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Les politiques publiques de cohésion sociale face aux « nouveaux pauvres »

Dirss Jettou, président de la Cour des comptes.

Pour une nouvelle vision

Le déclin observé de la pauvreté absolue n’empêche pas une certaine évolution dans les contours et définitions de ce qu’on appelle les «pauvres».

Le constat d’une baisse au cours des dernières décennies de la pauvreté au Maroc, tel que nous l’ont annoncé récemment les experts du HCP ou ceux de la Banque mondiale, doit être plus que nuancé. Le déclin observé de la pauvreté absolue, notamment dans le milieu urbain, n’empêche pas une certaine évolution dans les contours et définitions de ce qu’on appelle les «pauvres».

Parmi ces derniers, apparaît ce que certains observateurs des plus avertis appellent le phénomène des «nouveaux pauvres». Car, il est incontestable que, parallèlement à la fragilisation d’une part notable de la classe moyenne, on assiste à une déstabilisation de plusieurs franges des couches dites intermédiaires imputable à des facteurs divers et variés.

En premier lieu, la fragilisation des statuts de certains salariés, publics ou privés, du fait des emplois atypiques (à temps partiel, contrats à durée déterminée, vacataires ou auxiliaires) ou des licenciements, n’est pas réservée aux seules catégories pauvres. Appartiennent aussi à ces «nouveaux pauvres» certaines catégories sociales comme les étudiants diplômés qui n’arrivent pas à sortir de la trappe du chômage ou les travailleurs des secteurs informels qui sont à la limite de l’économie de survie. Viennent s’y ajouter les paysans sans terre et les femmes chefs de ménage. Soit autant de catégories de la population dont le statut est, pour le moins qu’on puisse dire, peu enviable.

Une constellation hétérogène
Des paysans appauvris, d’abord, qui sont obligés de quitter leurs terres, n’ayant souvent d’autre choix que la voie de l’exode. Quittant le milieu rural vers des destinations censées être plus prometteuses. Milieu rural dont toutes les études nationales et internationales, nous disent que c’est à son niveau que la pauvreté absolue est la plus répandue comme dans cette commune de 8.000 ruraux de Sidi Boulaalam. Commune pauvre, perdue entre Essaouira et Marrakech, où quinze femmes sont mortes le 19 novembre 2017, piétinées lors d’une distribution de nourriture.

Quant aux femmes chefs de ménage, divorcées ou veuves, vivant dans la précarité et disposant de peu de moyens, elles n’ont d’autre choix que de travailler hors du foyer pour subvenir aux besoins de leurs enfants, souvent nombreux. La liste des «nouveaux pauvres» peut même s’allonger pour englober non seulement les retraités et autres personnes âgées mais aussi les migrants et les personnes à besoins spécifiques.

Soit autant de nouvelles catégories faisant partie de ces «nouveaux pauvres» dont les inégalités d’accès à l’emploi, à l’éducation, à la santé et, d’une manière générale, à la vie politique, économique, sociale et culturelle n’en jouent pas moins leur rôle que pour le reste de cette constellation hétérogène qu’est la pauvreté.

Puisqu’à la suite du dernier rapport de la Cour des comptes que préside Driss Jettou, toute une série de dysfonctionnements de gouvernance plombent notre système de cohésion sociale faute d’une vision globale, toute la question qui reste à savoir est dans quelle mesure l’action des pouvoirs publics est-elle suffisamment efficace pour lutter contre ces inégalités?.

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