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Pour une poignée de smartphones

Abdellatif Mansour

Minimiser la contrebande à ciel ouvert, c’est l’engraisser

La contrebande brasse des milliards au détriment du commerce régulier.

Ce n’est pas vraiment sonner l’alerte maximale au poste douanier du préside espagnol de Sebta en territoire national. Ce n’est pas non plus de quoi s’enorgueillir pour la douane marocaine. Elle en a vu d’autres dans ce haut lieu territorial de la contrebande en tout genre. Et pourtant, la nouvelle annoncée par un site et reprise par la presse, donne l’impression qu’il s’agit d’une grande première. Évidemment, les douaniers ont fait leur travail avec une grande maîtrise professionnelle et beaucoup d’honnêteté à la tâche. C’est là plus qu’ailleurs où la probité est constamment mise à l’épreuve de la tentation.

La saisie récemment au poste de douane de Sebta concerne 209 téléphones portables, 50 ordinateurs de type tablettes, ainsi que 27 kg de bijouterie en argent pur. Avouez que la prise est maigre. Comparée à la masse de produits de la même valeur sur le marché noir, ce dernier butin en date paraît faible. Il n’est pas du tout représentatif de la réalité d’un commerce parallèle qui s’exécute à ciel ouvert, au vu et au su des autorités publiques concernées.

L’exemple qui tombe sous le sens est celui de Derb Ghallef, un méga centre commercial en plein milieu de la capitale économique du pays. Les articles proposés englobent des produits électroniques en tout genre et pour toutes les bourses, depuis les derniers cris de la technologie jusqu’aux appareils d’un autre âge. Le vestimentaire tient une place de choix avec des costumes finement coupés à l’italienne. Sans oublier l’avalanche des ustensiles de cuisine et les montagnes de produits alimentaires avec de gros risques de péremption et d’empoisonnement particulièrement au mois de ramadan. On a pris l’habitude d’incriminer la Chine pour expliquer cette invasion commerciale. Ce n’est pas loin de la vérité, mais pas toute la vérité. Les provenances sont multiples. Certaines, comme l’Espagne, sont tellement proches qu’elles se sont installées sur nos terres. L’Italie et la Turquie sont de la partie derrière leur panneau d’affichage officiel. On n’est plus dans le registre de quelques smartphones saisis par la douane de Sebta. Comme l’on sait de science certaine, le souk de la contrefaçon véhiculé par la contrebande n’a pas pignon sur rue qu’à Casablanca où il semble faire un pied de nez à Morocco Mall.

Ces antennes à audience nationale sont également basées à Tétouan, à Mediaq-Fnideq, à Ksar Kébir et jusque dans le grand sud marocain. Par où sont passés ces tonnes de marchandises défiant toute concurrence spécialement pour des acheteurs pas très regardants sur la différence entre l’original et l’imitation la plus ressemblante. En fait, la tâche de ce distinguo revient à la douane dans le cadre de la chasse à la contrefaçon et aux circuits d’acheminement. En somme, un commerce juteux qui se pratique en réseaux pas si occultes que ça. Sa minimisation ne peut avoir comme objectif l’éradication. Ce qu’on appelle pudiquement secteur informel, ce n’est rien d’autre que de la délinquance économique qui rapporte gros et cause un énorme manque à gagner pour le commerce régulier. Pour y remédier, il y a comme un brin de courage politique qui fait défaut

 

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