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Le Polisario aux abois

Brahim Ghali et Mohamed Lamine Bouhali. La désillusion

Les séparatistes de plus en plus lâchés par la communauté internationale

En désespoir de cause, le mouvement séparatiste multiplie les provocations et les manœuvres à Guerguerat. Sa menace répétitive de reprendre la guerre ne fait peur à personne.

Une mauvaise cause est en train de connaître un processus inévitable; elle sombre; elle coule; elle ne s’apparente plus qu’au dernier soupir d’un coq égorgé. Le mouvement séparatiste baptisé Polisario aura été, après quatre décennies, une chimère, une nuisance aussi. Instrument de l’Algérie, il était un levier de la politique hégémoniste de ce pays voisin. Tous les moyens ont été mobilisés à cette fin, les uns militaires, matériels et financiers, d’autres diplomatiques dans toutes les instances et pratiquement sous toutes les latitudes.

En ce début 2018, rien ne va plus pour Brahim Ghali et les siens, cette cohorte de flibustiers des sables, ensablés au plus profond même. La crise est interne mais aussi à l’international; elle relève de ce que cliniquement l’on appelle le diagnostic vital… En interne, il faut mentionner ce qui est le plus crapuleux: les violences faites aux femmes. Des violences? Surtout le viol dans les camps de Tindouf depuis plus de quarante ans. Une hantise pour des milliers de femmes, une hantise ressentie au quotidien, refoulée aussi parce qu’elle était subie et qu’elle ne trouvait pas un cadre d’expression. Tel n’est plus le cas aujourd’hui par suite de la place des réseaux sociaux et de celle des nouvelles technologies de l’information, la parole se libère et conduit de plus en plus à la dénonciation de tels actes.

Horreur et barbarie
Agressions sexuelles et viols participent d’un rapport de domination qui est sans doute encore un marqueur des sociétés d’aujourd’hui mais qui chez les séparatistes présente un trait particulier, une sorte de droit de cuissage des responsables du Polisario, où les victimes sont dans l’enclosure des camps et qu’elles sont ainsi soumises à un système fermé imposant ses lois et ses moeurs. L’histoire récente d’une jeune femme qui a fait le buzz dans des médias du nord mauritanien et de certains sites sahraouis est symptomatique à cet égard. Elle a montré ses lèvres tuméfiées, ses jambes et son bas ventre en sang, les traces de coups ailleurs; l’horreur et la barbarie, la souffrance et l’humiliation; le crime le plus abject. De telles pratiques sont un label du mouvement séparatiste, une marque. Le code de «conduite», si l’on ose dire, vient d’en haut, de Brahim Ghali en personne, nouveau président de la RASD, qui a succédé à Mohamed Abdelaziz, en juillet 2016. Voici un peu plus d’un an, il a en effet fait l’objet d’une convocation de la justice espagnole pour répondre d’accusations de «génocides», «assassinats», «tortures » et «disparitions forcées» perpétrés à l’encontre de Sahraouis alors qu’il était «ministre de la Défense» (1978-1991) de l’entité séparatiste. C’est une plainte déposée par une ONG basée à Barcelone, l’Association sahraouie pour la défense des droits de l’Homme (ASADEDH), qui avait engagé en 2012 cette procédure.

C’est le président de la cour centrale d’instruction espagnole, José de la Mata, qui a ordonné à la police de son pays de faire une enquête à ce sujet sur le dénommé Brahim Ghali, qui avait prévu de se rendre à Barcelone, à la fin novembre 2016 pour participer à une activité de soutien à la cause sahraouie. C’est que ce même Brahim Ghali fait déjà l’objet d’autres procédures tout aussi criminelles diligentées en Espagne alors qu’il a quitté ce pays en 2008 suite à une première plainte déposée alors par l’Association sahraouie des portés disparus du Polisario auprès de l’Audience nationale, la plus haute juridiction nationale.

Il est également sous le coup d’une autre plainte, pour viol celle-là, déposée en 2013, par une jeune Sahraouie née à Tindouf, de parents naturalisés espagnols. Cette jeune fille, Khadijatou Mahmoud Mohamed Zoubeir, avait été en effet violée trois ans auparavant par Brahim Ghali alors qu’il officiait en tant qu’«ambassadeur du Polisario à Alger» et qu’elle se trouvait dans cette même «ambassade» pour y demander un visa pour l’Espagne. Voilà pourquoi ce chef séparatiste a annulé son voyage à Barcelone, en novembre 2016, et qu’il ne se risquera pas à séjourner en terre espagnole, où son arrestation n’est aucunement à exclure.

Explosion contestataire
Sur un autre plan, la direction séparatiste est mise à l’index par la majorité de la communauté internationale à propos du détournement de l’aide alimentaire et des médicaments destinés aux réfugiés des camps de Tindouf. Déjà en 2015, l’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF) avait publié un rapport accablant sur le détournement «frauduleux et systématique » de cette aide humanitaire par certains responsables séparatistes et leurs complices dans des administrations algériennes, à Oran (port de débarquement) et tout au long de la logistique jusqu’aux camps. Mais il y a plus. Le mouvement séparatiste accuse en effet de profondes divisions autour de luttes intestines qui perdurent. A la fin 2017, à Tindouf même, a été lancé un mouvement opposé à Brahim Ghali et ce sous la dénomination Initiative sahraouie pour le changement, par un groupe mené par El Haj Barikallah.

C’est un ancien «ministre» qui avait en charge l’Amérique latine et qui était un pilier de la «diplomatie » séparatiste en Espagne. Des manifestations se sont ainsi multipliées en soutien à ce mouvement très actif des camps de Tindouf avec ce slogan: «Nous ne plierons pas». Elles ont bravé le siège militaire de fait qui leur était imposé par le Polisario et l’armée algérienne. Des images inédites en provenance de Tindouf ont circulé sur les réseaux sociaux. Cette explosion contestataire a été déclenchée par des Sahraouis de la tribu R’Guibat Labaihatt, dont l’un des membres avait été tué par des soldats algériens alors que son troupeau de chameaux paissait dans l’oued M’Heya, près de Tindouf. Deux autres Sahraouis avaient connu le même sort, en février 2017, du côté de la frontière mauritanienne. Là encore, aucune enquête n’a été ouverte.

Apurer les dossiers artificiels
A l’international, le mouvement séparatiste se trouve dans une impasse totale. Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine (UA) à la fin janvier 2017, lors du 29ème sommet, atteste en creux de sa situation. Le Royaume est ainsi mobilisé pour retrouver toute sa place dans cette organisation continentale. Une maturation s’est faite à propos de la question nationale, notamment du côté des pays qui soutenaient le mouvement séparatiste. Jacob Zuma, président sud-africain, a fait ainsi cet aveu, après sa rencontre avec S.M. le Roi, le 29 novembre 2017, à Abidjan, en marge du sommet UE-UA: «Je ne connaissais pas tous les éléments du dossier du Sahara…». D’autres pays, naguère hostiles à Rabat, réévaluent également leur position (Zimbabwe, Nigéria, …). L’adhésion du Royaume à la CEDEAO –actée politiquement et en voie de finalisation– témoigne aussi de la place et du rôle qu’il entend jouer dans le continent et ce dans une perspective à long terme de partenariat, de développement. Une telle stratégie commande que les pays africains décident l’apurement de dossiers artificiels qui ont tant freiné cette marche en avant.

Aux abois, le mouvement séparatiste multiplie les provocations, comme à Guerguerat; et les manoeuvres, comme cette supposée lettre de Guterres à Brahim Ghali démentie par le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, mardi 9 janvier… Pathétique !.

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