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UN PLAN DE BATAILLE

Abdellatif Mansour

Des réformes économiques et sociales urgentes s’imposent

Le Souverain a pratiquement passé en revue les problèmes majeurs qui traversent la société.

Ce n’est pas de l’alarmisme à petit prix ou du sensationnalisme à énergie renouvelable qui mise sur la durée pour ne jamais être hors champ factuel. Ce sont des faits réels qui résonnent pour marquer sourdement l’égrenage du temps qui passe et du temps qui reste. Cela peut se résumer en deux mots: Le Maroc vit une situation grave. Le sait-il assez, pas assez ou plus que trop?

On nous dit que rien ne marche comme il devrait, en tout cas pas à la hauteur de ce qu’on attendait des pouvoirs publics. Tous les marqueurs sont au rouge, particulièrement dans les domaines publics et sociaux, seule l’économie y échappe, relativement. Un dynamisme hors gouvernement. Le reste n’appelle pas vraiment à l’optimisme.

En deux discours très proches, ceux de la fête du Trône le 29 juillet 2017 et de l’ouverture de la première session de la 2ème année de l’actuelle législature, le 13 octobre 2017. S.M. le Roi a fait une sorte d’état des lieux et de la nation. Sans compromis ni circonvolutions de langage de circonstance. Même s’il estime que les problèmes sont connus de tous les Marocains, pour la simple raison qu’ils les vivent. De même que les priorités s’établissent d’elles-mêmes; il a tout de même marqué un temps d’arrêt sur les plus saillants d’entre eux.

À ce sujet, et tout au long des deux discours, deux termes forts sont régulièrement revenus à la surface: d’une part, la corrélation active entre responsabilité et la nécessité de rendre des comptes. D’autre part, l’obligation de résultat. Rien que par rapport à ces deux points, on peut dire qu’une révolution théorique est en marche. Pour la réalité pratique, il faudra repasser pour vérifier et comparer. Mais on peut d’ores et déjà dire, sans être trop loin de la vérité, que la responsabilité s’obtient et cesse dès l’affectation. Dans les deux discours, un peu plus dans le deuxième que dans le premier, S.M. Mohammed VI fait l’inventaire des failles de structure et d’orientation qui grèvent l’économie et hypothéquent la politique sociale. Comme attendu, dans la nouvelle politique préconisée, c’est l’administration, au sens générique du terme, qui s’adjuge la part du loin. Une image où la réalité prédomine sur la fiction.

D’un discours à l’autre, parmi les deux plus récents, le Souverain a pratiquement passé en revue les problèmes majeurs qui traversent la société, avec une attention particulière pour la gestion de l’économie et la politique sociale. Plus de rationalisation et d’adaptation, ainsi que la fin des pratiques frauduleuses, pour la première. Patience et persuasion à même de réduire les attentes ardentes, pour la deuxième. Même si la réalité n’est pas belle à voir, en plus d’être récalcitrante, l’idéal royal aura bien des difficultés à aplanir. Le Souverain a l’habitude d’être court, tout en faisant des synthèses.

Il en conclut que le constat de base porte sur un plan de développement devenu inadapté. La leçon à en tirer est celle d’une situation grave. Pour aménager une sortie honorable et productive, le Souverain a appelé tout un chacun «à proposer des solutions innovantes et audacieuses; quitte à s’écarter des méthodes conventionnelles appliquées jusqu’ici, ou même, à provoquer un véritable séisme politique». Il est vrai que Hassan II avait parlé d’arrêt cardiaque à propos d’une situation économique désastreuse. Le mot avait choqué à l’époque; tous les commentaires étaient permis dans la presse. Le séisme, lui, n’est pas plus tendre à l’oreille. Pour rappel, un séisme, aussi politique soit-il, renvoie à une terre qui tremble, à des maisons qui s’écroulent et à des gens qui passent de vie à trépas de manière horrible. La métaphore est terrible. La réalité marocaine aussi, à tous les paliers.

Sur ce, quelques questions de circonstances qui se bousculent au portillon. Pourquoi avons attendu si longtemps pour rendre public un train de mesures qui sent la rigueur financière extrême? Pourquoi aucun chef de parti, ou membre du gouvernement n’at- il pipé mot sur un prochain tour-de-vis qui pourrait se transformer en tornade sociale annoncée? Il est évident que nous entrons dans une zone où il est difficile de jouer les prévisionnistes-météo.

Les turbulences pourraient être prévisibles, à partir d’une question primaire? Malgré toutes les précautions d’annonce de mesures, aux conséquences économiques et sociales pas très engageantes, il est peu probable que les plus démunis, qui ont le défaut d’être nombreux, adhérent, de gaieté de coeur, à un éventuel plan de développement national. Quelles têtes feront-ils lorsqu’on leur demandera un petit plus de sacrifices contre un petit “chouia” d’augmentation?.

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