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Pitié pour Benkirane

Wissam El Bouzdaini

Abdelilah Benkirane  nous ferait presque de  la peine. Pas dans un  sens hautain, loin de  là; sa situation actuelle  invite vraiment à la compassion. Ce  n’est pourtant pas à défaut d’avoir  irrité, en haut lieu comme auprès  des différentes strates de la société,  depuis qu’il préside aux destinées  du gouvernement (plus de  cinq ans en tout et pour tout).

A  vrai dire, on n’a jamais été autant  déçu, de mémoire de Marocain, par  un chef de l’Exécutif. Peut-être,  en y repensant un peu, par Abderrahmane  Youssoufi (1998-2002);  mais à son corps défendant, l’ancien  premier secrétaire de l’Union  socialiste des forces populaires  (USFP) avait au moins pour lui des  circonstances atténuantes: transition  monarchique, un choix démocratique  encore à consacrer -les  Marocains gardent d’ailleurs de M.  Youssoufi, en général, un excellent  souvenir.

Le recul, peut-être, pourrait nous  rendre un jour plus indulgent avec  le secrétaire général du Parti de  la justice et du développement  (PJD); mais pour l’heure, on ne  peut que lui opposer de la sévérité.  Et un grand mécontentement,  qu’accentue la posture impotente  et quasiment “concombresque”  qu’il adopte au passage de chaque  averse -le délit d’incompétence  n’est pas loin. En même temps, si  l’on met de côté son piètre bilan  aux niveaux économique, social  et cie, on ne manque toutefois  pas, donc, de ressentir beaucoup  d’empathie à son endroit. L’homme  depuis qu’il est “au pouvoir” -si l’on  ose dire- ne cesse de prendre des  coups. Le plus souvent des bas,  mais aussi de façon frontale.

Ultime  illustration, tenant coûte que coûte  à garder le Parti de l’Istiqlal (PI) à  ses côtés, il s’est vu obligé, au bout  de presque trois mois de “siège”  psychologique, de se désavouer.  Comme il s’est également déculotté  à maintes reprises durant  son précédent mandat (Education  nationale, Fonds de développement  agricole, etc.), impuissant à  tenir tête à plus fort que lui. Même  si vous êtes lion, comme dit l’adage  marocain, vous serez incapable de  défendre votre bifteck seul face à  une bande de loups (ou de crocodiles  et de démons, si notre chef  de gouvernement préfère) affamés.  M. Benkirane est en train de l’apprendre  à ses dépens. Ceux qui le  côtoient affirment qu’il n’en démordra  pas; cependant, d’autres bien  avant lui ont été obligés de rompre.  Lui n’en est pas encore là; toutefois  il a bien plié.

A défaut d’avoir réussi à prendre le  taureau par les cornes, M. Benkirane  se retrouve aujourd’hui luimême  au centre de l’arène. Face  à lui, la corruption qu’il avait juré  Allah d’éradiquer une fois investi  continue d’être agitée comme  un insaisissable fanion, que ses  courses effrénés et ses audacieuses  saillies n’ont au final pas  pu percer. Se débattant de toutes  ses forces, le contrôle qu’il pourfend  (le fameux tahakkom, pour les  initiés) continue de le prendre à la  gorge, sachant peut-être en son for  intérieur que son destin est d’abandonner,  dans un fatum commun  dans l’Histoire à ces personnages  qui ont voulu, avec témérité, combattre  les moulins à vent. Bien des  fois cela dit aussi David a réussi à  se défaire de Goliath. M. Benkirane  doit également en avoir pleinement  conscience

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