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Plongée dans l’univers des motards du Maroc

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[quote font= »1″]Reportage. Ils investissent les routes et autoroutes, chevauchant de grosses cylindrées… seuls, en couple ou en groupe en quête de liberté et d’évasion. Sous les blousons de cuir des motards se cachent des citadins pétris de valeurs citoyennes et humanitaires.[/quote]

L’équipée sympathique

Ils sont médecins, avocats,  magistrats, hommes d’affaires…  et craquent tous pour le deuxroues.  Une passion qui les  habite, pour la plupart, depuis  l’enfance où les images des héros des  films américains, qu’ils dévoraient sans  modération, ont nourri leur imaginaire.  Les motards, qui peuplent de plus en  plus le paysage routier marocain,  avec leurs grosses cylindrées qui  rivalisent de beauté et de puissance,  appartiennent majoritairement aux  deuxième et au troisième âges. Ils  investissent les routes et autoroutes,  chevauchant des Harley Davidson,  des BMW, des Goldwing, des Honda,  des “custom”… seuls, en couple ou  en groupe, en quête de liberté et  d’évasion.
Avec leur air décontracté et leur  apparence soignée, ils n’ont rien de  l’image stéréotypée des anarchistes  qui se constituent en hordes sauvages  pour semer la terreur sur leur passage.  L’image d’un Marlon Brando, chef  d’une bande de motards, devenant  l’icône du rebelle dans le film  américain L’Equipée sauvage (1953),  du réalisateur László Benedek, est bien  loin. Sous les blousons de cuir de nos  motards se cachent des citadins pétris  de valeurs citoyennes et humanitaires.  Des valeurs qui ont présidé à la création d’une dizaine d’associations  et de moto-clubs dont l’une des plus  célèbres reste l’association “Les Aigles  de l’Atlas”, constituée en 2004 pour  valoriser la moto au Maroc. Parmi  ses actions phares figure le soutien  qu’elle a apporté à la candidature du  Maroc pour la Coupe du Monde 2010,  à Zurich, sans oublier la vingtaine de  raids que l’association a organisés  au Maroc, ainsi que le Raid de  l’amitié Rabat-Dakar, dont elle est  l’instigatrice.

L’esprit motard
On peut donc avancer, sans avoir  peur des mots, qu’il existe bel et bien  un “esprit motard” qui anime ces  chevaliers des temps modernes. Les  motards qui choisissent de se déplacer  en groupe ou de se constituer en  association ou en club sont à la  recherche de valeurs de confraternité  et de partage. Pour eux, c’est à cela  que correspond “l’esprit motard”. Et  ce n’est pas Imad Lazrek, responsable  au sein du service production à Hit  Radio et membre du club “Skulls of  Sahara MC”, qui dira le contraire. Son  club, créé en 2009 à Casablanca, a  pour pilier la fraternité, qu’il érige en  valeur suprême, la moto étant juste  un élément fédérateur des différents  membres.
“Skulls”, qui signifie têtes de morts,  symbolise la force et la détermination  alors que le terme “Sahara” renvoie  aux origines du club. Ses membres,  âgés entre 24 et 34 ans, sont unis  par des liens de loyauté et soumis à  des règles strictes. «Plus qu’un club,  nous sommes une confrérie. Le club  est notre deuxième famille et ses  membres sont des frères sur qui nous  pouvons compter», précise Imad.  D’ailleurs n’est pas membre du club qui veut. Pour faire partie des “Skulls  of Sahara MC”, il faut impérativement  passer par la case “prospect”. Le  candidat doit avoir l’amour du club,  faire preuve de loyauté envers ses frères  d’armes et faire montre d’une discipline  impeccable avant de pouvoir porter les  couleurs du club. Il arrive souvent qu’un  prospect y passe une année ou plus sans  pour autant intégrer la confrérie.
Mais, quand il fait son baptême du feu  et devient membre à part entière, après  l’approbation d’un comité constitué de 5  membres, qui sont des anciens du club,  à ce moment-là, il a le droit de porter sur  son gilet l’emblème du club.

Le goût du partage
Derrière le look un tantinet agressif des  “Skulls of Sahara MC”, se cachent des  garçons au grand coeur. Il n’est pas rare  qu’ils organisent des actions caritatives,  qu’ils participent à des campagnes de  don de sang, ou encore à des visites  d’orphelinats … En dehors de ces  missions humanitaires, ils programment  des randonnées au Maroc et à l’étranger, à l’occasion d’événements orchestrés  avec des MC internationaux.
Néanmoins, tous les motards  n’acceptent pas de faire partie  d’une association ou d’une  quelconque corporation. Mohamed  Khaif, ingénieur informaticien, la  cinquantaine bien sonnée, est un  mordu de la moto qui aime bien avoir  de la compagnie sans pour autant  accepter d’adhérer à un club. Les  week-ends, il enfourche sa Honda  750 et part avec sa bande d’amis à  la découverte de la nature du pays.  Il est incapable d’expliquer la raison  qui le pousse à répondre à l’appel de  la moto et à rouler parfois sous une  pluie torrentielle, pas plus qu’il ne  peut justifier son attirance pour les  cylindrées dès son jeune âge.
Depuis sa toute première moto,  une Itom, à l’âge de 14 ans, il en  change à chaque fois qu’il a le coup  de foudre pour une marque, (5 ou 6  en tout). Contrairement aux jeunes,  qui préfèrent les motos rapides, M.  Khaif opte pour une grosse cylindrée solide et confortable, qu’il considère,  également, comme un moyen de  locomotion très pratique qui lui  permet de gagner du temps sur les  routes congestionnées de Casablanca.  Néanmoins, quand l’envie lui prend  de faire de la vitesse, il s’éloigne des  villes, à l’instar des autres motards. Il  reste tout de même prudent et évite  de rouler à tombeau ouvert. Il ne sait  que trop bien qu’au moindre obstacle,  freiner quand on roule à grande vitesse  est une entreprise périlleuse. La roue  arrière glisse et la personne est éjectée  à 15 ou 20 mètres.

