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La plus ancienne ADN fossile en Afrique retrouvée dans la grotte des Pigeons au Maroc

©ph:DR

L’ADN fossile découvert dans la grotte des Pigeons à Taforalt devra aider à reconstituer le patrimoine génétique d’une population africaine, qui a donné naissance à toute l’humanité, a indiqué vendredi à Rabat, Abdeljalil Bouzouggar, enseignant chercheur à l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine et directeur du Laboratoire « Sources alternatives de l’Histoire du Maroc ». Cette découverte est historique, étant donné que c’est pour la première fois, qu’une ADN fossile aussi ancienne soit retrouvée en Afrique, a souligné M. Bouzouggar précisant que l’ADN détecté au Malawi en 2017 date de 8100 ans, alors que les traces recelées à la grotte des Pigeons remontent à 15000 ans, faisant de cette région du Royaume un espace important de l’Histoire biologique de l’Homme.

Les recherches ont débuté en 2003, mais les archéologues n’ont trouvé à cette époque aucun fossile se prêtant à ce type d’analyses (ADN fossile), a fait remarquer l’archéologue, faisant savoir que ce n’est qu’à partir de 2010 que des squelettes humains en bon état ont été découverts, ce qui a permis aux généticiens et archéologues de procéder aux prélèvements génétiques et d’extraire cet ADN fossile, qui s’est avéré après les analyses être la plus ancienne trace génétique connue en Afrique.

S’agissant de la morphologie de l’Homo-sapiens dont les traces d’ADN ont été retrouvées à la grotte de Pigeons à Taforalt, M.Bouzouggar a relevé que ce dernier a des caractéristiques similaires à l’homme actuel, seulement qu’il est plus robuste avec une large stature.

Évoquant l’environnement dans lequel évoluait l’homo- sapiens, le professeur a fait remarquer que la période durant laquelle a vécu cette population (soit avant 15.000 ans), a été marquée notamment par la fin d’une dure crise d’aridité en Afrique et le début de certaines précipitations.

« L’homo-sapiens était un génie qui a pu trouver de bonnes solutions à cette crise climatique, a souligné le professeur d’archéologie, notant que l’homme actuel a beaucoup à apprendre de cette population et de son savoir-faire en matière de lutte contre les changements climatiques.

« Cette grotte rassemble les superlatifs sans exagération aucune », s’est-il réjoui, précisant que c’est dans ce même lieu que les traces de la première opération chirurgicale au monde ont été retrouvées, ainsi que la première marque de la sédentarisation, où l’homme a commencé la pratique des activités agropastorales.

De même, cette grotte a été le lieu où ont été divulguées les plus anciennes parures dans le monde qui datent de plus de 100.000 ans, a-t-il poursuivi, tout en assurant que cette dernière découverte constitue un pas géant dans l’histoire de la génétique.

Ces avancées génétiques sont à même d’aider la médecine moderne à connaitre l’origine de certaines maladies, ce qui lui permettra de mieux les soigner et de proposer des remèdes adaptés, a-t-il dit.

A propos des projets à venir, M. Bouzouggar a fait savoir que la deuxième étape portera sur l’ensemble de l’Afrique du nord en vue d’établir le séquençage du gêne-homme africain, le but étant de tracer l’Histoire biologique.

L’archéologie ne fait pas uniquement référence au passé, elle permet aussi à l’Homme d’améliorer la qualité de sa vie en tirant profit des savoirs et savoirs faire de ses ancêtres, a -t-il conclu.

Le Ministère de la Culture et de la Communication avait annoncé, jeudi, dans un communiqué la découverte par une équipe internationale d’archéologues et de généticiens, dans la grotte des Pigeons à Taforalt au Maroc oriental, les plus anciennes traces d’ADN d’un Homo sapiens en Afrique, datées de 15000 ans.

Les résultats de la découverte de cette équipe, dirigée par Abdeljalil Bouzouggar et Saïd Amzazi, de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine à Rabat et de l’Université Mohammed V à Rabat et par Johannes Krause et Choongwon Jeong, de l’Institut Max Planck des Sciences de l’Histoire de l’Homme à Jena en Allemagne, en collaboration avec des chercheurs de l’Université Mohammed 1er à Oujda, de l’Université d’Oxford, du Musée d’Histoire Naturelle à Londres et de l’Institut Max Planck d’Anthropologie Evolutive à Leipzig en Allemagne, ont démontré des liens anciens d’une part avec l’Afrique subsaharienne et surtout l’Afrique de l’Ouest et d’autre part avec le Proche Orient.

Les membres de l’équipe scientifique ont analysé l’ADN extrait de neuf squelettes humains découverts dans la grotte des Pigeons à Taforalt en utilisant un séquençage et des méthodes d’analyse avancées ayant permis d’obtenir des données mitochondriales de sept individus et l’analyse approfondie du génome de cinq autres individus fossiles.

Propos recueillis par Zineb JANATI

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