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Polisario, ô désespoir !

Les séparatistes sahraouis abandonnés à leur triste sort

Les 29 et 30 novembre 2017, le roi Mohammed VI avait pris part à Abidjan, en Côte d’Ivoire, au cinquième sommet Union africaine (UA)-Union européenne (UE). On en retient principalement deux choses: un discours très engagé sur la question de la migration, dont le Souverain avait été chargé en mars de la même année par le président guinéen Alpha Condé, président en exercice de l’UA; mais aussi les réceptions accordées par S.M. le Roi aux présidents angolais, João Lourenço, et surtout sud-africain, Jacob Zuma. Ces entretiens, plus particulièrement, avaient été des victoires diplomatiques pour le Maroc, dans la mesure où il s’agit de chefs d’États soutenant l’indépendance du Sahara marocain, et qu’ils avaient alors pris sur eux de mettre quelque peu d’eau dans leur vin, à défaut d’abandonner complètement leurs positions.

Rappel à l’ordre
D’ailleurs, lors de la séance où les chefs d’État et de gouvernement de l’UA et de l’UE prennent la pose pour la photo finale de groupe, on voit la différence d’attitude entre Mohammed VI et le secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, présent au titre de «président» de la pseudo-«République arabe sahraouie démocratique» (RASD); d’un côté, le Roi, décontracté, qui discute avec le président français Emmanuel Macron ou encore avec le président gabonais Ali Bongo Ondimba; de l’autre, le dirigeant séparatiste, esseulé, presque invisible aux yeux de ceux qu’il voudrait donc être ses pairs. Conscient de ce paradoxe, M. Ghali fixe d’ailleurs durablement le Souverain, en feignant lui aussi de profiter du moment; mais il est clair qu’il fait contre mauvaise fortune bon coeur. Mohammed VI l’ignore, pour sa part. Cette photo est par ailleurs, à plus d’un titre, éloquente.

Elle illustre en effet ce qu’est par les temps qui courent le conflit du Sahara: d’un côté, le Maroc sûr de son fait et de ses droits historiques sur ses provinces du Sud -«le Sahara restera marocain jusqu’à la fin des temps,» réaffirmait Mohammed VI dans son dernier discours de la Marche verte le 6 novembre 2017, en écho aux propos tenus à la même occasion trois ans plus tôt. De l’autre, le Polisario qui s’en remet à des gesticulations, à défaut de convaincre (si même désormais des alliés historiques comme l’Angola et l’Afrique du Sud commencent à virer leur cuti…).

On en avait vu l’illustration lors de la crise de Guergarat de l’année dernière, lors de laquelle le front séparatiste s’était fait proprement remonter les bretelles par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) après avoir fait installer ses milices dans la zone tampon dudit nom, à la frontière maroco-mauritanienne, et donc violé les accords de cessez-le-feu du 6 septembre 1991; à quelques détails près, c’est le même scénario qui s’est répété, avec en fin de compte le Polisario qui est de nouveau reparti la queue entre les jambes.

Ainsi, ce dernier n’a rien de moins envisagé que d’entraver le rallye Africa Eco Race, qui devait rallier ce 14 janvier Dakar, la capitale du Sénégal, depuis la principauté de Monaco, en passant notamment par le Sahara marocain, avant que les instances onusiennes ne le rappellent donc à l’ordre. Une menace proférée urbi et orbi et qui s’était traduite dès le 3 janvier 2018 par un redéploiement polisarien à Guergarat.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’en était dit «profondément préoccupé» et avait rappelé par la voix de son porte-parole adjoint, Farhan Haq, que «le trafic civil et commercial régulier ne devrait pas être entravé et [qu’]aucune mesure ne devrait être prise qui pourrait constituer un changement au statu quo de la zone tampon.» S’il n’a pas nommément mis en cause le Polisario, sans doute pour ne pas envenimer les choses, il est clair que c’est à lui qu’il s’adresse quand il appelle les «parties prenantes» à exercer un maximum de retenue et à éviter une escalade des tensions.

Le Maroc, s’il a bien sûr illico entrepris des démarches «à tous les niveaux», comme l’a révélé samedi 6 janvier le représentant permanent du Royaume à l’ONU à New York, Omar Hilale, s’est ainsi refusé à entrer dans le jeu de l’organisation séparatiste. M. Hilale a d’ailleurs qualifié la réaction de M. Guterres d’«injonction» au Polisario et d’«aussi claire que forte».