Un amour de moto
Soumis à la même limitation de vitesse  que les conducteurs des quatre roues,  certains motards dépassent largement  les 120 Km/Heure autorisés par la  loi. Rachid El Mounacifi, président  de l’Association professionnelle des  agences de sécurité au Maroc et fou  amoureux des motos, avoue se laisser  aller en matière de vitesse. Il lui arrive  de rouler à 200, voire 220 km/Heure. C’est que la vitesse lui  donne le sentiment de s’envoler dans  les airs et de se sentir libre.Préférant  rouler seul, Rachid fait partie de ceux  qui pensent que liberté rime avec  solitude. Pour lui, c’est cela “l’esprit  motard”. «Je pense que, pour se  sentir libre, il faut être seul. Je roule  quand je veux où je veux, comme je  le souhaite. Quand on est en groupe,  c’est plutôt l’esprit voyage organisé.  Cela ne me convient pas», ironise-til.  Probablement que notre homme  écoutait beaucoup Brigitte Bardo  chanter sa fameuse chanson dédiée  à la légende américaine Harley  Davidson. «Je n’ai besoin de personne  en Harley Davidson….. Et si je meurs  demain, c’est que tel était mon  destin…», fredonnait la sulfureuse  actrice française en 1967.
Nez au vent, en quête de liberté,  Rachid parcourt le Maroc. Il lui arrive  même de dépasser les frontières  du pays en moto. Cet homme, la  cinquantaine à peine entamée, a  chopé le virus des deux roues depuis  son enfance, à Kénitra, où il a grandi  aux côtés des Américains. Enfant, il  rêvait d’avoir une moto. Dès qu’il  en a eu les moyens, il s’est mis à  collectionner différentes marques.  Pour s’offrir le luxe de posséder une grosse cylindrée, il faut en avoir les  moyens. Les prix de ces engins et les  dépenses qui en découlent ne sont  pas à la portée de toutes les bourses.  Pour exemple, une Goldwing, sans  équipement, coûte dans les 230.000  DH. Pour avoir l’airbag, le chauffage  et la sacoche, il faut aller jusqu’à  420.000 DH. Avoir la moto de ses  rêves suppose un solide compte  en banque. La mythique Harley  Davidson coûte entre 120.000 et  320.000 DH.

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Le coût du luxe
Face aux risques auxquels les  motards sont exposés, des  équipements spéciaux ont été  conçus pour les protéger au mieux.  Encore une fois, cette sécurité pèse  lourdement sur leurs bourses. Un  casque de qualité coûte à partir de  3.500 DH. Il en existe également,  de moindre qualité, à 600 DH. Pour  avoir un casque équipé de bluetooth,  il faut débourser 1.900 DH. Ceux qui  ont plus de moyens opteront pour  un casque homologué, de marque  française ou allemande, qui coûte  à partir de 700 euros (entre 7.000 et  8.000 DH).
Incontournable, la blouse avec  protection au niveau des coudes, des épaules et du dos coûte à partir de  2.800 DH. Pour s’offrir un pantalon  de motard, il faudrait débourser  au minimum 1.200 DH. Quant à  celui avec protection, il peut aller  jusqu’à 5.000 DH et plus. Les bottes  de motards ne sont pas données,  non plus: pour les chausser, il faut  débourser entre 3.000 et 4.000 DH.  C’est dire que, pour s’habiller en  motard, il faut mettre la main à la  poche.
Il faut également le faire souvent  pour entretenir sa chérie en acier.  Un entretien qui coûte plus cher  que celui d’un quatre roues.  Mohamed Khaif, qui en sait un long  chapitre sur la mécanique des deux  roues, connaît par coeur les 3 ou 4  garages qui réparent les motos à  Casablanca. Quand sa bécane a un  bobo, il s’adresse, selon le besoin, à  Moto Plus, à Benjdia; à Mohammad;  Place Verdun; à Rachid, au quartier  Oulfa; ou encore chez les deux jeunes  mécaniciens du boulevard Zerktouni.  Et là, pour changer la moindre petite  pièce, il faut débourser à partir de  300 ou 400 DH. Convaincus que les  motards ont forcément de l’argent,  les mécaniciens ne les ménagent pas  et leur font payer leurs services au  prix fort. Rien que les pneus d’une  Honda 750 Shadow, valent de 3.000  à 3.500 DH, et encore il ne s’agit pas  de pneus de très bonne qualité.
Et l’assurance dans tout cela? Du côté  des motards, c’est l’incompréhension  totale. Les compagnies d’assurance  ne prennent en charge que la  responsabilité civile et rien d’autre,  ni vol ni incendie… Ceci alors qu’une  moto est parfois acquise à un prix  supérieur à celui d’une voiture.
Autre aberration que les motards  contestent, celle du péage. Les deux  roues payent les mêmes tarifs que les  quatre roues. En 2013, un millier de  motards ont organisé une marche à  Bouznika pour revendiquer un tarif  autoroutier adapté aux deux roues.  Les autorités concernées ont fait la  sourde oreille. En attendant des jours  meilleurs, les motards passent leur  chemin…

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