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Le PJD a déçu

Mustapha Sehimi

Mustapha Sehimi

Comment le dire? L’intérêt  du scrutin du 7 octobre  est là: quel Maroc voulons-  nous? Chacun des  32 partis en lice y va de  son couplet: c’est un rituel dans toutes  les campagnes électorales, surtout  celles portant sur une institution telle  que la Chambre des représentants,  dont les attributions ont été considérablement  élargies et renforcées avec  la nouvelle Constitution.

Mais, aujourd’hui, il s’agit de se prononcer  non seulement sur le bilan d’un  cabinet sortant mais aussi –et surtout–  sur la reconduction d’une formation  islamiste comme le PJD en responsabilité  au premier plan des affaires  publiques. Faut-il de nouveau lui  apporter ses voix?.

Le PJD est arrivé au premier rang, le  25 novembre 2011, avec 107 sièges,  soit 27% des suffrages exprimés. Une  surprise. Il a bénéficié évidemment de  la mobilisation de son électorat, discipliné  et motivé; mais il a aussi engrangé  à hauteur d’un bon tiers du vote de  deux catégories particulières: celle du  marais des électeurs, peu islamistes,  mais voulant voir ce que ce parti pouvait  bien faire, ses promesses étant  d’ailleurs largement démagogiques; et  celle des votants rétifs au nouveau “G  8”, qui venait d’être créé six semaines  auparavant dans la confusion. Tout  cela s’est déroulé dans une conjoncture  politique tout à fait exceptionnelle  liée à l’onde du choc du “printemps  arabe”.

Pour résumer, voter PJD, c’était l’espoir  d’un changement répondant à tant d’attentes, de besoins et d’aspirations!  Toutes les autres formations  politiques, dans un spectre très  large, étaient en effet tenues comme  comptables de bilans insatisfaisants.  Un créneau s’ouvrait ainsi pour la formation  islamiste, d’autant plus que la  nouvelle Constitution responsabilise  fortement l’Exécutif dans de nombreux  domaines, le conseil de gouvernement  se voyant confier des attributions  importantes. “On allait voir ce qu’on  allait voir!” L’espoir changeait alors  de camp, la politique elle-même n’allait-  elle pas changer d’âme?

Près de cinq ans après, qu’en est-il? Il  est vite apparu que le PJD n’avait rien  préparé pour ce qui est de la gestion  gouvernementale; pas davantage, il  n’avait une claire vision de la déclinaison  du programme d’investiture voté  par la Chambre des représentants à la  fin janvier 2012.

Les deux premières années ont été  pratiquement stériles, liées en partie  à la difficulté des rapports avec l’un de  ses alliés, le Parti de l’Istiqlal, dirigé par  Hamid Chabat. Les annonces et leurs  effets ont souvent repris les prêches  de la campagne électorale sans se traduire  par des mesures concrètes.

Il n’y avait pas non plus un agenda  législatif couvrant la législature de  cinq ans. Pas plus qu’un échéancier  des priorités et des séquences. Il a  fallu la participation du RNI, à compter  d’octobre 2013, pour que le pôle  économique soit enfin maîtrisé et  dynamisé et que s’instaure un climat  de confiance pour les opérateurs et  les investisseurs. L’engagement des  ministres PPS couvrait un pan social.  Mais le reste, tout le reste?… Des  mesures catégorielles ont bénéficié à  des populations particulières (veuves,  étudiants, AMO…).

Mais restaient en suspens des questions  de fond appelant des décisions  courageuses, voire impopulaires. La  gouvernance pratiquée n’a pas aidé la  mise en oeuvre du programme annoncé.  Ainsi, l’échec du dialogue avec les  partenaires sociaux et économiques;  ainsi encore la priorité donnée à la  maîtrise des équilibres macroéconomiques  -favorisée par la chute des  cours du pétrole- au détriment d’une  claire appréhension des défis: quel  modèle économique? Quel modèle  social? Et, à cet effet, la nécessité  d’une véritable “rupture” en lieu en  place d’une “continuité”.

Faut-il apporter ses voix à un PJD  fourbu, qui a épuisé ses forces et son  potentiel de départ, et qui demande  un nouveau mandat? Il est devenu, en  2016, un parti de “sortants” et il n’a  pas répondu aux espoirs placés en lui  en 2011. Il a gagné sa légitimité dans le  champ institutionnel et politique mais il  n’a pas fait la preuve, cinq ans durant,  ni de son volontarisme réformateur ni  de sa capacité gouvernementale.

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