Un défi à la communauté internationale
«[C’est] un rejet ferme et catégorique des provocations du Polisario et de ses entraves à la libre circulation dans la zone tampon de Guergarat,» a-t-il commenté. M. Hilale a également averti qu’aucun processus politique n’est possible tant que les autres parties persistent dans leurs violations «récurrentes» des accords militaires (notamment celui du 28 septembre 1997 signé à Houston, aux États-Unis) et du cessez-le-feu ainsi que dans leur habituelle tactique de la tension et de la crise à la veille des échéances onusiennes, en mettant directement en cause l’Algérie, qui d’après lui finance, arme et achète les pickups qui bloquent la route. «Ces agissements irresponsables du Polisario constituent un défi à la communauté internationale et un affront au secrétaire général et au conseil de sécurité,» a-t-il commenté.

Le Polisario a, pour sa part, «réitéré» sa coopération «sincère», en expliquant que c’est le Maroc qui aurait en fait violé les accords de cessez-le-feu. «Le Maroc a procédé unilatéralement à l’ouverture d’un passage dans une zone de conflit,» affirme le front, en oubliant de préciser que le Royaume ferait alors cela pour la dixième année de suite, puisque l’Africa Eco Race en est déjà à sa dixième édition (sans oublier le Paris-Dakar qui, même en pleine guerre du Sahara, se tenait sans problème sur le même circuit).

Le Polisario fait également référence au pseudo- refus marocain de recevoir une mission technique de l’ONU, conformément à la résolution du 28 avril 2017 du Conseil de sécurité relative à la prorogation du mandat de la mission de paix de la MINURSO… Or, il n’en a tout simplement pas été récemment question. D’ailleurs, ni le chef de la MINURSO, Colin Stewart, ni encore M. Guterres n’ont évoqué le sujet. Il est donc clair, d’après M. Hilale, que les manoeuvres du Polisario visent seulement à recréer le même scénario de crise que celui de l’année dernière. «Le Polisario fait preuve d’amnésie, en oubliant qu’il a été contraint de retirer ses éléments armés, suite à la menace d’une condamnation, sans équivoque, du conseil de sécurité et d’une sommation de quinze jours pour obtempérer,» analyse-t-il.

Une solution réaliste
Une façon sans doute pour le diplomate d’avertir les dirigeants séparatistes que les mêmes causes continueront toujours à produire les mêmes effets. Car ces derniers ne semblent décidément pas prêts à en prendre de la graine, surtout qu’au fil du temps le vent tourne manifestement de plus en plus en leur défaveur. La dernière résolution du Conseil de sécurité sur la MINURSO, à laquelle ils font référence, ne rappelait-elle d’ailleurs pas le fait qu’il était indispensable que les parties fassent preuve de «réalisme» et d’un esprit de conciliation?

Des vocables qui, dans la littérature onusienne relative au différend du Sahara, ne sont pas innocents, dans la mesure où ils renvoient à des propos tenus par l’ancien envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU dans la région, Peter van Walsum, qui avait affirmé en 2008 que «l’indépendance n’était pas une proposition réaliste». Soit une façon diplomatique d’appuyer le Maroc, qui pour sa part avait soumis à la discrétion du Conseil de sécurité, le 11 avril 2007, une initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie qui propose de doter les provinces du Sud de compétences législatives, exécutives et judiciaires élargies. Seule solution sérieuse et crédible proposée à l’heure actuelle.

Orientation vers le continent
«Les solutions qui ne sont pas réalistes ne sont plus de mise,» avait commenté le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, après l’adoption de la résolution du 28 avril dernier. Mais plus globalement, c’est tout le contexte international qui est en train de changer. Comme l’avait fait remarquer Mohammed VI dans nombre de ses discours, nous n’en sommes plus à l’époque des idéologies, où l’appartenance à un certain bloc pouvait amener à soutenir une certaine «cause», même si celle-ci était dénuée de tout fondement historique ou juridique.

Aujourd’hui, c’est la realpolitik, et plus concrètement les intérêts des États, qui prévalent, et d’ailleurs le Maroc ne s’en cache pas dans ses relations avec les autres pays. S’agissant notamment de l’Afrique, Mohammed VI avait clairement expliqué dans son dernier discours de la Révolution du roi et du peuple, le 20 août 2017, que le choix de l’orientation vers le continent s’était répercuté directement et de façon positive sur la question de l’intégrité territoriale du Royaume.

