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Polémique « Much loved », PUTAIN DE FILM !

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Le dernier film de Nabil Ayouch ne sera pas projeté au Maroc. Selon les autorités, son interdiction est amplement justifiée.

Faut-il laisser couler  et passer à autre  chose à propos de ce  film “Much Loved”  du cinéaste Nabil  Ayouch? Ce qui voudrait  dire que ce n’est pratiquement  rien, l’écume d’une  semaine liée à sa présentation à  la Quinzaine des réalisateurs au  festival de Cannes; en somme:  “circulez, il n’y a (plus) rien à  voir”. Oui, peut-être. Mais une  telle posture, qui se voudrait  l’illustration d’une “avancée”  démocratique, ne serait qu’une  réponse en trompe-l’oeil. Pourquoi?  Parce qu’elle se situerait  dans une société aseptisée, où  il serait “interdit d’interdire”  et où tout serait permis. Or,  même dans les pays nordiques,  considérés comme étant précisément  les plus permissifs au  regard des moeurs et des libertés,  il y a bel et bien des limites.

Mauvaise foi
Cela veut dire quoi? Que la  liberté de création, dans le  cinéma ou dans tout autre  domaine, n’est pas absolue.  Les braillards habituels sont  dans le déni, la mauvaise foi ou  l’autisme quand ils invoquent,  et souvent de manière tonitruante,  ce principe. Il faut en  effet, leur jeter à la figure –c’est  le seul langage approprié à  cette engeance– que nulle part  dans le monde l’on ne trouve  cela. Le régime juridique du  cinéma présente, en effet, une  particularité. Il ne se conçoit  point comme un régime général  de liberté absolue, mais il  est en fait un régime mixte qui  combine liberté et prévention.  L’exploitation des salles de  cinéma est totalement libre,  hormis les formalités de déclaration  d’une activité commerciale  spécifique. En revanche,  l’exercice des professions et  activités cinématographiques  est, lui, soumis à un régime  d’autorisation.

Il faut ajouter encore que le régime  juridique du cinéma est un  régime préventif en ce sens que la diffusion des films est soumise à  un contrôle. C’est ainsi que la commission  ad hoc du CCM (Centre  cinématographique marocain) est  chargée de se prononcer sur le visa  d’exploitation. En l’espèce, le film  de Nabil Ayouch se trouve dans une  situation tout à fait singulière qui,  pour l’heure, rebondit non pas sur  le terrain juridique –pas encore…–  mais surtout éminemment politique.

Au plan juridique, ce film a déjà fait  l’objet d’une décision du ministère  de la Communication précisant  d’un refus d’autorisation de sa  projection au Maroc. Ce communiqué  officiel, daté du 25 mai 2015,  précise qu’il comporte un outrage  grave aux valeurs morales et à la  femme marocaine et qu’il est une  atteinte flagrante à l’image du  Maroc. Une telle mise au point  appelle un certain nombre d’observations.  La première, c’est que l’on  a affaire à une mesure anticipée de  sanction. C’est d’autant plus notable  que Nabil Ayouch n’a pas encore  déposé une demande de visa  d’exploitation dans le Royaume.  Mais, en l’état, il sait ainsi, par  avance, quel sort lui sera réservé.

Création artistique?
Autre remarque: certains s’insurgent  contre une telle mesure  en invoquant le fait que le département  ministériel compétent a pris  une décision sans avoir visionné  le film. Il s’agit là d’une allégation  qui n’est guère soutenable parce  qu’une équipe du CCM, avec à sa  tête son directeur, Sarim Fassi-Fihri  (lire ci-contre), était présente à  Cannes et a pu assister à sa projection.

Enfin, se pose un débat de fond,  aux multiples facettes d’ailleurs.  Pour commencer, celle-ci: que  fait-on de la liberté de création  artistique, l’oeuvre cinématographique  en étant l’une des expressions?  Le principe, rappelons-le,  c’est que la liberté de création cinématographique constitue  un élément fondamental de  toute société démocratique.  Mais une fois posé, ledit principe  supporte, comme l’atteste  la jurisprudence de toutes les  juridictions constitutionnelles  européennes, des limitations.  L’oeuvre cinématographique  peut en effet faire l’objet  d’une mesure d’interdiction  en évaluant sa “nécessité”  à la lumière de la situation  qui existe au plan local à une  époque donnée. Il a été ainsi  jugé par la Cour européenne  des droits de l’Homme qu’un  État peut limiter quasi discrétionnairement  un film dès lors  qu’il a trait à «la signification  de la religion dans la société».  Dans d’autres décisions, cette  juridiction européenne avait  invoqué le droit à la dignité en  tant que droit fondamental de  l’être humain pour censurer  des affiches publicitaires jugées  «immorales».

