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Le PJD touche le fond

Abdellatif Mansour

En l’espace de deux jours, le PJD s’est publiquement déjugé. Il risque de payer le prix fort du boycott.

Le PJD devrait appeler ce début juin 2018, «la semaine de tous les risques». Il s’est en effet passé des choses qui ne font pas que friser le ridicule, elles sont carrément dedans. En l’espace de deux jours, mercredi 6 juin et vendredi 8 juin 2018, on ne savait plus qui dit ou qui ne dit pas quoi, à l’attention de qui et pourquoi. Pas plus qu’on n’était définitivement fixé sur le lendemain politique de Lahcen Daoudi; était-il toujours en poste et qu’est-il advenu de sa demande d’être déchargé de sa fonction ministérielle actuelle? S’agissant, à ce propos, du parti qui conduit le gouvernement; le brouillard n’en est que plus épais sur l’Exécutif en poste dans son ensemble et dans son impact sur l’échiquier politique. On y reviendra. Mais d’abord place à un court métrage qui a cruellement manqué de professionnalisme.

Nous sommes le mardi 5 juin 2018, les travailleurs de Centrale Danone organisent un sit-in de protestation devant le parlement suite au licenciement de quelque 900 d’entre eux. Lahcen Daoudi, député PJD et ministre des Affaires générales et de la Gouvernance, décide, de son plein chef, d’y prendre part, côté salariés. Quasiment une première. Les choses se précipitent. La vie politique s’emballe. Mal en a pris à M. le ministre. Les réseaux sociaux s’en emparent tous portables en l’air pour immortaliser le factuel, avec moult commentaires qui ressemblent parfois à des réquisitoires. Les adversaires des islamistes au pouvoir ne s’en privent pas.

Le PJD convoque, dans l’urgence, son instance délibérative le mercredi 6 juin. Ce conclave présidé par Saâd Eddine El Othmani, SG du parti et Chef du gouvernement, condamne l’implication de M Daoudi dans cette manifestation de contestation. Tout en saluant sa demande d’être libéré de ses responsabilités ministérielles. «Un geste de courage», estime-t-on dans un communiqué de presse. Deux jours après, le vendredi 8 juin 2018, le PJD se fend d’un autre communiqué qui prend le contre-pied du premier. Il est affirmé, sans sourciller, que la réunion n’a pas abordé, encore moins débattu des retombées politiques de l’attitude de M Daoudi dans la gestion de cette affaire. Il est également dit que la direction générale du parti n’a reçu aucune demande de sa décharge de la part de M. Daoudi. Bizarre pour une réunion extraordinaire. La chose et son contraire. Il est convenu, de science et d’expérience certaines, que les volte-faces sont monnaie courante en politique. Mais tout de même pas à ce rythme qui dépasse l’entendement.

Une question à 1 dirham symbolique. Pourquoi le PJD s’est-il ainsi déjugé en si peu de temps? C’est que sa réaction à la demande de Lahcen Daoudi de quitter son maroquin n’a pas pris la bonne direction. Elle était mal goupillée au départ; elle a franchement déraillé en cours de route. M. El Othmani et ses amis étaient censés savoir que c’est S.M. le Roi qui nomme les ministres et qu’il est seul à pouvoir les remercier. Idem pour le Chef du gouvernement, qui ne peut s’autoproclamer ou se démettre. Que cette règle de base soit ainsi ouvertement ignorée par le parti au pouvoir, avouez que c’est tout de même inquiétant. Pas seulement dans les milieux constitutionnalistes, parmi les gardiens du texte et de l’esprit du texte, mais aussi chez les sphères éclairées de l’opinion publique. Si les pourfendeurs jurés du PJD cherchaient une raison pour leur allergie à l’islamisme politique, en voilà une, toute faite. La méconnaissance avérée des textes fondateurs et encadreurs de la monarchie constitutionnelle dans une démocratie participative.

Il y a effectivement à se demander, sans forcément de parti pris préalable, si le PJD est la bonne adresse et si M El Othmani a réellement le profil de la fonction. Le doute est permis, c’est le moins qu’on puisse dire. Tout indique que ce gouvernement et ses alliés pour que le compte soit bon, sont à bout de souffle. Faute d’adversaires suffisamment crédibles pour camper le rôle d’opposant, le gouvernement semble avoir sécrété ses propres liquidateurs, avant terme, par cris et chuchotements. La campagne du boycott abonde dans ce sens, autant par sa gestion matérielle que par son traitement politique. Deux ministres sont directement concernés, Lahcen Daoudi et Aziz Akhannouch; l’un, par manque de discernement politique; l’autre, par un activisme à cheval sur la chose publique et l’entreprise privée. M. El Othmani semble pris en tenaille. Une situation où la sortie de secours risque d’être la sortie.

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