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Plus de 8.000 entreprises ont fait faillite en 2017

Le Maroc au bord d’une grave crise sociale

Les fermetures d’entreprises condamnent 40.000 personnes au chômage. Un désastre pour le pays, qui connaît l’un des taux de chômage les plus élevés dans la région.

Jamais l’entreprise marocaine ne s’est aussi mal portée que pendant ces temps de crise. Des temps qui présagent un avenir sombre et chaotique pour ces belles entités créatrices de richesses et d’emplois, considérées comme des temples de croissance économique et de valeur ajoutée pour le pays. En 2017, selon des chiffres révélés par le cabinet de conseil marocain Inforisk, 8.088 entreprises marocaines ont officiellement fait faillite. Contraintes de mettre la clé sous le paillasson, 90% d’entre elles se sont déclarées en liquidation et 10% ont subi un redressement judiciaire. Ce chiffre est en augmentation de 8,5% par rapport à 2016.

Un avenir sombre
En comparaison à 2009, pendant laquelle 2.462 sociétés ont déclaré faillite, la hausse est pour ainsi dire vertigineuse. Mais, au-delà des chiffres, c’est tout un pan de l’économie nationale qui risque de s’effondrer.

Outre la célèbre raffinerie la Samir de Mohammedia dont on évoque désormais une fermeture définitive après l’échec de l’Etat à trouver des repreneurs et son entêtement injustifié à la sauver, l’écrasante majorité des entités affectées par la faillite sont à 95% des petites entreprises et 5% des moyennes entreprises. Les secteurs les plus touchés sont le commerce, le BTP et l’immobilier. Des secteurs qui avaient connu un boom pendant les années 2000 sous l’effet d’une conjoncture favorable, mais la forte spéculation qui régnait et règne toujours dans l’économie a tout fait basculer. La bulle immobilière poussée par un gonflement boursier artificiel ne pouvait que conduire à des situations inévitables de faillites. Une rapide évaluation concernant les conséquences sociales de ces fermetures permet de chiffrer à 40.000 le nombre de personnes tombées dans le chômage. Un désastre pour le pays, malmené par des crises sociales sans précédent avec le hirak dans le Rif, qui n’arrive pas à s’éteindre et, tout récemment, les manifestations populaires qui secouent la ville de Jerada, depuis fin décembre 2017.

Ce cocktail explosif pointe sérieusement son nez et met la société aux prises avec une grave crise sociale. Si les chiffres peuvent paraître probablement élevés, pour certains, ils sont loin de refléter toute la réalité des entreprises au Maroc. Pour le président de la confédération marocaine TPE-PME, Abdellah El Fergui, «on estime, à notre niveau, à 10.000 le nombre de sociétés susceptibles de déposer le bilan». Mais, par crainte du fisc ou par volonté de continuer leurs activités dans l’informel, plusieurs entrepreneurs ne déclarent pas la faillite. Ils préfèrent ainsi se voiler le visage en attendant des jours meilleurs.

Retards de paiements
Mauvaise gestion, contexte économique défavorable, forte pression fiscale, créances en souffrance, sous-capitalisation, les raisons derrière cette situation économique sont nombreuses. Mais, pour beaucoup, l’Etat est sérieusement pointé du doigt pour avoir mené des entreprises florissantes à la faillite. Parce que l’Etat tarde à régler ses fournisseurs directs, ces derniers ne manquent pas de répercuter leurs déboires financiers sur les petites et les moyennes entreprises avec lesquelles ils traitent. On trouve, par exemple, de nombreux fabricants électriques contraints de baisser le rideau dans le sillage des problèmes financiers de leur client direct, à savoir l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE).

L’impôt excessif
On trouve également plusieurs entreprises de BTP tombées dans l’incapacité financière de continuer leurs activités sous l’effet d’une crise terrible du marché immobilier. Les arriérés de TVA constituent aussi un véritable problème pour les petites et moyennes entreprises. En somme, les créances liées aux commandes publiques se chiffrent à plus de 30 milliards de dirhams. Un montant considérable qui prend en otage une bonne partie de l’économie marocaine. Conscient du danger qui pèse sur le pays, le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Boussaïd, annonce son engagement à résoudre ce problème lié aux arriérés de TVA.

Concernant la pression fiscale, certains économistes tentent de la dédramatiser, en évoquant, entre autres, l’exonération fiscale pendant cinq années, accordée aux entreprises nouvellement créées. Mais tout le problème est dans la continuité. Car, dès la sixième année, l’entreprise est obligée de passer à la caisse. Le taux de 31% pour l’impôt sur les sociétés (IS), actuellement appliqué, est considéré comme excessif par rapport à ce qui s’applique dans certains pays qui favorisent leurs entreprises. Pour contourner la polémique, la nouvelle loi des finances a mis en place un taux progressif.

Ainsi, l’IS devient 10% pour les revenus égaux ou inférieurs à 300.000 dirhams, 20% pour les revenus supérieurs à ce montant et 31% pour les revenus qui dépassent 1 million de dirhams. Mais, toujours est-il, pour fuir le fisc, les entreprises pratiquent souvent le maquillage des comptes pour ne pas afficher des résultats bénéficiaires. Ceci dit, la crise économique, qui couve depuis des années au Maroc, a été foudroyante pour nos entreprises. Au point de craindre pour l’avenir de notre pays si l’Etat n’intervient pas pour stopper l’hémorragie.

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