Ainsi, c’est une véritable offensive que le Roi y a mené, puisque outre donc ses réceptions de MM. Lourenço et Zuma, il s’est rendu dans plusieurs pays reconnaissant la RASD, à l’instar du Rwanda, de la Tanzanie, de l’Ethiopie ou encore du Nigéria, avec à la clé de nombreux projets communs, et même le financement, pour cinq millions de dollars, de la future capitale sud-soudanaise. Certains, comme le Malawi, ont même rompu tout lien avec la pseudo-république du Polisario (le 5 mai dernier).

Pour revenir à l’Afrique du Sud, on peut faire mention, ce 9 janvier, de l’entretien à Rabat de M. Bourita avec son homologue sud-africaine Maite Nkoana-Mashabane, qui se trouvait dans la capitale pour participer à la conférence ministérielle pour un agenda africain sur la migration. C’est, depuis la rupture des liens diplomatiques en septembre 2004 suite à la reconnaissance de la RASD par Pretoria, la première fois qu’un responsable de la nation arc-en-ciel se rend au Maroc.

Menaces de guerre
A vrai dire, seule désormais l’Algérie continue encore d’apporter un quelconque soutien au Polisario, bien que ce dernier soit condamné à diminuer du fait de la crise interne dans laquelle est empêtré le pays, consécutive à la baisse des prix du pétrole depuis plus de quatre exercices (les excédents pécuniaires, recueillis quinze ans durant par le fonds de régulation des recettes (FRR), avaient même complètement tari à fin 2017). On le ressent d’ailleurs déjà à Tindouf, où l’organisation séparatiste tient son quartier général, au point que ses dirigeants avaient multiplié les sorties à l’encontre de la junte algérienne, amenant celle-ci à réceptionner M. Ghali en juillet 2016 à Alger en la personne du chef d’état-major de l’armée nationale populaire (ANP) algérienne, Ahmed Gaïd Salah. Le secrétaire général du Polisario avait également été reçu par le Premier ministre Ahmed Ouyahia le 7 novembre dernier. Mais il y a à coup sûr de l’orage dans l’air. «Ces menaces de guerre dont le Polisario se fend depuis quatre ans et ces crises répétées à Guergarat, c’est pour amener le Maroc et l’Algérie à se battre,» soutient un responsable joint par Maroc Hebdo. Il y a aussi la question des milliers de Sahraouis séquestrés à Tindouf. Livrés à eux-même, privés de tous leurs droits et notamment celui de circuler librement, ils sont parqués dans des habitations en tôle, tandis que leurs dirigeants continuent de se remplir les poches en faisant le commerce de leur souffrance: le bihebdomadaire américain Forbes s’était ainsi fait l’écho des propriétés acquises par l’ancien secrétaire général du Polisario, Mohamed Abdelaziz, notamment en Espagne et en Suisse.

Fumisterie polisarienne
Ce trafic d’aides est d’ailleurs devenu tellement gros qu’à titre d’exemple le parlement européen, qui était jusqu’alors le plus grand bailleur de fonds des camps de Tindouf, ne souhaite plus apporter de contributions depuis juillet 2016. Dans ce contexte, beaucoup de jeunes essaient de fuir et de rallier le Maroc en passant notamment par la Mauritanie, mais ils se font systématiquement abattre: le «ministre» de la Défense de la RASD, Mohamed Lemine Ould Bouhali, en aurait ainsi personnellement donné les instructions en novembre 2013. Par ailleurs, beaucoup de jeunes femmes qui ont eu le malheur de se rendre à Tindouf ces derniers mois pour voir leurs familles séquestrées sur place y sont retenues contre leur gré, à l’instar du cas très médiatisé de Maloma Morales de Matos en février dernier.

Les rares qui croient encore au séparatisme sont, pour leur part, complètement désillusionnés par le Polisario. A M. Ghali particulièrement, il est reproché, outre ses fonds cachés, ses affaires de pédophilie, pour lesquelles il est poursuivi par l’audience nationale espagnole depuis novembre 2016. Il risque ainsi à tout moment d’être arrêté lors de ses déplacements à l’étranger. On a à cet égard vu, ces dernières semaines, apparaître à Tindouf une initiative sahraouie pour le changement (ISC), dont les meneurs insistent notamment sur la nécessité de reprendre les négociations avec les autorités marocaines, rompues depuis mars 2012 et le dernier round de Manhasset. Pour l’instant, les dirigeants séparatistes ferment les yeux, mais c’est parce qu’ils y sont bien obligés. La fumisterie polisarienne va-t-elle donc enfin prendre fin ?.

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