chose. Oui, tout art majeur veut une initiation… un appétit furieux pour les planches qui sonne jusqu’à ce jour. S’il rend avec brio le jeu qu’on lui cherche, s’il incarne sans faille cet autre mais lui, ce personnage, c’est que l’identification ne prend, comme il insiste lui-même, que par le vrai… ou son jumeau, le théâtre.

Le natif de Casablanca eut très tôt idée de ce qu’est l’homme de scène. Il s’en explique d’un nostalgique souriant cette fois où il est convié avec sa maman à voir jouer le monodrame de l’oncle. Il vint que ce dernier, emplissant un sceau de morceaux de bois en feu, en laissa déborder quelques uns, ceci jusqu’à brûler chaises et tapis. Le monde s’enfuit et Amine avec. Il dit à ce propos «l’enseignement ici est que l’acteur doit apprendre à tout gérer», un enseignement qui a pris à voir la sobriété dans le jeu ajusté par l’acteur, et la maturité qui s’en dégage. Agé aujourd’hui de 46 ans, les faiseurs de films veulent de lui. C’est une valeur sûre, car les Marocains aiment sa tête.

Un travailleur familier du petit comme du grand écran. Un passionné pour qui l’actorat est une grande affaire. Bref, c’est un type sérieux. On le voit dans le dernier arrivé de Nabil Ayouch, Razzia, qui sort en salle le 14 février. A lui seul, il fut un moment fort, plutôt qu’un acteur. C’est aussi, avec Hakim Belabbes qu’il joue avec tact le premier rôle. A ce propos, l’acteur nous fait une confidence: «je n’ai pas voulu lire le scénario…. j’ai joué directement devant caméra», chose qui peut en choquer plus d’un, mais à l’entendre plus en avant, l’on perçoit au plus fin le rapport étroit, et même personnel, qui lie l’interprète au personnage. «C’est un personnage composé et complexe que j’ai refusé priver de sa liberté…» Nous dit-il. Cela ne va pas d’une sourde spontanéité, mais, l’acteur rappelle le manichéisme que lui imposait le rôle en disant: «Soit on est vrai, dans ce cas on joue, soit on s’abstient ».

Tout art est engagé…
Pour lui, un bon acteur est d’abord celui qui puiserait dans ses énergies vécues, dans son «soi» afin d’alimenter au mieux le personnage à qui il doit une quasi-dépersonnalisation. Oui dépersonnalisation car le fils du théâtre regrette que beaucoup se laissent prendre plutôt à leurs égos, à ce qu’ils sont, sans ramener sur plateau l’essentiel: Le jeu ou le personnage. Autre plainte légitime de celui formé également au management, adepte du précepte que la compétence prévaut d’abord, est le manquement, parfois outrageant, du film marocain aux fondamentales: le scénario. Amine Ennaji pense que nos films méritent une meilleure écriture, une intrigue digne, un enchaînement cohérent. Pour ce qui est de l’engagement en terre d’art, Amine Ennaji semble avoir la réponse en tête: «Tout art est engagé», coupe-t-il court. Il explique, ce qui dans son expression est un aphorisme, que, plus particulièrement pour le Maroc, attaché de près au réel quand il parle cinéma, l’acteur ne peut y être qu’engagé puisqu’il ne joue que ce qui s’y vit.

Mais l’acteur aussi comme éclaireur… comme avertisseur… une charge énorme qui contraste avec le peu de poids statuaire dont souffre l’acteur marocain, décrit par Amine Ennaji comme le maillon faible de la chaîne de production, un non-protégé de la loi et de la vie.

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