Créneau de la marge  ayouch_film-much-loved2
Le film pourrait-il contourner le  refus d’autorisation de projection  au Maroc? N’en doutons  pas, il sera vite piraté et se  vendra dans les semaines qui  viennent dans les circuits informels  traditionnels, à Derb Ghalef  et ailleurs…
Ce marché-là est bien organisé  par tout un réseau. Là n’est  pas le problème, il est ailleurs:  le procès qui lui est fait est-il  légitime? Par touches successives,  qui est lésé? La ville de  Marrakech subit, assurément,  un préjudice considérable: elle  est présentée comme une destination  particulière de tourisme  sexuel, associant la prostitution  dans toutes ses facettes (femmes,  pédophilie…) Toutes les associations  de femmes aussi.
Nabil Ayouch réplique que son  souci n’était pas vraiment de  mettre en relief des prostituées;  mais plutôt de traiter de la prostitution.  Il aurait pu prendre en  charge ce fléau social, qui est un  élément de l’environnement dans  lequel il vit et qui l’a interpellé. En  somme, raconter la vie de marginaux.

A-t-il fait oeuvre de création cinématographique?  Il n’y a pas de  thèse, mais, au final, un documentaire  sur une certaine sexualité  mercantile qui nourrit une  sorte de “modèle” socioéconomique  que tout le monde connaît, à un titre ou à un autre, mais que  la société ne veut pas voir. Pourtant,  la filmographie marocaine  des dernières années a tourné le  dos à la bigoterie et à l’hypocrisie  avec plusieurs films éligibles à des  scènes abruptes et osées: le viol,  dans L’Amante du Rif, de Nargiss  Nejjar; l’inceste, dans Pégase,  de Mohamed Mouftakir; l’homosexualité  refoulée, dans L’Armée  du salut, de Abdellah Taïa; l’exclusion  des filles-mères, dans Malak,  de Abdeslam Kelaï; ou encore la  prostitution, dans Mort à Vendre,  de Faouzi Bensaïdi.

Déjà Nabil Ayouch se victimise par  avance quand il déclare: «Faut-il  en vouloir à un cinéaste de filmer  une partie de sa société telle qu’il  la voit?». Quel aveu! Il ne veut  donc voir que cela! La prostitution?  N’est-elle pas, comme le dit  l’adage bien connu, le plus vieux  métier du monde? C’est un fait social,  partout, à Paris, Moscou, New  York, Lagos, Tel Aviv…

Une “légitimité” rentable  ayouch_film-much-loved3
Ce qui interpelle aujourd’hui c’est  pourquoi Nabil Ayouch n’officie  que dans ce créneau de la marge,  de la marginalité, de la transgression  aussi. Quel est donc son univers  culturel pour qu’il ne sorte  pas de ce ghetto où campent les  enfants des rues (Ali Zaoua) et  les bidonvilles comme incubateurs  de jihadistes (Les Chevaux  de Dieu). Il faut y voir sans doute  le fait de céder à la facilité, couplée  à un marketing commercial  bien appréhendé. Il n’est intéressé  par la société et ses valeurs que  pour l’export. Il recherche une  “légitimité” rentable au-dehors,  la consécration par les siens, ici,  étant pratiquement superfétatoire.  C’est un cinéaste “offshore”, une  sorte de franchisé s’échinant à se  faire une place dans des circuits  et des réseaux d’argent, bien sûr,  mais tout aussi soucieux de miner  une société relevant d’une autre comptabilité, attachée à ses  valeurs morales. Au-delà de  cette minable affaire de Much  Loved n’est-ce pas une idéologie  mondialiste qui s’en prend,  continûment, sur tous les plans,  à un socle civilisationnel dont  le ciment est une société pétrie  par un référentiel culturel et  religieux placé en situation de  “résistance”?

Terrain de prédilection
L’avortement, la laïcité, la liberté  de conscience, l’homosexualité;  demain le mariage homosexuel,  et que sais-je encore?, sont les  terrains de prédilection de cette  mouvance où convergent des  néoconservateurs américains,  des franc-maçonneries et des  menées répétées du sionisme.  Évoquer tous ces éléments,  parmi tant d’autres, ce n’est pas  céder au simplisme d’un certain  conspirationnisme international,  c’est parler clair pour démonter  un “choc des civilisations” qui  se vérifie de plus en plus dans  l’espace arabo-musulman depuis  une dizaine d’années mais  aussi au plan superstructurel des  idées, des comportements et des  valeurs sociales.

Il y a polémique –et nul doute  qu’elle va s’amplifier et se durcir.  Parce qu’il y a scandale!  Quelle image est en effet donnée  de nos mères, de nos femmes,  de nos filles! Une stigmatisation  insidieuse, irresponsable.  Ce cinéma-là, il faut lui dire:  “Dégage!” Dégage du cinéma  au moins!…

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